top of page
Ancre 1

ASEAN+3 : Une croissance à 4,0 % en 2026, malgré des vents contraires et une incertitude maximale

La région prouve sa résilience, dopée par la demande intérieure et les semi-conducteurs, mais les risques géopolitiques et commerciaux assombrissent l’horizon.

Une résistance inattendue en 2025

L’économie mondiale a subi en 2025 l’un des chocs commerciaux les plus violents depuis des décennies. Pourtant, la région ASEAN+3 (les dix membres de l’ASEAN ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud) a affiché une expansion de 4,3 %, dépassant nettement les prévisions postérieures aux annonces de droits de douane américains d’avril 2025. C’est le constat central du ASEAN+3 Regional Economic Outlook 2026 publié par l’AMRO.

Ce qui aurait pu être un coup d’arrêt s’est transformé en démonstration de solidité. Le commerce intra-régional a compensé le ralentissement des exportations vers les États-Unis, tandis que la demande en semi-conducteurs – portée par l’intelligence artificielle – a soutenu l’activité. L’inflation régionale est restée faible (0,9 %), et les réserves de change ont atteint 6 500 milliards de dollars, soit près de 40 % des réserves mondiales.

2026-2027 : une croissance plus modérée, mais toujours solide

Pour 2026 et 2027, l’AMRO anticipe une croissance de 4,0 % par an. Le ralentissement s’explique par l’effet différé des hausses de tarifs douaniers américains et par une moindre vigueur du commerce mondial. Mais plusieurs amortisseurs jouent : la consommation privée reste dynamique, l’investissement est porté par les flux entrants d’investissements directs étrangers (IDE), et le secteur des semi-conducteurs continue de bénéficier des dépenses liées à l’IA.

L’inflation devrait remonter légèrement à 1,4 % en 2026 (contre 0,9 % en 2025), sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie et de la rationalisation des subventions dans plusieurs économies.

Une transformation silencieuse : la région s’ancre sur elle-même

L’un des enseignements majeurs du rapport est structurel. Loin d’être une simple plateforme manufacturière tournée vers l’Occident, l’ASEAN+3 est devenue un pôle de demande final à part entière. En 2022, la région représentait 27,9 % de la demande finale mondiale, dépassant les États-Unis (26,1 %).

Les chaînes de valeur régionales se sont densifiées, avec la Chine comme nouveau hub central – remplaçant le Japon des années 2000. Désormais, près de la moitié des activités en chaînes de valeur se font au sein de l’ASEAN+3, contre 38 % en 2000. Parallèlement, le poids des États-Unis dans la demande finale adressée à la région (hors Chine) est passé de 31,4 % en 2000 à 19,2 % en 2022.

Risques : l’incertitude reste reine

Malgré cette résilience, l’AMRO insiste : les risques sont orientés à la baisse. Trois grandes sources d’incertitude dominent :

  1. L’avenir de l’IA : un ralentissement des investissements liés à l’IA pèserait sur les semi-conducteurs ; à l’inverse, une adoption accélérée serait un facteur de hausse.

  2. Les tensions commerciales : les droits de douane américains restent imprévisibles, avec des enquêtes Section 301 et 232 qui pourraient toucher de nouveaux secteurs (pharmaceutique, semi-conducteurs).

  3. Les prix de l’énergie : le conflit au Moyen-Orient fait planer le risque d’une flambée durable du pétrole. Dans un scénario sévère (pétrole à plus de 100 USD/baril), la croissance régionale pourrait tomber à 3,7 % et l’inflation dépasser 2 % en 2026.

Cambodge : un cas de résistance commerciale

Le rapport met en lumière la performance étonnante du Cambodge face aux hausses de droits américains. En 2025, ses exportations vers les États-Unis ont augmenté d’environ 28 %, malgré des tarifs élevés. Comment expliquer ce paradoxe ?

D’une part, les commandes ont été anticipées avant l’entrée en vigueur des taxes. D’autre part, les fournisseurs cambodgiens et les distributeurs américains ont absorbé une partie du coût des droits pour préserver leurs parts de marché. Le pays continue d’attirer des IDE, notamment dans l’habillement et les pièces électroniques. Toutefois, l’AMRO met en garde : la forte exposition au marché américain (plus de 25 % des exportations totales) reste une vulnérabilité majeure. La diversification vers les marchés régionaux est donc une priorité.</u>

Politiques économiques : préserver la flexibilité

Face à cette incertitude, l’AMRO préconise une approche pragmatique. La marge de manœuvre budgétaire et monétaire reste confortable dans la plupart des économies. Mais les chocs diffèrent : une hausse des prix de l’énergie (choc d’offre) justifie des mesures ciblées pour les ménages vulnérables, tandis qu’un ralentissement de la demande mondiale (choc de demande) appelle plutôt un soutien monétaire coordonné.

La communication des banques centrales devient cruciale : dans un environnement radicalement incertain, expliquer comment la politique réagirait à différents scénarios est plus crédible que des prévisions trop précises.

Une région mieux armée qu’il n’y paraît

L’ASEAN+3 n’est plus la région dépendante d’hier. Son ancrage régional, sa diversification productive et ses réserves solides lui offrent une résilience réelle. Mais les chocs à venir – technologiques, géopolitiques ou énergétiques – exigeront une vigilance constante. Comme le résume l’AMRO : « L’incertitude n’est pas un problème à résoudre, mais une condition dans laquelle il faut naviguer. »

Lien utile :Site AMRO : https://www.amro-asia.org

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Télégramme
  • Youtube
  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • X
  • LinkedIn Social Icône
bottom of page