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Tourisme : Preah Sihanouk se dote d'un plan 2026-2030 pour relancer la côte cambodgienne

il y a 2 heures
7 min de lecture

Le ministère du Tourisme et la province côtière ont lancé le 14 septembre un plan quinquennal. Il doit faire de Sihanoukville une destination haut de gamme, pour les loisirs comme pour les affaires. Le texte arrive alors que les arrivées internationales ont presque diminué de moitié au Cambodge depuis janvier. La côte, elle, résiste mieux que le reste du pays.

La plage d'Otres, au sud de Sihanoukville, l'un des atouts balnéaires mis en avant par le plan touristique
La plage d'Otres, au sud de Sihanoukville, l'un des atouts balnéaires mis en avant par le plan touristique

Le ministre du Tourisme, Huot Hak, et le gouverneur de Preah Sihanouk, Mang Sineth, ont présidé lundi la cérémonie de lancement du plan de développement touristique 2026-2030 de la province. Le document se veut une feuille de route commune aux ministères, aux autorités locales, aux entreprises et aux autres acteurs du secteur. Il doit servir à bâtir de nouveaux produits et à attirer davantage de visiteurs, cambodgiens comme étrangers.

L'ambition affichée par le gouvernement est claire. Preah Sihanouk doit devenir une destination de qualité, compétitive à l'échelle internationale, pour le tourisme d'affaires comme pour le tourisme de loisirs. Selon l'agence officielle AKP, la province entend aussi consolider sa place de deuxième grand pôle urbain du royaume, derrière Phnom Penh.

Plan de développement touristique : Preah Sihanouk, cinquième province ciblée

Preah Sihanouk est la cinquième province couverte par la démarche de planification lancée par le ministère du Tourisme. Phnom Penh a présenté son propre plan 2026-2030 le 17 août. Kratie a suivi le 7 septembre. Kampong Thom dispose aussi du sien, qui la positionne comme étape entre Angkor et le Tonlé Sap. Ces plans prennent la suite du cycle 2021-2025.

La méthode ne change guère d'une province à l'autre. À Phnom Penh comme à Kratie, la cérémonie a réuni environ 300 participants : fonctionnaires, opérateurs, communautés touristiques et créateurs de contenus. À Kratie, Huot Hak avait demandé que la province se forge une identité de marque reconnaissable et développe les activités nocturnes, pour allonger la durée des séjours. Les mêmes leviers reviennent à Sihanoukville.

Tourisme au Cambodge : un marché international en chute

Le calendrier n'a rien d'anodin. Au premier semestre 2026, le Cambodge a accueilli 1,75 million de visiteurs étrangers, contre 3,36 millions un an plus tôt. La baisse atteint 47,9 %. Le 4 août, devant quelque 150 professionnels, le ministre l'a attribuée à la mauvaise publicité, aux réseaux d'escroquerie en ligne et aux tensions à la frontière thaïlandaise.

Le marché thaïlandais, premier pourvoyeur de visiteurs, a pratiquement disparu. Entre janvier et mai, les arrivées en provenance de Thaïlande sont tombées de 856 169 à 32 757, soit un recul de 96,2 %. Tous les points de passage terrestres entre les deux pays sont fermés depuis fin juin 2025. Bangkok ne fixe aucune date de réouverture.

La Thaïlande n'explique pas tout. Hors marché thaïlandais, les arrivées reculent encore d'environ 28 % sur les cinq premiers mois, selon une analyse publiée en juillet par le site Market Insider. L'Europe cède 23,9 % sur la même période d'après les chiffres officiels. Angkor en fait les frais : à Siem Reap, les arrivées étrangères ont chuté de 31,9 %.

Sihanoukville : la côte fait mieux que la moyenne

Preah Sihanouk échappe en partie à cette tendance. En 2025, la province a reçu 415 459 visiteurs étrangers, contre 318 491 en 2024, soit une hausse de 30 %. La clientèle cambodgienne est restée stable, à 4,35 millions de visites. Le touriste type reste donc cambodgien : on comptait environ dix visiteurs nationaux pour un étranger l'an dernier.

L'année 2026 prolonge ce mouvement côté international. Au premier trimestre, les arrivées étrangères dans la province ont progressé de 17,8 %, à 148 796, d'après le ministère. La fréquentation domestique a en revanche reculé de 14,6 %, à 1,2 million. Sur les cinq premiers mois, la hausse des visiteurs étrangers ressort à 9,8 %. Les arrivées à l'aéroport international de Sihanouk ont plus que doublé, sur une base il est vrai modeste.

Autoroute, port en eau profonde, aéroport : les atouts mis en avant

Huot Hak a insisté sur la transformation rapide de la province : routes, espaces urbains, plages et lieux publics. Il a cité plusieurs repères devenus emblématiques, dont la statue de Preah Thong tenant l'écharpe de Neang Neak, la statue « Khmer Can Do » et le dragon cracheur d'eau.

Le vrai changement tient aux infrastructures. L'autoroute Phnom Penh-Sihanoukville, première voie express du pays, longue de 187 kilomètres, a ramené le trajet depuis la capitale de plus de cinq heures à moins de deux. Le port autonome en eau profonde étend son terminal à conteneurs pour atteindre une capacité de 2,6 millions d'EVP par an d'ici 2030.

Le même port accueille un nombre croissant de paquebots. Le Costa Serena y a fait escale pour la première fois le 4 février, avec près de 3 000 passagers. Sur les cinq premières semaines de l'année, les arrivées par la mer ont atteint 8 763 personnes. Le 5 mars, le Norwegian Sun a débarqué 1 831 passagers de 46 nationalités, dont 1 075 Américains. L'activité reste très saisonnière : le calendrier publié l'an dernier ne prévoyait aucune escale entre mai et septembre.

Côté aérien, l'aéroport est exploité par Cambodia Airports, dont le français Vinci Airports est l'actionnaire principal. Sa piste a été portée à 3 300 mètres en 2019 pour accueillir des gros-porteurs. Vinci avait annoncé en 2024 un nouveau terminal pour 2026. De nouvelles liaisons directes vers la Chine ont été ouvertes, dont Chengdu en janvier. L'aéroport avait dépassé le million de passagers en 2019, avant la pandémie.

Koh Rong, la vitrine haut de gamme

Le plan s'appuie aussi sur les îles, la biodiversité marine et le parc national de Ream. Ces atouts ouvrent la voie au tourisme côtier et insulaire, à l'écotourisme et aux sports nautiques. Koh Rong concentre les ambitions. Le 5 juin, le groupe de travail chargé de la promotion des investissements dans la province, présidé par Hean Sahib, conseiller du Premier ministre Hun Manet, a examiné une stratégie pour en faire une destination de rang mondial, centrée sur l'écotourisme, le luxe et le bien-être.

La ville de Koh Rong couvre plus de 11 300 hectares, avec 61 kilomètres de côtes, dont 43 kilomètres de plages de sable. L'île figure à la neuvième place d'un classement 2026 des 50 plus belles plages du monde. Un aéroport international de catégorie 4C y est en chantier depuis janvier 2024. Budgété à 300 millions de dollars, il est porté par Royal Group, qui détient depuis 2008 un bail de 99 ans pour développer une partie de l'île. Hean Sahib souligne l'intérêt croissant des visiteurs européens pour les îles cambodgiennes.

Le développement de l'île a aussi son revers. Il a donné lieu à des litiges fonciers avec des familles installées de longue date, avec des épisodes de tension notamment en 2018 et en 2020.

Bâtiments inachevés : le passif des années casino

Les statues et les plages ne suffisent pas à effacer la silhouette de la ville. Sihanoukville reste marquée par les tours inachevées laissées par le départ des investisseurs chinois, après l'interdiction des jeux en ligne en 2019 puis la pandémie. En janvier 2024, le gouvernement recensait 362 chantiers suspendus, qui exigeaient 1,161 milliard de dollars pour être achevés, et 176 immeubles terminés mais inutilisés.

Les tours de Sihanoukville se découpent sur l'horizon, à la tombée du jour
Les tours de Sihanoukville se découpent sur l'horizon, à la tombée du jour

Le programme spécial de promotion des investissements lancé le 31 janvier 2024 visait précisément ces immeubles. Il a été prolongé jusqu'en 2027. Selon Hean Sahib, 467 projets représentant 8,18 milliards de dollars ont bénéficié d'incitations entre 2024 et février 2026, dont 209 liés à des structures inachevées. La part de ces montants réellement investie reste inconnue, relevait en avril le média CamboJA News.

Les professionnels restent prudents. Chea Kimsea, responsable recherche chez Advantage Property Services, évoque encore environ 400 immeubles à l'arrêt dans le centre-ville. Il pointe deux obstacles : la qualité médiocre de nombreuses structures, bâties avec peu de contrôle, et la crise immobilière en Chine, d'où provient l'essentiel des capitaux.

La lutte contre les centres d'escroquerie en ligne pèse aussi sur l'économie locale. Depuis juillet 2025, environ 250 sites de fraude et plus de 90 casinos ont été fermés, dont beaucoup à Sihanoukville, selon les autorités. Ces complexes soutenaient les taux d'occupation des immeubles. Leur fermeture a provoqué une nouvelle vague de départs et une baisse de la demande. Pour Chea Kimsea, c'est la bonne direction, et le marché devra se recomposer autour d'une demande plus classique. L'accent mis par le ministre sur la sécurité et la sûreté se lit aussi à cette lumière.

Parc national de Ream : l'écotourisme sous pression

Le parc national de Ream, créé en 1995, est présenté comme un pilier de l'offre écotouristique. Il a pourtant beaucoup souffert. Le parc a perdu 5 490 hectares de forêt entre 2001 et 2021, selon les données satellitaires de Global Forest Watch reprises par le média environnemental Dialogue Earth. De vastes concessions y ont été attribuées à des promoteurs, notamment chinois, pour des projets de complexes hôteliers.

La province y teste d'autres formules. Un site de loisirs sur pontons flottants, avec activités nautiques et restauration d'inspiration européenne, a été inspecté en février par le ministre et le gouverneur dans le village de Smach Deng, à Ream. Il s'insère dans un paysage de criques et de mangroves. En ville, l'administration provinciale prépare une promenade côtière de 1,25 kilomètre entre la place Techo et la plage d'Ochheuteal. Le projet en est au stade de la conception.

Ce que le plan 2026-2030 devra démontrer

Le plan touristique s'inscrit dans un cadre plus large. Le schéma directeur baptisé « Vision 2038 » veut faire de Preah Sihanouk une zone économique spéciale modèle à vocation multiple. Il prévoit une porte d'entrée internationale pour la logistique et la finance, un pôle national de tourisme balnéaire et insulaire, et une métropole « verte et intelligente » de l'Asean. Sa première phase court jusqu'en 2028 et privilégie l'intégration de la province aux échanges régionaux.

Huot Hak a fixé des priorités concrètes. La province doit créer de nouveaux produits et améliorer la qualité du service, la propreté, la sécurité et la sûreté, pour suivre l'évolution des attentes des voyageurs et une concurrence régionale plus rude. Le ministre a aussi réclamé une coopération plus étroite entre l'État, le secteur privé, les partenaires au développement, les médias et les créateurs de contenus. Pour lui, le tourisme est un secteur interconnecté qui exige une action collective.

Le premier test viendra vite. Selon le calendrier publié l'an dernier, la saison des croisières reprend en octobre, avec une escale, puis deux en novembre et cinq en décembre.

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