Sony Vinh, Khmère de cœur, Marseillaise d'enfance et Parisienne de réussite — celle qui réinvente le luxe de rue depuis la Seine
- Christophe Gargiulo
- il y a 2 heures
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À l'angle de la Rue Saint-Honoré, là où le luxe le plus traditionnel croise la créativité la plus contemporaine, une marque discrète mais déterminée trace son sillon : VINHS. Derrière ce nom énigmatique, une femme aux racines khmères, élevée à Marseille, épanouie à Paris, Sony Vinh, dont la trajectoire singulière en dit beaucoup sur la mode de demain.

Il est des histoires de mode qui commencent non pas dans les ateliers feutrés des grandes maisons, mais dans la rue, dans la musique, dans l'énergie brute d'une époque — et parfois, dans l'héritage silencieux d'un peuple traversé par l'histoire. Celle de Sony Vinh appartient à cette catégorie rare. Née au Cambodge, arrivée en France à l'âge de deux ans, c'est à Marseille qu'elle grandit, s'éveille, s'invente.
La cité phocéenne — cosmopolite, vibrante, inclassable — lui offre ses premières leçons de diversité et d'authenticité. Deux qualités qui nourriront, des années plus tard, chaque couture de la marque VINHS.
Phnom Penh, Marseille, Paris : une trajectoire en trois actes
C'est à deux ans à peine que Sony Vinh pose le pied sur le sol français. Marseille l'accueille, Marseille la forme. Dans cette ville au caractère bien trempé, mosaïque de cultures et d'influences venues de toute la Méditerranée et au-delà, la petite fille cambodgienne apprend très tôt ce que signifie vivre entre les mondes — sans jamais n'appartenir vraiment qu'à soi. Une leçon d'identité que la mode, plus tard, lui permettra de mettre en forme.
Puis vient 2008. Sony Vinh prend la route de Paris, capitale de la mode. Un choix délibéré, un acte de foi. « Paris m'a ouvert les portes de la réussite », confie-t-elle.
Et Paris tient sa promesse. Dans cette ville qui a vu naître Chanel, Saint Laurent et tant d'autres révolutions vestimentaires, la créatrice khmère-marseillaise trouve enfin l'espace à la hauteur de ses ambitions. Elle y affine son œil, élargit son réseau, consolide sa vision — jusqu'à s'établir sur la Rue Saint-Honoré, adresse qui est à elle seule tout un programme.
« Paris m'a ouvert les portes de la réussite. » — Sony Vinh, fondatrice de VINHS
De Vinhscouture à VINHS : une renaissance calculée
L'histoire de la marque ne commence pas en 2023. Elle s'enracine en 2015, sous un autre nom : Vinhscouture. À cette époque, Sony Vinh possédait deux boutiques en Île-de-France, dans lesquelles elle proposait une mode singulière, marquée notamment par des chemises à coupes asymétriques, pièces devenues emblématiques d'une clientèle fidèle qui la suit encore aujourd'hui. Cette période fondatrice révèle déjà l'ADN de la créatrice : un goût pour la rupture formelle, le refus du conformisme et l'envie de bousculer les codes établis.
Puis vint la pause, la réflexion, la transformation. Sony Vinh a pris le temps de repenser son projet, d'épurer son identité visuelle, d'affiner son positionnement. Le résultat ? Une renaissance sous un logo plus sobre, plus raffiné, et un nom raccourci à son essence : VINHS. Le copyright date officiellement de 2017, mais c'est en 2023 que la marque se réinvente pleinement et affirme sa voix sur la scène internationale.
L'empire du hip-hop new-yorkais comme bible créative
Pour comprendre VINHS, il faut voyager quelques décennies en arrière, dans le New York des années 1990. C'est là que Sony Vinh puise son inspiration fondamentale : la culture hip-hop américaine dans toute sa splendeur brute, incarnée par les silhouettes iconiques de 2Pac et Notorious B.I.G., par les casquettes de baseball portées de côté, les t-shirts oversize, les lunettes surdimensionnées qui sculptaient les corps et affirmaient les identités.
Entre l'héritage khmer — sa finesse, son sens du détail, sa profondeur symbolique —, l'âme solaire et rebelle de Marseille, et l'énergie libératrice du hip-hop américain, Sony Vinh a trouvé sa synthèse idéale.
Ni nostalgie, ni mimétisme, mais quelque chose de plus rare : une voix personnelle, nourrie de plusieurs mondes, qui s'exprime dans la coupe d'un vêtement, le grammage d'un tissu, le choix d'un motif.
Chaque pièce VINHS est conçue en coton 100% premium à 230 g/m², assurant une tenue, une tombée et une durabilité remarquables. Les techniques de broderie et de transfert thermique sont réalisées en Italie, berceau de l'excellence artisanale européenne.

La collection Empire State Building : l'ambition faite vêtement
Parmi les collections qui ont fait connaître VINHS au-delà des frontières françaises, celle intitulée Empire State Building tient une place particulière. En son cœur, une image : une photographie prise en février 2023, dans laquelle le profil de Sony Vinh se fond avec la silhouette majestueuse du célèbre gratte-ciel new-yorkais. Un symbole d'ambition, de verticalité, de permanence. Comme pour dire que la mode, elle aussi, peut aspirer à toucher le ciel.

Une reconnaissance qui n'est pas anodine : elle signale l'intérêt du marché asiatique — et cambodgien en particulier, où la diaspora suit avec fierté l'ascension de cette enfant du Cambodge devenue figure parisienne — pour cette esthétique franco-américaine si singulière.
Un sac nommé La Renaissance par une créatrice khmère élevée à Marseille et consacrée à Paris : le symbole se passe de commentaire.— VINHS, maroquinerie
Le sac « La Renaissance » : un manifeste en cuir
Si les vêtements constituent le cœur du vestiaire VINHS, la maroquinerie en est sans doute la pièce la plus symbolique. Le sac iconique baptisé La Renaissance est réalisé en cuir de vachette pleine fleur de qualité supérieure, relevé par une boucle gravée VINHS en acier inoxydable. Pour une femme dont toute la vie fut une succession de renaissances — Phnom Penh, Marseille, Paris, et maintenant le monde —, le nom ne pouvait être plus juste.

Un premier défilé Haute Couture : le « Street Luxe » à l'heure africaine
L'acte le plus audacieux de Sony Vinh reste cependant à venir, ou plutôt : il est en train de s'écrire. La marque a annoncé son premier défilé de Haute Couture à Paris, dans lequel le concept de Street Luxe se parera des couleurs et des influences du Sénégal.
Un geste fort, qui élargit la conversation bien au-delà du seul dialogue entre New York et Paris, pour y faire entrer l'Afrique dans toute sa richesse textile et symbolique.
C'est là peut-être le trait le plus singulier de Sony Vinh : cette capacité — propre aux esprits façonnés par plusieurs cultures — à tisser des fils entre des continents, des générations, des esthétiques, sans jamais perdre le fil de son propre langage. Khmère de naissance, Marseillaise de cœur, Parisienne de réussite, citoyenne du monde par ambition, elle démontre qu'il est possible, depuis Paris, de parler au monde entier sans parler comme tout le monde.
VINHS, au-delà du vêtement
Ce que construit Sony Vinh avec VINHS dépasse largement le prêt-à-porter. Il s'agit d'un lifestyle — un mode de vie —, qui réconcilie le confort du quotidien avec l'aspiration à l'élégance. Pas de hiérarchie entre le « noble » et le « populaire », pas de condescendance envers la rue qui a tout nourri. Juste une conviction, portée avec une cohérence remarquable : que le luxe appartient à celles et ceux qui savent le porter, quelle que soit leur origine.
Dans un secteur saturé de logotypes criards et de collaborations opportunistes, VINHS fait le pari inverse : celui de la sobriété revendiquée, de la qualité silencieuse, de l'identité construite dans la durée.
Sony Vinh n'est pas pressée. Elle l'a montré en traversant l'océan Indien enfant, en arpentant les rues de Marseille adolescente, en conquérant Paris adulte. Dix ans de maturation patiente, et une marque — née au carrefour du Cambodge, du Vieux-Port et de la Rive Droite — qui mérite qu'on s'y attarde longuement.



