Artcation & Siem Reap : Din Teang Borin, la danse de l’art

Artcation, saison 1 : la fondation Anicca, tout entière dédiée à la promotion de l’art contemporain cambodgien, organise actuellement des résidences d’artistes à travers tout le royaume. Permettant aux talents de s’épanouir et de créer tout en échappant au quotidien, cette initiative donne aussi l’occasion de rencontrer les créateurs à travers les nombreux ateliers et projets communautaires organisés.

C’est à l’hôtel Navutu, à Siem Reap, que l’artiste Din Teang Borin a posé son chevalet. Le peintre, cerné par le vert intense de la végétation et le bleu du ciel et de la piscine, se montre particulièrement sensible à cette teinte bicolore, citant l’adage “Less is more” comme profession de foi. Cette phrase apprise lors de ses études d’architecture trouve une parfaite application dans le domaine de la peinture, « trop de couleur noyant le sujet. Alors qu’au contraire, le subtil équilibre entre deux teintes, lorsqu’il est trouvé, renforce inexorablement la beauté d’un tableau. »

Le dessin, puis la peinture, Din les pratique depuis sa plus tendre enfance. « Je dessinais partout, vous savez, et pas seulement sur du papier. Le sol et les murs de la maison étaient couverts de gribouillis, qui sont peu à peu devenus de vrais dessins.

« J’étais fasciné par ce pouvoir de création, et remportais tous les prix lorsque l’école organisait des concours. Depuis, jamais je n’ai cessé de peindre ni de dessiner, même lorsque j’étais architecte. »

Din revendique le statut de pur autodidacte : « J’ai toujours recherché dans mes œuvres la spontanéité et la franchise. Lorsque je tiens un pinceau, je le fais à ma manière. Personne ne m’a appris à le faire. Il en va de même lorsque je dessine : je veux être libre de toute influence, et pouvoir prétendre que le tableau vient du fond de mon cœur. »

Originaire de Kampot, Din “monte” à la capitale en 1999 pour y effectuer ses études. La même année, un événement fondateur et décisif se produit. Assistant à un spectacle de danse apsara, le jeune homme ressort bouleversé par cette expérience. « J’étais subjugué. Ce genre de performance n’avait jamais lieu à Kampot. Cette beauté, cette grâce, cette science du mouvement, le costume, la lumière et la musique, tout cela m’a fasciné au point d’orienter définitivement ma façon de peindre. Ce fut une véritable révélation. »

Jusqu’alors, l’artiste alternait les sujets et les sources d’inspiration, allant des paysages aux scènes de la vie quotidienne. « Mais cela ne me satisfaisait pas. Je continuais bien sûr à produire ce genre d’œuvres, car leur vente me permettait de payer mes études. Mais je savais dès lors que j’allais me concentrer sur un seul et unique thème, celui de la danse apsara. » Ses créations s’affinent, se peaufinent, et trouvent un équilibre qui leur est propre.

« Pour traiter un tel sujet, il était absolument indispensable de se démarquer des œuvres existantes. Les danseuses apsara font partie des motifs les plus illustrés au Cambodge, il y a un nombre incalculable de peintures les prenant pour thème »

Je ne voulais pas d’un arrière-plan surchargé, comme on peut le voir d’habitude. Je ne voulais pas, non plus, que les danseuses et danseurs soient représentés avec un visage. Les apsaras sont des entités spirituelles, éthérées, alors, pourquoi vouloir absolument leur donner un visage ? »

Diplômé d’architecture en 2005, Din Teang Borin a alors du mal à s’adapter à son métier, préférant la spontanéité de la peinture aux longs délais architecturaux. Pouvant peindre une toile en à peine quelques heures, l’artiste concrétise son style, se fait connaître et reconnaître, assez pour le décider à quitter l’architecture et se consacrer à plein temps à la création picturale. Bien lui en a pris, ses œuvres se retrouvant peu à peu sur les murs les plus prestigieux.

Le voilà artiste internationalement reconnu, à la tête de sa propre galerie, enchaînant les expositions et les commandes et s’avouant « très très occupé. Cette résidence me permet de souffler un peu et, surtout, de me reconnecter avec les temples d’Angkor, qui ont toujours été pour moi une grande source d’inspiration. Des ateliers sont aussi organisés, comme par exemple, cet après-midi, une séance de dessin et d’aquarelle à Phnom Krom, à laquelle une dizaine de personnes devraient participer. Et pour conclure cette résidence, une rencontre avec le public est prévue vendredi 26 à l’hôtel, en fin d’après-midi. Ce sera l’occasion de me présenter et de répondre à toutes les questions qui me seront posées. »

Les toiles de Din Teang Borin peuvent être admirées dans sa galerie phnompenhoise DinArt, rue 136.

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