Arjuna Solitaire Hotel, Sihanoukville – Épisode 1 : du rez-de-chaussée au treizième ciel
- Voyageuse Passion

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À l'entrée de Kampong Dewa, sur la route d'Otres, une tour de vingt-cinq étages a redessiné l'horizon de Sihanoukville. Cambodge Mag y a passé un week-end de fin août, sous un ciel de mousson. Premier épisode d'une série en cinq temps : l'arrivée, un hall gardé par un archer de légende, une chambre ouverte sur les collines et, à quatorze heures, un thé qui prend de la hauteur.

Un archer dans le hall
Il pleuvait sur Kampong Dewa quand la voiture s'est arrêtée sous l'auvent. Rien d'étonnant pour un samedi d'août sur la côte, mais la pluie a cette vertu de laver les façades neuves et de rendre les halls d'hôtel plus accueillants encore. Celui de l'Arjuna Solitaire ne se contente pas d'accueillir. Il raconte. La maison a ouvert le 28 mai 2025 sous le nom d'Arjuna Resort & Spa, premier hôtel du groupe hors d'Indonésie ; elle s'appelle aujourd'hui Arjuna Solitaire Hotel, s'est donné pour devise « The Legend of Luxury » et figure déjà dans la sélection du Guide Michelin pour Sihanoukville. Beaucoup de promesses pour une tour de vingt-cinq étages et 236 chambres. Le hall est la première réponse.
Au centre, sur un socle doré, un archer blanc tend son arc. Il se tient debout sur un éléphant caparaçonné aux oreilles ambrées ; un naga vert s'enroule autour de la corde et vient former un cercle au-dessus de sa couronne. Autour, des galets de verre émeraude et cuivre montés sur tiges, des lotus roses dans des vases de cristal, un tapis de gravier vert pâle. Le tout sous un plafond de métal martelé qui renvoie la lumière comme une surface d'eau. C'est Arjuna, le prince archer du Mahabharata, et la maison a pris soin d'expliquer pourquoi : dans un cadre posé près de la réception, un texte en quatre langues – khmer, anglais, indonésien, chinois – rappelle que le héros ne doit pas sa légende à ses victoires mais à un dilemme intérieur, entre devoir, amour et courage moral. C'est en son nom que le personnel se présente sous le titre de « Royal Guardians ». On sourit d'abord de la formule, puis on l'oublie, parce qu'elle est tenue.
Le reste du hall tient de la vitrine d'un collectionneur qui aurait du goût et de la place. Un buste noir strié, une pierre brute posée sur deux volumes reliés d'Architectural Digest, des formes d'acrylique translucide, des paravents de laiton ajouré derrière lesquels on devine un salon bleu marine. Les uniformes suivent la même logique : vestes lie-de-vin ou sable, cols brodés, une écharpe brochée en travers de la poitrine pour les hôtesses. Ni costume folklorique, ni tailleur international. Quelque chose entre les deux, comme la maison elle-même, née d'un groupe indonésien, JHL Collection, et installée en terre khmère.

Treizième étage, un salon suspendu
L'enregistrement ne se fait pas en bas. L'ascenseur mène au treizième étage, où l'hôtel a installé ce qu'il appelle son Sky Lobby. Les portes s'ouvrent sur un plafond constellé de gouttes de cristal – des centaines de cristaux importés de République tchèque, suspendus à des fils invisibles sous une voûte de métal ondulé – et sur trois fenêtres en arc qui découpaient, ce samedi-là, un paysage de collines vertes noyées de brume.
Au sol, un tapis à motifs de vagues bleu-vert et sable court d'un bout à l'autre du salon. Des canapés bleu nuit aux dossiers de cuir crème, des guéridons noirs, des lampes à abat-jour cuivré. Et, posé au milieu comme une apparition, un piano à queue entièrement transparent, acrylique et laiton, avec son tabouret capitonné de blanc. On ne l'entendra pas ce jour-là, mais il fait son effet : les enfants s'arrêtent, les adultes aussi.
Sur les murs, des bas-reliefs reprennent la figure d'Arjuna, et une collection d'objets d'art et d'artisanat prolonge le cabinet de curiosités du rez-de-chaussée. Le bar occupe le fond de la pièce, ses étagères rétroéclairées dessinant une grille orangée où s'alignent les bouteilles. Deux hôtesses en uniforme rouge nous accueillent avec des serviettes fraîches. La formalité ne dure que le temps des formulaires ; ensuite, ce sont des sourires et une clé.

Une chambre sur la mousson
La chambre tient la promesse de « voyage vertical » que l'hôtel se donne pour devise : on y monte, littéralement, et l'on y trouve d'abord la fenêtre. Un large panneau vitré, du sol au plafond, ouvert sur un moutonnement de forêt, des collines bleutées au loin et, ce jour-là, la pluie qui striait la vitre. Sihanoukville, vue d'ici, n'a rien du chantier qu'on décrit trop souvent : c'est une côte verte qui respire.
L'hôtel décline neuf catégories, du Premier King de 35 m² à la Junior Suite et à l'Executive Balcony King de 97 m², en passant par les Premier Atrium de 45 m², dotés d'un balcon sur la piscine ou sur la ligne d'horizon. Toutes partagent le même vocabulaire, que le Guide Michelin résume en trois mots : tapis à motifs, plafonds à caissons éclairés en lumière chaude et vitrage intelligent, qui se voile d'une pression sur un bouton. Le reste est affaire de matières. Des panneaux de bois sombre encadrent le lit, un king aux draps blancs barré d'un chemin de lit bleu chiné. Deux lampes-lanternes en verre dépoli montent la garde de chaque côté. Sur le mur d'en face, une étagère rétroéclairée fait office de cabinet miniature : deux lions rouges sur un socle de marbre noir, deux serre-livres à silhouette humaine, une coupe de velours vert émeraude et, sur la tablette basse, la théière blanche, la machine à café et les bouteilles d'eau. La salle de bains double la mise avec deux vasques rondes sur un plan de marbre veiné, deux serviettes roulées et, là encore, la fenêtre sur les collines.
Ce sont les détails qui font le reste. Sur la table ronde, à côté d'une bouteille de vin et de deux verres, une coupe de fruits et trois macarons – pistache, mangue, sésame noir – posés sur un lit de haricots rouges dans une coupelle de terre cuite. Et, glissé sous le tout, un petit livre pour enfants en khmer, l'histoire d'une tortue qui franchit la ligne d'arrivée devant Angkor Vat. Il était destiné au plus jeune de notre trio. Il ne l'a plus lâché jusqu'au dîner.



Quatorze heures, treizième étage : le Socie-tea
Retour au Sky Lobby. L'hôtel y sert chaque après-midi, de quatorze à dix-sept heures, ce qu'il a baptisé le Socie-tea : un thé à l'anglaise revisité, facturé 28 dollars net le set. Nous avons pris place près des fenêtres, la pluie toujours dehors, une fleur de lotus rose ouverte dans une boule de verre au milieu de la table.
Le service arrive en deux temps et sur deux supports. D'abord un grand cercle de laiton ajouré, façon claustra de temple, à trois plateaux : en haut, des roses de saumon fumé posées sur un carré de pain noir et de fromage frais, une feuille de basilic et un pétale jaune en guise de couronne, et de petits pains briochés garnis ; au milieu, des carrés de cake salé et des mini-sandwiches ; en bas, des tartelettes croustillantes au saumon mariné et aux champignons, semées de pétales de lotus. À côté, un plateau noir avec des scones tièdes sous une serviette et trois coupelles – confiture d'abricot, confiture de fruits rouges, crème – posées chacune sur sa cuillère de porcelaine.
Puis le second cercle, celui du sucré. Deux macarons vert pistache et une tartelette aux fruits rouges en haut ; deux opéras au chocolat et deux crumbles à la pomme coiffés d'une volute de meringue au milieu ; en bas, deux cubes de gâteau damier à la mangue et deux dômes framboise glacés, posés sur un sablé, surmontés d'une spirale de sucre. Le thé, en feuilles, infuse dans une théière de verre.
Un maître d'hôtel en veste sable et col brodé pose lui-même les plateaux et présente chaque bouchée. Ce n'est pas la réinvention du thé à l'anglaise, et ce n'est pas le propos : c'est un rituel exécuté avec soin, à une hauteur où la pluie devient un spectacle, pour trois personnes dont le plus jeune, penché sur le présentoir comme sur une vitrine de Noël, a compris avant nous que l'étage du bas se mangeait en premier.



Quand nous avons quitté la table, la brume s'était levée sur les collines. Un étage plus bas, le douzième nous attendait : la piscine à débordement, la salle de sport et le spa. C'est l'objet du prochain épisode.
Pratique
Arjuna Solitaire Hotel, Kampong Dewa Resort, Otres Marina Road n° 833, Sihanoukville. 236 chambres et suites sur 25 étages. Socie-tea Premium Afternoon Tea : tous les jours de 14 h à 17 h au Sky Lobby (13e étage), 28 USD net par set. Chambres à partir de 160 USD net (Premier Atrium King ou Twin, minibar offert à l'arrivée) ; formule « Arjuna Indulgence » pour un week-end en famille à partir de 188 USD net, avec dîner, thé du soir et privilèges au spa et dans les restaurants. Réservation directe sur arjuna.jhlcollections.com avec 10 % de remise. Otres Beach est à dix minutes en voiture, l'aéroport international de Sihanoukville à une vingtaine de minutes.
À suivre – Épisode 2 : le douzième étage à l'heure dorée, piscine à débordement, The Workout et Arjuna Spa by Sandjong.







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