Témoigner pour ne pas oublier : l'éducation sur le génocide khmer rouge entre dans les salles de classe cambodgiennes
- La Rédaction

- il y a 9 heures
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Dans un lycée de Sa-ang, province de Kandal, des dizaines d'élèves ont récemment vécu une expérience scolaire hors du commun. Réunis pour un forum éducatif consacré à l'histoire de la Kampuchéa démocratique (1975-1979), ils ont assisté à la projection du documentaire First Witness — un film poignant qui donne voix aux survivants du régime des Khmers rouges. Une initiative rare, mais plus nécessaire que jamais.

Un passé que la jeunesse doit connaître
Entre 1975 et 1979, le régime de Pol Pot a causé la mort d'environ deux millions de Cambodgiens — soit près du quart de la population — à travers les exécutions, la famine et les conditions de travail forcé. Pourtant, pour de nombreux jeunes Cambodgiens d'aujourd'hui, cette période reste floue, voire méconnue. C'est précisément ce fossé mémoriel que le forum organisé au lycée de Sa-ang cherchait à combler.
La salle de classe comme espace de mémoire
Le format choisi — une combinaison de discussion ouverte en classe et de projection cinématographique — s'est révélé particulièrement efficace. First Witness ne se contente pas de présenter des faits historiques : il met en lumière des témoignages directs, des visages, des voix qui brisent l'abstraction des chiffres. Pour beaucoup d'élèves, c'était la première fois qu'ils entendaient un survivant raconter, dans ses propres mots, ce que signifiait vivre sous l'Angkar.
Les échanges qui ont suivi la projection ont permis aux jeunes de poser des questions, d'exprimer leurs émotions et de confronter leurs connaissances à la réalité historique documentée. Enseignants et facilitateurs ont guidé ces discussions avec sensibilité, veillant à ce que la mémoire serve non pas à raviver la haine, mais à cultiver la résilience et l'engagement civique.
L'éducation au génocide, un enjeu national
Ce type d'initiative s'inscrit dans un effort plus large pour intégrer l'éducation sur le génocide dans le curriculum scolaire cambodgien. Des organisations telles que le Documentation Center of Cambodia (DC-Cam) travaillent depuis des années à produire des ressources pédagogiques adaptées, à former les enseignants et à encourager les établissements à aborder ce chapitre douloureux de manière structurée et bienveillante.
L'événement de Sa-ang illustre que cette démarche porte ses fruits. Quand l'histoire n'est plus un simple texte de manuel, mais une expérience humaine partagée en classe, elle devient vivante — et transformatrice.
Ne jamais oublier, pour ne jamais recommencer
À l'heure où les témoins directs du génocide vieillissent et disparaissent, transmettre leur mémoire à la génération numérique représente un défi urgent. Des forums comme celui de Sa-ang High School montrent qu'il est possible de relever ce défi avec intelligence et humanité — en faisant de chaque salle de classe un espace de vérité, de respect et d'espoir.
« Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter. » Cette maxime, souvent citée dans les musées du souvenir à travers le monde, résonne avec une acuité particulière au Cambodge. Et c'est dans les yeux de ces lycéens de Sa-ang, bouleversés mais éveillés, que réside la promesse d'un avenir différent.







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