Siem Reap & Angkor Photo Festival : Éclosion de talents cambodgiens et grandes surprises

Dernière mise à jour : 12 nov.

Après une parenthèse de deux années marquées par la pandémie, le célèbre festival dévoilera dans quelques jours le programme de sa nouvelle édition. Attendu tant par le public que les professionnels, cet événement unique constitue l’un des plus grands moments de la vie culturelle cambodgienne et de la photographie. Jessica Lim, qui en est la directrice depuis 2018, a accepté de répondre à nos questions.

Rayonnante et impatiente de redonner au festival sa portée internationale, Jessica Lim n’en croule pas moins sous un travail de plus en plus chronophage. L’organisation des ateliers, la gestion des inscriptions, et des lieux de rencontre mobilise une grande partie des journées de la jeune directrice et de la dizaine de personnes qui l’épaulent. Sans omettre les touches finales à apporter à un programme d’expositions et de rencontres qui couvriront le large spectre du medium photographique.

Mais de cela, Jessica en a l’habitude, connaissant les moindres arcanes d’un festival qu’elle a intégré en 2010 comme assistante coordinatrice, participant ensuite à chaque édition pour en prendre finalement la tête, succédant à Jean-Yves Navel dans cette fonction.

Cambodge Mag : Avant d’aborder les projets concernant l’avenir du festival, jetons un coup d'œil vers son passé. En quoi l'événement a-t-il évolué depuis sa création en 2005 ?

Jessica Lim : Au fil des années, le festival a su fédérer une communauté qui n’a depuis cessé de s'agrandir et de se renforcer. Au point de devenir une plateforme conçue et reconnue par et pour les artistes issus des quatre coins de l'Asie. Plus qu’une plateforme : une communauté. C’est une notion importante concernant une activité qui s’exerce souvent en solitaire. Dans le cadre du festival, les artistes peuvent se rencontrer, échanger des idées, des conseils, s’inspirer mutuellement et trouver l'émulation nécessaire à toute création. Œuvrer à générer et maintenir cet espace communautaire, tel est le but premier du festival.

C.M : Cet esprit de partage et d’émulation a-t-il pu être maintenu malgré la pandémie ?

J.L : Les deux dernières éditions ont dû se dérouler en ligne, pour cause de restrictions sanitaires auxquelles le monde entier a été confronté. Nous avons néanmoins tenu à organiser des événements en “live”, par le biais de Facebook ou de conférences effectuées sur Zoom. Formations à distance et expositions virtuelles ont eu lieu, mais nous étions loin de la philosophie qui caractérise le festival. C’est pourquoi nous nous réjouissons de ce retour à la normale tellement attendu.

La situation tant sanitaire qu’économique nous a poussés à lancer une enquête auprès des photographes asiatiques, dont la situation nous préoccupait et dont les réponses ont permis de mieux cerner la dégradation de leurs conditions de vie. Sur les 263 artistes nous ayant répondu, 75% d’entre eux ont témoigné d’une perte significative de revenus. Nous avons pu débloquer pour certains d'entre eux un système de micro-subventions, car ces professions précaires se sont souvent retrouvées sans aucune autre forme d’aide.

Si la pandémie a interrompu de nombreux projets en cours, elle a néanmoins été aussi une source d’inspiration pour les artistes, qui ont ressenti le besoin de documenter cette période extraordinaire au sens premier du terme.

Jessica Lim, directrice de l’Angkor Photo Festival and Workshops
Jessica Lim, directrice de l’Angkor Photo Festival and Workshops

C.M : Quelles sont vos attentes pour cette 18ème édition ?

J.L : Nous débordons d'idées et de nouveaux projets, tant pour cette édition que pour celle à venir. Le programme du festival est toujours en cours d’élaboration et sera très bientôt dévoilé, mais nous avons par contre bouclé celui des ateliers.

« Il était temps d’en changer certains aspects, en nous focalisant sur les projets à long terme. »

Les groupes seront de plus petite taille, ce qui permettra aux formateurs de cerner au plus près les talents, les attentes, les motivations et les besoins des artistes sélectionnés.

Rappelons que le festival répond aux critères d’une association à but non-lucratif : les participants n’ont rien à débourser et les tuteurs, qui sont tous des artistes reconnus, interviennent à titre bénévole. Sans cet investissement personnel et totalement désintéressé, le festival perdrait une grande partie de son âme.

C.M : Justement, ces ateliers apparaissent comme la véritable colonne vertébrale de l'événement, qui se nomme d’ailleurs Angkor Photo Festival and Workshops.

J.L : Oui, les ateliers existent depuis la création du festival et ont toujours été la première des priorités. C’est la base de notre mission. Cela nous permet de faire vivre une communauté d’artistes qui, souvent, passent après quelques années du statut d’étudiant à celui de tuteur.

C.M : Des photographes de grande renommée encadrent chaque année ces ateliers. Qui seront-ils lors de cette nouvelle édition ?

J.L : Nous aurons la chance de compter parmi nous des artistes qui défendent chacun une vision très personnelle de la photographie.

Antoine d’Agata, qui officie au sein de la prestigieuse agence Magnum, se tient à nos côtes depuis de nombreuses années et est un habitué du festival. C’est lui qui a créé les ateliers destinés aux enfants de l’école Anjali, faisant découvrir la pratique de la photographie aux plus défavorisés. Certains de ces jeunes sont depuis devenus des artistes émérites, et c’est la plus belle des récompenses.

D’anciens anciens participants à ces ateliers enseignent à leur tour et seront présents cette année, comme Sean Lee, Uma Bista, Veejay Villafranca ou encore Mien Thuy. Katrin Koenning complétera cette riche palette d’artistes qui tous représentent une facette de la photographie.

C.M : Pour conclure, quelle vision portez-vous sur la scène photographique cambodgienne actuelle ?

J.L : Il y a de nombreux talents, qu’il s’agisse d’artistes établis et reconnus ou de la toute jeune génération émergente qui a grandi avec internet et l’omniprésence des images. Lorsque le festival est né en 2005, très peu d'événements au Cambodge avaient pour thème la photographie. Depuis, les choses ont bien changé et expositions, festivals et galeries ont fleuri, générant une sorte d’émulation vertueuse. Cette éclosion de talents réservera, j’en suis persuadée, de grandes surprises et le profond bouleversement d’un art en perpétuel renouvellement.

Se tenant cette année en deux temps, l’Angkor Photo Festival and Workshops accueillera du 6 au 15 janvier 2023 les ateliers, puis, en mars, les cycles d’expositions et de conférences.

Depuis sa création en 2005, 400 étudiants issus de 25 pays d’Asie ont bénéficié d’une formation gratuite assurée par les plus grands photographes de la planète.

https://angkor-photo.com/


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