Secourir chiens et chats, et bientôt un café : l'aventure Dirty Paws de Marie Thach
Rencontrée au Forum de rentrée de la communauté française et francophone, samedi 12 septembre, dans les jardins de l'Institut français du Cambodge, Marie Thach a 31 ans. Elle est créatrice de contenu, DJ, ancienne commerçante. Depuis sept ans et demi, elle ramasse aussi les chiens malades dans les rues du Cambodge. Ils sont plusieurs dizaines dans son refuge aujourd'hui, et elle prépare un nouveau projet à Kep.

Une boutique à 18 ans, puis autre chose
Marie Thach est cambodgienne et vit à Phnom Penh. Elle a été scolarisée à Zaman, l'école internationale ouverte dans la capitale en 1997 par un réseau éducatif turc, rebaptisée depuis Paragon International School. Elle a ensuite commencé une licence d'anglais à l'université. « Deux ans, et c'était tout. J'ai quitté l'école et j'ai monté mon propre business. »
Elle a 18 ans. Elle ouvre une boutique de vêtements — pas une marque, de l'import. Elle tient six ans, puis arrête. Suivent le chant, la comédie, un film. « J'ai essayé beaucoup de choses dans ma vie. » Aujourd'hui elle mixe : sous le nom de Marie Thach, elle a notamment joué de la house et du funk lors du grand festival de fresques murales soutenu par Tiger Beer à Phnom Penh, aux côtés de la chanteuse Nikki Nikki.

Dirty Paws, sept ans et demi de ramassage
Le refuge s'appelle Dirty Paws. Il n'a pas de bureau ni de vitrine : c'est chez elle. plusieurs dizaines de chiens, cinq chats, six à sept salariés. Aucun bénévole. « Ils sont tous employés. »
Elle ne prend pas tous les chiens qu'elle croise. « Pas question de ramasser tout le monde. » Elle cible les animaux blessés et ceux qui font peser un risque sur les autres. Son exemple : le TVT, la tumeur vénérienne transmissible du chien. C'est l'un des rares cancers contagieux connus : les cellules tumorales passent d'un animal à l'autre, essentiellement lors des saillies, et colonisent un nouvel hôte. Le traitement de référence est la vincristine, en injections hebdomadaires, et la maladie circule d'autant mieux que les populations errantes ne sont ni soignées ni stérilisées. « Si j'en sauve un, j'évite que dix ou vingt attrapent la même chose. »
Les soins se font chez un vétérinaire cambodgien.

« Après le Covid, tout le monde est parti »
Le modèle de départ était classique : sauver, soigner, faire adopter. Il a fonctionné. Il ne fonctionne plus. « C'était difficile, mais ça marchait. Maintenant, il n'y a plus d'adoption. Il n'y a plus personne. Après le Covid, tout le monde est parti. »
Les soixante chiens sont adultes, souvent marqués. Elle ne se raconte pas d'histoires : personne ne viendra les chercher. Elle les gardera jusqu'au bout.
Le marketing paie les croquettes
Rien de tout cela n'est financé par des bailleurs. Marie Thach est créatrice de contenu : photo, vidéo, marketing pour des restaurants et des entreprises. C'est ce travail qui paie la nourriture, les salaires et le vétérinaire. « Ça me rapporte de l'argent. C'est dur en ce moment, mais je travaille beaucoup pour pouvoir m'occuper d'eux. »
Le compte Instagram du refuge, @dirtypawscambodia, suivi par près de 6 000 personnes, sert de vitrine et de canal de dons, avec un numéro de compte bancaire affiché en clair.
Elle formule les choses sans emphase. « Je prends beaucoup au monde. J'utilise du plastique, je mange. C'est une question philosophique. C'est ma façon de rendre. »
Un café pour les chiens et les chats
Son projet du moment est un café animalier, ouvert aux chiens comme aux chats, à Kep, à deux pas du Monument de l'Indépendance. Une vieille maison qu'elle rénove elle-même. Le jour de l'entretien, le chantier avait « un mois et douze jours ». Elle y travaille tous les jours.
Le terrain fait une trentaine de mètres sur soixante. Le café occupera l'avant, avec un ou deux chiens pour accueillir les visiteurs ; les pensionnaires seront à l'arrière. L'idée n'est pas seulement commerciale. « Ils vont mourir un jour ou l'autre. Je veux que les gens viennent, qu'ils les connaissent de leur vivant, qu'ils gardent des souvenirs. »

La formule existe déjà dans la capitale : Ministry of Cat, ouvert par un duo australo-espagnol et alimenté en pensionnaires par l'association Animal Rescue Cambodia, y sert de café d'adoption félin depuis plusieurs années. Marie Thach l'élargit aux chiens.
Trois millions de chiens par an
Son travail se déroule sur un arrière-plan lourd. L'organisation autrichienne Four Paws estime que deux à trois millions de chiens sont abattus chaque année au Cambodge pour leur viande. En juillet 2020, Siem Reap est devenue la première province du royaume à interdire la capture, l'achat, la vente et l'abattage des chiens, avec des peines pouvant aller jusqu'à cinq ans de prison et 50 millions de riels d'amende.
L'interdiction n'a pas éteint le commerce : il s'est déplacé dans l'ombre. En mai 2026, l'ONG Animals of Our World, qui gère le sanctuaire House of Strays à Siem Reap, a lancé une campagne pour étendre le modèle à tout le pays. Ses responsables rappellent que le Cambodge affiche l'un des taux de mortalité par rage les plus élevés au monde par habitant, et que la plupart des chiens qui circulent librement ne sont pas des chiens errants : ils appartiennent à quelqu'un. Le ratio se situe entre un chien pour 2,8 habitants et un chien pour 4,8.
Marie Thach ne fait pas de campagne. Elle travaille à l'échelle de l'animal qu'elle a devant elle.
Et les animaux sauvages
Elle récupère aussi, ponctuellement, des animaux sauvages, qu'elle transmet à CWC, Cambodia Wildlife Conservation. La structure est récente. On y trouve Nick Marx, longtemps responsable du sauvetage et des soins aux animaux chez Wildlife Alliance et figure du centre de Phnom Tamao, aujourd'hui conseiller en biodiversité auprès de l'Autorité APSARA ; CWC, dirigée par Try Sitheng, participe aux réintroductions d'espèces dans la forêt d'Angkor.
Marie Thach connaît la difficulté. « Trouver des dons, c'est très dur. Travailler avec les animaux sauvages, c'est dur. »
Ce qu'elle aime, ce qu'elle n'aime pas
Dernière question, rituelle. Ce qu'elle préfère au Cambodge : « C'est authentique, c'est original, c'est réel. J'aime les gens ici, et l'architecture. » Ce qu'elle n'aime pas : les déchets et la politique. La circulation ? « Ça va. J'ai vu pire. »
Elle ne donne pas de date d'ouverture pour le café. Elle retourne sur le chantier.








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