Siem Reap & Enseignement : 48 couleurs, 48 chances pour les enfants de Peaksneng

Offrir un accès à l’éducation à tous les enfants, surtout ceux vivant loin des centres urbains, telle est la mission que s’est fixée l’association 48 couleurs.

les enfants de Peaksneng
Les enfants de Peaksneng

Chaque jour de la semaine, Sophie et Pierre empruntent la route poussiéreuse et défoncée qui mène à la commune de Peaksneng. Situé au nord des temples d’Angkor Thom, à une trentaine de kilomètres de la ville de Siem Reap, cet ensemble de six villages regroupe un millier de familles vivant majoritairement de petites activités agraires.

C’est dans ce cadre rural qu’est né le projet 48 couleurs que Sophie et Pierre ont rejoint l’année dernière. En l’espace d’un an, et malgré la crise du Covid qui a fortement touché l’éducation, l’école a connu de nombreuses améliorations, permettant à 200 élèves de bénéficier d’une éducation gratuite et multidisciplinaire.

Pierre, Sophie et Souvann Loy
Pierre, Sophie et Souvann Loy

Souvann Loy, en plus d’exercer la fonction de directeur de l’école, y enseigne aussi l’anglais et fait partie de ses membres fondateurs. Ayant grandi dans le district, mais ayant eu la chance d’apprendre l’anglais, le jeune homme décide au sortir de ses études de partager son temps entre son emploi à Siem Reap et l’enseignement.

« Quasiment aucun enfant n’apprenait auparavant l’anglais, qui est pourtant une langue absolument nécessaire à celles et ceux qui veulent exercer une profession en rapport, par exemple, avec le tourisme. Bien que la situation actuelle soit très compliquée, le tourisme restera à coup sûr un important réservoir d’emplois »

Pour dispenser ses cours, Souvann établit alors sa classe dans une petite cabane en bois, qui accueille jusqu’à 40 enfants dans un espace sombre et exigu. La situation change soudain en 2017, lorsqu’un touriste pas comme les autres découvre cette école au hasard d’une promenade. Admiratif devant la volonté de ce professeur improvisé et la motivation de ses élèves, il décide de fonder une association et promet de réunir assez de fonds pour construire de nouvelles salles de classe et attirer encore plus d’étudiants. Une ONG est créée, dont les statuts sont déposés en France, recueillant des dons en provenance des particuliers et du mécénat d’entreprise.

De nombreux bâtiments se sont ajoutés à la première salle de classe, encore en usage
De nombreux bâtiments se sont ajoutés à la première salle de classe, encore en usage

Trois ans plus tard, en octobre 2020, les moines de la pagode voisine bénissent le nouveau bâtiment flambant neuf, dont les 4 salles situées au-dessus d’un vaste préau peuvent accueillir chacune entre 30 et 45 enfants. De 40 élèves, l’effectif est passé à près de 200, tous originaires des villages alentour et accueillis dans l’établissement sans aucune condition restrictive.

Tous les enfants, du grade 0 au grade 12, soit l’équivalent de la maternelle à la terminale, peuvent assister aux cours et se voient dotés de tout le matériel scolaire nécessaire. Ce qui n’empêche pas quelques problèmes d’assiduité. « Nous avons conscience, précise Pierre, que l’éducation ne constitue pas toujours la priorité numéro 1 dans les familles, qui comptent souvent sur les enfants pour donner un coup de main à la maison ou dans les champs. Et avec les fermetures/réouvertures successives de l’année dernière, suite aux mesures sanitaires, il est parfois difficile de maintenir intacte la motivation des enfants. »

les enfants de Peaksneng
Les enfants de Peaksneng

Pour Souvann, l’enjeu est de taille : « Ayant grandi ici, je peux vous affirmer qu’un grand nombre de mes amis ou de membres de ma famille peinent à s’en sortir. Une large proportion d’entre eux ont arrêté l’école très jeune et franchissent la frontière pour aller travailler en Thaïlande, souvent de manière illégale et pour un salaire très faible. Que certains jeunes du village puissent mener des études secondaires et exercer des professions utiles et lucratives serait une bien meilleure alternative que celles dont ils disposent à présent. »

Pour lutter contre le difficile accès à la scolarité et aux situations de pauvreté qui en résultent, un projet éducatif clair a été établi, visant à fournir un enseignement complémentaire à l’école publique. « Aux côtés de l’anglais, d’autres matières sont enseignées, telles que les mathématiques, le khmer et une multitude d’activités extrascolaires ayant pour but de faciliter les interactions sociales tout en développant le potentiel individuel des enfants » détaille Pierre, qui s’apprête ce jour-là à emmener quelques élèves assister à un spectacle du cirque Phare.

En classe
En classe

Des cours de dessin, de danse, des tournois sportifs et des séances de sensibilisation à l’environnement côtoient cours de français et groupes de lecture. En parallèle, une aide est apportée aux jeunes du village qui poursuivent leurs études à Siem Reap. Une maison est louée par l’association, permettant à 12 élèves de profiter d’un logement sur place et leur évitant ainsi les 2 heures de trajet quotidien.

Pierre et Sophie Laparra, respectivement chargé de mission pour l’implantation de l’ONG sur le site et secrétaire, font aussi partie de l’équipe enseignante, qui compte 8 personnes. « Tout au long de mon existence j’ai souhaité revenir vivre au Cambodge, c’est un désir qui m’a toujours poursuivi », confie Pierre qui, tout jeune, suivait les déplacements de son père attaché militaire. C’est ainsi qu’il vécut à Phnom Penh, encore enfant, entre 1964 et 1966, puis entre 1973 et 1975.

« Être parti ainsi, alors que le pays était évacué devant l’avancée des Khmers rouges, m’a laissé une profonde amertume, et même un sentiment de culpabilité. J’avais quelque part l’impression d’avoir fui un pays qui me fascinait plus que n’importe quel autre »

«Il était clair pour moi que, dès que la retraite me le permettrait, je reviendrais y vivre une nouvelle fois. ». Sa femme, Sophie, découvre quant à elle le pays en 2017 et n’hésite pas à approuver la démarche de son mari. Pas question pour eux de monter une entreprise ni d’exercer une quelconque activité lucrative : « Nous avions du temps et de la motivation à revendre, il était donc logique pour nous de nous investir dans une ONG » affirme le couple à l’unisson. Alors qu’ils sont encore en France, un article du Phnom Penh Post traitant de l’association 48 couleurs suscite leur curiosité. Après quelques démarches et une visite sur place, Sophie et Pierre décident de se lancer dans une aventure à la fois captivante et difficile. Pourtant, aucun regret ni signe de fatigue ne se lisent sur leurs visages, bien au contraire : « Regardez tous ces sourires, regardez tous ces jeunes qui sont curieux d’apprendre, et qui se montrent tellement doués ! ».

Loin d’avoir atteint son rythme de croisière, l’école des 48 couleurs regorge de projets pour les années à venir. « Le plus ambitieux consiste en la création d’une salle informatique » indique Souvann, qui exerçait en tant que graphiste pour un groupe hôtelier avant de perdre son emploi suite à la pandémie. « Je pourrais moi-même assurer les cours, mais il faut pour cela construire une nouvelle classe, l’équiper en ordinateurs et trouver une solution pour recevoir convenablement Internet. » Pierre acquiesce, précisant que la démarche fait partie des grands axes futurs de l’école : privilégier la formation professionnelle qualifiante, dans les domaines de l’électricité, de la plomberie et du bâtiment. Permettant ainsi à cette jeunesse de faire partie, elle aussi, de l’avenir du Cambodge.

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