Pochentong appelé à renaître en « Central Park tropical » : les lauréats du concours dévoilés
- Youk Chhang

- il y a 1 heure
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L’ancien aéroport de Pochentong, fermé depuis septembre 2025 au profit du gigantesque Techo International Airport, s’apprête à muter en vaste poumon vert urbain. Les autorités cambodgiennes ont annoncé les lauréats d’un concours international visant à réinventer ces 450 hectares stratégiques, au sein d’une capitale en pleine expansion démographique et immobilière.

Ce projet, mêlant préservation historique, résilience climatique et aménagement public, incarne un choix politique audacieux.
Un héritage historique face à la saturation urbaine
Inauguré dans les années 1950 sous le règne de Norodom Sihanouk, Pochentong – ou Phnom Penh International Airport – a été le témoin privilégié des tumultes contemporains du Cambodge. Des bombardements de la guerre du Vietnam aux exactions des Khmers rouges, en passant par l’explosion touristique post-pandémie, ses pistes ont accueilli des millions de voyageurs.
Saturé dès 2019 avec plus de 6 millions de passagers annuels, l’aéroport a dû céder la place à Techo, un complexe high-tech de 2 600 hectares conçu par les Britanniques de Foster + Partners pour 1,5 à 2,3 milliards de dollars. Ouvert le 16 octobre 2025 après un transfert des opérations le 9 septembre, Techo vise 13 millions de passagers par an dès sa première phase, et jusqu’à 50 millions à terme, avec une ferme solaire, des zones commerciales et une architecture intégrant verdure et lumière naturelle.
Le Premier ministre Hun Manet a fermement écarté toute privatisation, malgré des offres évaluées à plusieurs milliards de dollars. Lors de l’inauguration de Techo, il a déclaré : « Ce terrain reste propriété de l’État, sous contrôle étatique. Il n’y a aucun plan de vente. » Le site, entretenu par la State Secretariat of Civil Aviation avec un budget de 3 millions de dollars annuels pour maintenance et sécurité, conservera une piste pour atterrissages d’urgence militaires ou civils.

Task force interministérielle et vision verte
Fin janvier 2026, une task force interministérielle dirigée par le secrétaire d’État Chheang Vannarith a été formée par décret du 10 janvier, pour étudier la gestion à long terme des 386 à 450 hectares.
Objectifs : reboisement massif, transformation des bassins en réservoirs anti-inondations, repurposing des hangars en musées ou cafés, et création d’espaces récréatifs. Des pistes de jogging, terrains de sport sur l’ancien tarmac, allées ombragées et un musée de l’aviation – hommage à Sihanouk – émergeront, offrant un « Central Park tropical » à 2,5 millions d’habitants asphyxiés par le trafic, la chaleur et les moussons.
Les premiers espaces verts, avec plantations et jardins, ouvriront début 2026, financés par l’État sans recours à la dette privée. Ce calendrier accéléré vise à contrer les défis immédiats de Phnom Penh : congestion automobile infernale, pollution aux pots d’échappement et inondations récurrentes, exacerbées par le changement climatique.

« Pochentong Reborn » : Queen Mother Library en tête
Le concours international « Pochentong Reborn », lancé pour concevoir une « ville-éponge » résiliente aux moussons, a sacré l’équipe « Queen Mother Library Architecture », affiliée au Documentation Center of Cambodia (DC-Cam).
Leur vision intègre un parc intemporel avec zones inondables contrôlées, espaces mémoriels ravivant l’histoire collective, marchés bio, pistes cyclables et expositions sur l’aviation cambodgienne. QML Architects, finaliste, propose des structures légères évoquant des ailes d’avions, jardins suspendus et modules culturels fusionnant héritage aéronautique et enjeux climatiques. Un jury d’experts internationaux a primé cet équilibre entre innovation, écologie, sport et tourisme.
Ces projets s’inscrivent dans une stratégie plus large : transformer un actif obsolète en bien public, refusant la spéculation immobilière omniprésente au Cambodge. Hun Manet insiste : « L’argent n’est pas tout ; ici, on pense aux générations futures. »

Enjeux régionaux
À l’échelle de l’Asie du Sud-Est, ce modèle intrigue Bangkok et Hanoï, confrontés à leurs propres aéroports vieillissants. Techo, déjà drainant un tourisme en hausse post-pandémie, propulse le Cambodge dans le peloton des hubs régionaux, créant des milliers d’emplois. Pochentong, complément terrestre, humanise cette mutation : modernité high-tech d’un côté, racines durables de l’autre.
Dès mi-2026, plantations et sentiers phasés verront le jour. Mais les obstacles abondent : moussons intensifiées par le réchauffement, tensions avec riverains habitués à un terrain vague, et défi de préserver l’âme historique sans muséification poussiéreuse. Ce n’est pas une simple reconversion, mais un manifeste écologique et social. Bientôt, les Phnompenhois troqueront embouteillages contre balades sur l’ancienne piste, piste après piste.







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