Siem Reap & Parcours : Pen Los, la fierté du serveur

Après une jeunesse difficile et une carrière de fermier, Pen Los a décidé de s’orienter vers les métiers de la restauration. Ses efforts, pour rudes qu’ils aient été, sont désormais couronnés de succès.

Pen Los
Pen Los, serveur à Khéma Angkor

Cela ne fait que quatre mois que Pen Los a revêtu la tenue de serveur au Khéma Angkor. Droit comme un « i », cravate lavallière nouée sur une chemise immaculée et cheveux impeccablement ramenés en arrière, le jeune homme s’investit pleinement dans un métier qui, comme il l’avoue, lui convient parfaitement.

« Être au contact des clients, nouer des liens avec eux, mais aussi avec toute l’équipe du restaurant, découvrir chaque jour un peu plus les ficelles du métier et les coulisses de la restauration, tout cela me remplit de satisfaction. Et puis, il y a aussi l’attrait de la nouveauté : être ici, au Khéma, me change radicalement de mon ancienne vie dans les champs. »

Quitter l’école à 14 ans

Très vite, Pen Los a trouvé ses repères et semble effectuer son métier depuis toujours. Pourtant, il lui aura fallu fournir d’intenses efforts pour y parvenir, reprenant le chemin de l’école après l’avoir quittée à l’âge de 14 ans.

« Cela coûtait cher à ma famille, qui n’avait pas les moyens de me payer des études. Mes parents sont très pauvres, et je me suis, assez jeune, retrouvé dans les champs à cultiver le riz aux côtés de mon frère et de ma sœur. »

« Huit ans plus tard, j’étais déjà usé tant physiquement que moralement. L’avenir me paraissait de plus en plus sombre, et je n’avais que 22 ans… C’est alors que, lors d’une conversation avec un ami de mon frère, j’ai appris l’existence d’une association offrant une formation qualifiante destinée aux personnes se trouvant dans ma situation. Je les ai immédiatement contactés. »

Reprendre le chemin de l’école

Il aura fallu fournir de grands efforts pour parvenir enfin à envisager un avenir serein. Avec pudeur, Pen Los n’évoque qu’à demi-mots son enfance difficile et préfère se projeter dans un futur dégagé de toute inquiétude pécuniaire. Mais les opportunités que lui ont offertes l’ONG Feeding Dreams Cambodia et le restaurant Khéma n’auraient eu aucun effet sans l’inébranlable motivation dont le jeune homme a su faire preuve au cours de sa formation.

Reprenant toutes les bases, il renoue alors avec le tableau noir et replonge dans la grammaire et les mathématiques, tout en s’initiant à l’informatique et à l’anglais. S’il s’avoue fier de sa situation actuelle, ses lacunes dans cette langue le font encore rougir.

« Mais je m’améliore chaque jour, en tout cas j’essaie du mieux possible ! Au début, je ne m’occupais que des clients cambodgiens, car j’avais très peur de ne pas comprendre ce que l’on me disait. »

« Mais maintenant, j’ai acquis assez de vocabulaire pour m’occuper aussi des consommateurs étrangers. Et, une fois tombées les barrières de la timidité et du manque d’assurance, c’est un réel plaisir de pouvoir échanger avec eux. Pas uniquement pour les conseiller à propos du menu, mais aussi, tout simplement, pour bavarder. C’est l’un des aspects qui me séduit le plus dans cette profession. »

Spécialité : l’hôtellerie-restauration

Après une remise à niveau, Pen Los a en effet pu choisir une spécialité, s’orientant vers une carrière dans l'hôtellerie-restauration. 10 mois durant et malgré les difficultés liées aux restrictions sanitaires, il emmagasine des notions jusqu’alors inconnues :

« Chaque jour était surprenant, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Il n’est pas toujours facile de faire face à ce qu’on ne connaît pas et de s’y adapter. »

« Mais grâce à la patience des professeurs, j’ai pu acquérir tout le bagage nécessaire pour me lancer dans cette aventure professionnelle. Leur formation très complète m’a permis d’intégrer sans problème mon nouveau métier. L’amitié et la complicité des membres de l’équipe du Khéma ont fait le reste. » Pour Sothy Keo, manager du restaurant, il était important de se montrer solidaire envers ces jeunes emplis de talent, de motivation et de bonne volonté.

Lorsqu’un professeur de Feeding Dreams Cambodia l’a contactée pour placer l’un de ses élèves en stage, Sothy a tout de suite accepté. « Il y a eu une première période de deux mois, puis encore une autre de la même durée, à la fin de laquelle j’ai été embauché, raconte Pen Los. Je me suis alors rapproché du Khéma, car mon village était un peu éloigné du centre-ville. J’habite maintenant chez mon oncle, et c’est une nouvelle vie qui a commencée depuis cette embauche. »

Continuer dans cette voie

Pour la suite de sa carrière, Pen a décidé de poursuivre dans le même secteur, profitant de l’expérience accumulée ainsi que des formations effectuées en interne. « Nous avons chaque semaine des dégustations des plats et des produits qui sont au menu du restaurant. Cela m’a permis de découvrir une cuisine que je ne connaissais pas, mais alors pas du tout ! Fromages, vins, charcuteries et gastronomie française m’étaient inconnus, mais je suis désormais capable d’expliquer notre carte aux clients, et même de les conseiller. »

N’ayant pas peur de relever tout type de défi, le jeune homme imagine son avenir en tant que manager, pourquoi pas à Phnom Penh. Se départissant pour un instant de son sérieux habituel, Pen Los glisse, avec un regard malicieux : « Cela serait plutôt pas mal pour un ancien fermier ! »

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