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Survivante des Khmers rouges, Hun Sien fut arrêtée pour une poignée de feuilles de patate douce

il y a 53 minutes
3 min de lecture

À Trapeang Kak, dans le district de Tram Kak (Takeo), Hun Sien travaille encore la rizière à 71 ans. Sous les Khmers rouges, cette épouse de soldat de Lon Nol a été déplacée à plusieurs reprises. Elle a été envoyée au travail punitif pour avoir mangé en cachette, puis affectée à un four à briques jusqu'en 1979. Son témoignage a été recueilli par de jeunes bénévoles dans le cadre d'un projet de mémoire consacré au régime.

Hun Sien, 71 ans, survivante du régime khmer rouge, province de Takeo
Hun Sien, 71 ans, survivante du régime khmer rouge, province de Takeo

Avant 1975, une femme de soldat à la maison

Avant la chute de Phnom Penh, Hun Sien ne travaillait pas. Son mari, Kao Yong, servait dans l'armée de Lon Nol. Il voulait qu'elle reste au foyer. Le couple vivait au village de Prasat, dans le district de Tram Kak.

Kao Yong a aujourd'hui 82 ans. Il est aveugle. Ils ont eu sept enfants, deux fils et cinq filles. Hun Sien cultive toujours le riz. Elle souffre du dos et des reins, et d'une gorge irritée. Depuis trois mois, ses oreilles bourdonnent sans arrêt. Un médecin a diagnostiqué des douleurs nerveuses. Elle achète des médicaments mais ne les prend que lors des crises.

Pour elle, l'origine du mal ne fait guère de doute. « Je pense que cette maladie vient du travail trop dur que j'ai fait sous les Khmers rouges. »

Évacuée de pagode en village

Quand les Khmers rouges prennent le pouvoir, le chef du village vide Prasat. Les habitants sont conduits à la pagode de Champa Loeuk, dans la commune de Ta Phem. La famille n'emporte presque rien : des vêtements et quelques objets indispensables.

Le séjour est court. On les envoie ensuite à la pagode de Ta Sou. Le chef d'unité y affecte Hun Sien aux rizières et à la coupe de feuilles. Puis un nouveau départ vers le village de Prey Run. Là, elle arrache le jonc qui sert à tresser les nattes. Elle fait partie d'une unité mobile, l'une de ces brigades que le régime déplaçait d'un chantier à l'autre.

Elle tombe enceinte. Arrivée presque à terme, l'Angkar l'oblige à marcher jusqu'à l'hôpital provincial de Takeo pour accoucher.

Des feuilles de patate douce et un peu de sel

Un jour, la faim est trop forte. Hun Sien cueille des feuilles de patate douce, les fait bouillir, les trempe dans le sel et les mange seule. Sous le Kampuchéa démocratique, la nourriture appartient à la collectivité. Manger à part est une faute. Le chef du village la dénonce.

Des miliciens viennent la chercher. Ils l'emmènent sur un site de travail punitif pour la « forger », lot dâm en khmer, le terme du régime pour la rééducation par le travail. « Heureusement, ils ne m'ont pas tuée. Ils m'ont seulement donné un travail au-delà de mes forces. »

L'Angkar l'affecte ensuite à un four à briques. Elle creuse la terre et la transporte pour les équipes qui chargent le four. Elle y reste jusqu'à l'arrivée des troupes vietnamiennes, en janvier 1979.

Tram Kak, district modèle du régime

Le lieu compte. Tram Kak appartenait à la Zone Sud-Ouest, placée sous l'autorité de Ta Mok. Le régime en avait fait un district modèle. Les coopératives de Tram Kak et le centre de sécurité de Kraing Ta Chan ont été examinés par les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), dans le cadre du dossier 002.

Un cadet disparu

L'un de ses cadets travaillait dans une unité économique. Hun Sien apprend plus tard qu'il a été tué. Elle ignore toujours pourquoi.

Après 1979, elle retourne au même four à briques, cette fois contre un salaire. Il faut nourrir la famille. Au bout d'un an environ, sa santé ne suit plus. Elle laisse la place à un autre de ses cadets.

« Pour qu’il ne revienne jamais »

La peur ne l'a pas quittée. « Quand je repense au régime khmer rouge, j'ai toujours peur. Ces souvenirs restent gravés dans mon cœur. »

Pour ses enfants et petits-enfants, elle a un souhait simple : qu'ils aillent à l'école. « Je ne veux pas que les générations futures vivent un régime comme celui-là. Je veux qu'elles étudient et qu'elles sachent, pour qu'il ne revienne jamais. »

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