Société : Vers l’interdiction des jupes trop courtes, du torse-nu et du transparent

Le Cambodge a décidé d’en finir avec les tenues jugées « provocatrices » en souhaitant interdire les jupes courtes et les chemises transparentes avec une nouvelle loi — code d’habillement prévu pour 2021.

Illustration : Cattleya Mao

Les détails d’application n’ont pas encore été communiqués. Ce projet de loi qui entrera en vigueur l’année prochaine s’il est approuvé par plusieurs ministères et l’Assemblée nationale, interdirait aux hommes de sortir torse nu et aux femmes de porter des vêtements « trop courts ou trop transparents ». Cette initiative suscite quelques réactions, même s’il était à prévoir que cela arriverait probablement un jour.

Préserver les traditions nationales

Les autorités cambodgiennes argument que la loi aidera à préserver les traditions nationales, mais, sans surprise, certains critiques craignent qu’elle ne soit utilisée comme un outil pour contrôler et opprimer les femmes.

Ce projet de loi qui autoriserait la police cambodgienne à infliger des amendes à des personnes jugées mal habillées pourrait « être utilisé pour restreindre les libertés des femmes et renforcer une culture d’impunité autour de la violence sexuelle », affirment les quelques critiques du projet s’exprimant dans un texte publié par la Fondation Thomson Reuters.

« Ces derniers mois, nous avons vu le maintien de l’ordre s’exercer sur le corps et les vêtements des femmes par les plus hauts niveaux du gouvernement, minimisant les droits des femmes à l’autonomie corporelle et à l’expression de soi, et rejetant le blâme sur les femmes pour les violences commises à leur encontre », a déclaré Chak Sopheap, directrice exécutive de L’ONG Cambodian Center for Human Rights.

« J’ai peur que ce texte de loi soit utilisé de manière disproportionnée contre les femmes qui exercent leurs libertés fondamentales »

Mais Ouk Kimlekh, secrétaire d’État du ministère de l’Intérieur qui dirige le processus de rédaction de la loi, a déclaré que la législation était nécessaire pour préserver la culture traditionnelle. « C’est bien de porter quelque chose qui ne soit pas plus court que le milieu des cuisses », dit-il.

« Ce n’est pas entièrement une question d’ordre public, c’est une question de tradition et de coutume »

Pas nouveau

Ce n’est pas la première fois que le code vestimentaire est mis sur la sellette dans le royaume. En 2014, le gouvernement avait déjà souhaité mettre le holà sur un certain laisser-aller dans la façon de s’habiller des touristes qui visitaient Angkor Wat. Les autorités avaient mis la main à de nombreuses reprises sur des visiteurs en tenu extra-légère sur le site, voir sans tenue du tout pour le plaisir de se faire photographier nu(e) devant un édifice religieux. C’était aussi l’époque du scandale « Wanimal », une revue érotique qui avait fait poser un modèle aux seins nus dans l’enceinte du temple.

C’est en partie l’une des raisons qui avaient amené le ministère du Tourisme, le ministère de la Culture et des Beaux-Arts, et l’Autorité APSARA à élaborer ensemble un code de conduite officiel pour le site archéologique.

Et, il était bien mentionné :

« Il est interdit de toucher les sculptures… de porter des vêtements jugés sexy, de fumer, et de faire du bruit. Tout acte de piller, de casser ou d’endommager les murs d’Angkor, ou d’exposer les organes sexuels dans la zone publique sera considéré comme un crime et punissable par la loi »

Ming Yu Hah, Amnesty International

Plus tôt cette année, une Cambodgienne a été condamnée à six mois de prison pour « pornographie et exposition à la pudeur » après avoir ignoré les avertissements officiels de porter des tenues moins révélatrices en vendant des vêtements et des cosmétiques sur son compte Facebook. Son arrestation est intervenue quelques jours après que le Premier ministre Hun Sen ait appelé les autorités à réprimer l’utilisation d’arguments de vente provocateurs qui, selon lui, « souille la culture cambodgienne et encourage les abus sexuels ».

Le Premier ministre Hun Sen

Avant elle, l’actrice bien connue Srey Oun aka Denny Kwan, 24 ans, avait reçu en 2017 une interdiction d’un an de se produire à la télévision ou dans tout autre média par le ministère de la Culture et des Beaux-Arts. Le motif : la jeune Cambodgienne avait enfreint le code de bonne conduite qu’elle avait promis d’adopter l’année précédente alors que le ministère l’avait déjà convoquée pour les mêmes raisons : des tenues et poses qu’elle affichait sur les réseaux sociaux, jugées provocatrices et trop sexy.

De son côté, Ming Yu Hah, directeur adjoint d’Amnesty International dans la région Asie-Pacifique déclare aujourd'hui : « Réprimander les femmes pour leurs choix vestimentaires sert à renforcer l’idée que les femmes sont responsables des violences sexuelles dont elles souffrent et renforce ainsi la culture d’impunité qui existe en relation avec la violence sexiste ».

Chbap Srey

Selon Ming Yu Hah, « de nombreux Cambodgiens s’attendent toujours à ce que les femmes soient soumises et silencieuses, un héritage du Chbap Srey — un code de conduite oppressif pour les femmes qui, selon les Nations Unies, devait être “totalement éliminé” des écoles l’année dernière. Il a qualifié le code de “cause fondamentale de la situation défavorisée des femmes”.

Srey Oun aka Denny Kwan

Littérature et réalité

Or, cela n’est pas tout-à-fait vrai. Ce fameux Chbap Srey et l’influence qu’il aurait pu avoir sur la condition féminine au Cambodge a déjà largement été remis en question par un fin spécialiste de l’Asie du Sud-est, Jean-Michel Filippi. Il y a quelque temps, ce dernier expliquait dans nos colonnes :

« A un moment donné, il importe d’en finir avec les sacro-saintes incantations et d’ouvrir un peu les yeux sur la réalité cambodgienne. Le Cbap Srey ne peut pas avoir été enseigné depuis des siècles, car, dans sa forme actuelle, il a été édité par le Dr Men Mai »

« Une des versions les plus souvent citées a été publiée en 1959 et n’est pas une création ex nihilo, elle provient de la confluence de plusieurs sources : proverbes, fragments, petits textes, etc. Il faut ainsi mentionner l’influence de l’œuvre du poète Kram Ngoy (1865-1936) et ses fameuses recommandations pour les hommes et les femmes. Kram Ngoy est à l’origine un barde qui chantait envers tous les problèmes de son temps : la misère et ses causes, l’endettement, l’ignorance et les rapports avec les étrangers, dont les Chinois. Si la qualité de ses vers et la limpidité de sa langue, accessible à tous, lui avaient très vite valu une grande popularité au Cambodge et jusqu’en Thaïlande, ainsi qu’une reconnaissance du roi Sisovath, sa postérité sera assurée par Suzanne Karpelès (une femme !) qui a scrupuleusement fait noter par écrit tous ses vers. Aujourd’hui Kram Ngoy est considéré comme un des plus grands poètes khmers modernes », explique M.Filippi.

Il y a effectivement eu dans le cadre des enseignements de pagode des thèmes approchants, destinés à l’éducation des garçons, mais en aucun cas un texte unique qui se serait transmis de génération en génération.

« L’image des jeunes filles écoutant religieusement leurs aînées réciter le Cbap Srey est pure fiction »

« Le Cbap Srey est également enseigné à l’école, ou l’était il y a peu encore, comme texte littéraire et non pas dans le but d’endoctriner et de préparer à l’esclavage domestique les jeunes filles khmères. Dans l’organisation familiale et sociale du Cambodge, les femmes jouent un rôle d’une importance indéniable au point qu’on a souvent qualifié la société khmère de matriarcale. On s’en rend facilement compte en allant louer une maison : de longues palabres avec le propriétaire pour s’entendre répondre, au moment où on aborde la question du prix, un “je vais demander à ma femme”....»

Le spécialiste ajoute :

“En tout état de cause, le Cbap Srey n’est en aucun cas la preuve ni la cause de l’oppression de la femme au Cambodge” CQFD…

Le ‘rituel’ précédant le mariage est aussi très révélateur ; il n’y a pas bien longtemps, le prétendant devait passer près de 9 mois dans la famille de sa future épouse où il était corvéable à merci et s’il ne convenait pas au terme de sa période probatoire, le malheureux devait porter sa flamme ailleurs. Le Reamker est aussi un exemple très parlant ; loin d’être la simple transposition khmère du Ramayana indien, l’épopée rend compte d’une société bien khmère : la vertueuse Seta, indispensable pilier social, et le volage Rama au comportement de gamin irresponsable.

Christophe Gargiulo

Notes :

Le prisme du Cbap Srey — JM Filippi — CambodgeMag

Cambodia targets short skirts, see-through shirts with new modesty law – Fondation Thomson Reuters –

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