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Solidarité : Au Cambodge, cette école qui révolutionne l'avenir des filles

Fondée il y a plus de vingt ans par Tina Kieffer, l'école Happy Chandara vient d'être distinguée parmi les cinquante meilleures écoles au monde. Un exploit. Et le début d'une nouvelle bataille. Ancienne directrice de la rédaction de Marie-Claire, Tina Kieffer a tout quitté pour fonder au Cambodge l'école Happy Chandara. Vingt ans plus tard, la Fondation Varkey la classe parmi les cinquante meilleures écoles du monde. Portrait d'une femme qui s'étonne encore d'y être arrivée.

Tina Kieffer @CG
Tina Kieffer @CG

Il y a des bifurcations de vie qu'on ne choisit pas vraiment. On tombe dessus, et on ne revient plus en arrière. Pour Tina Kieffer, cette bifurcation a un visage : celui d'une petite fille de quatre ans, aperçue dans un orphelinat de Phnom Penh au milieu des années 2000. Elle dirigeait alors la rédaction de Marie-Claire. Elle ne savait pas encore qu'elle allait tout quitter.

Vingt ans plus tard, l'école Happy Chandara — qu'elle a fondée en 2005 avec l'ONG Toutes à l'école — vient d'être sélectionnée parmi les cinquante meilleures écoles du monde par le Global Schools Prize de la Fondation Varkey, dans la catégorie Santé et Bien-être. Une reconnaissance internationale qui salue une approche pensée dès le départ comme globale : instruction, nutrition, santé mentale, protection sociale, égalité.

ENTRETIEN — TINA KIEFFER, FONDATRICE DE HAPPY CHANDARA

LA GENÈSE — UNE RENCONTRE QUI CHANGE TOUT

« J'étais venue ici au cours d'un voyage, encore journaliste, et j'ai rencontré une petite fille qui n'allait pas bien du tout dans un orphelinat. Cela m'a bouleversée. Je me suis dit que je devais sortir cette petite fille de là. Et quand je l'ai amenée en France, je me suis dit que ce serait quand même bien d'aller plus loin — ne pas sauver simplement une enfant. Je voyais la condition des petites filles à l'époque : de la prostitution enfantine, beaucoup de petites mendiantes. Je suis rentrée avec l'idée de fonder une école. »

LE CONTEXTE — UN PAYS QUI RELEVAIT LA TÊTE

« On sait très bien que les Khmers rouges ont tué la quasi-totalité des intellectuels, les médecins, les professeurs. Vers 2005-2006, dans les écoles publiques, on comptait parfois soixante gamins par classe avec des professeurs qui avaient vraiment beaucoup de mal. Fonder une école avait du sens. Encore plus pour les filles, car dans les écoles publiques il y a principalement des garçons — les filles restent à la maison. »

LE PREMIER JOUR — UNE COUR DE RÉCRÉATION COMME RÉVÉLATION

« La première émotion, c'était peut-être la deuxième cour de récréation. Au début elles étaient complètement tétanisées, inquiètes — elles sortaient de leur bidonville. Et très rapidement, elles sont devenues des petites filles comme les autres. Elles apprenaient à sauter à la corde, elles riaient, elles faisaient les petites folles. Là, je me suis rendu compte qu'on allait non seulement leur donner une instruction, mais aussi beaucoup de bonheur. »

AUJOURD'HUI — DES RÉSULTATS QUI DÉPASSENT LES ESPOIRS

« Elles m'épatent, vraiment elles m'épatent. Je pensais qu'on aurait du décrochage en fin de troisième, mais non. Elles disent : nous ne voulons pas arrêter, nous voulons avoir le bac. Leurs mamans ne savent ni lire ni écrire. Donc ça, je ne m'y attendais pas. Ce n'est pas seulement de l'instruction, c'est aussi de l'éducation, c'est la santé — nous avons une approche globale. »

LA VISION — FORMER DES FEMMES QUI FERONT BOUGER LE PAYS

« L'idée est qu'elles deviennent des femmes instruites et donc libres, mais aussi qu'elles participent à la reconstruction du pays. Beaucoup d'entre elles se dirigent vers la protection de l'environnement — nous en avons trente en faculté d'agriculture, orientées vers le bio comme nous le faisons ici. Cela demande beaucoup de travail : les accompagner, les envoyer dans les bonnes écoles, les orienter vers des métiers utiles. »

 « En un peu plus d'un an, j'ai trouvé les terrains, fait construire le bâtiment — c'était un projet dans lequel je me suis engagée à 1 000 %. », Tina Kieffer.

Ce que la Fondation Varkey a distingué, c'est précisément ce refus de séparer l'académique du reste. Happy Chandara, c'est une école, mais aussi un centre médico-social avec médecin, dentiste, psychologues, infirmières et sage-femme.

C'est une ferme agroécologique produisant plus de vingt-cinq tonnes de fruits et légumes biologiques par an, et plus de deux mille repas sains chaque jour. C'est un programme de construction de maisons pour les familles ravagées par les moussons — cinquante maisons bâties à ce jour.

Enfants de l'école primaire @CG
Enfants de l'école primaire @CG

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes : 1 700 élèves scolarisées, cent nouvelles chaque année, un taux de réussite de 100 % aux examens nationaux de fin de collège et de lycée sans exception depuis la création de l'école. Cinquante-trois anciennes élèves poursuivent aujourd'hui des études supérieures dans les filières STEM.

1 700

élèves scolarisées, de la maternelle au premier emploi

100 %

de réussite aux examens nationaux chaque année

25 t

de fruits et légumes bio produits par an sur le campus

Sunny Varkey, fondateur de la Fondation, a adressé personnellement ses félicitations à l'équipe : l'approche de Happy Chandara démontre avec force comment les écoles jouent un rôle déterminant pour équiper les jeunes des savoirs, compétences et valeurs dont ils auront besoin dans un monde en mutation rapide.

La sélection dans le top 50 n'est qu'une étape. L'annonce des dix finalistes — chacun récompensé de 50 000 dollars — est imminente. Et au bout, pour l'école lauréate du Grand Prix : 500 000 dollars pour amplifier son impact. Des fonds qui, si Happy Chandara y accède, seraient immédiatement fléchés vers trois chantiers prioritaires.

Tina Kieffer, elle, garde les pieds sur terre — et les yeux grands ouverts sur le pays qui l'a adoptée autant qu'elle l'a adopté. Dans l'entretien accordé à Cambodge Mag, elle confiait ce qui l'avait d'abord séduite ici : la population des quartiers pauvres, extrêmement souriante, vivant dans la précarité sans jamais mendier.

@CG
@CG

Cette observation, anodine en apparence, dit en réalité beaucoup de la philosophie de Happy Chandara : l'éducation n'est pas une promesse de richesse, c'est une promesse de dignité. Et de liberté.

« Je suis une fondatrice et une présidente heureuse », dit-elle simplement. « Elles me rendent heureuse et me le rendent au centuple. Franchement, elles m'épatent. »

🏅  Le Global Schools Prize en chiffres

Créé en 2025 par la Fondation Varkey, le prix évalue des milliers d'établissements à travers le monde. Dix finalistes recevront chacun 50 000 $. L'école lauréate du Grand Prix recevra 500 000 $ pour amplifier son impact. Le jury est co-présidé par la sous-directrice générale de l'UNESCO et d'anciens responsables de l'Ofsted.

Contribuez au rayonnement de Happy Chandara

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Soutenir l'école → toutes-a-l-ecole.org


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