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Poterie khmère : l'argile d'Andong Russey entre les mains de Veranda Pottery

il y a 2 heures
4 min de lecture

Elles montent une jarre sans tour, en frappant la paroi avec une palette de bois. À Andong Russey, dans la province de Kampong Chhnang, ce geste se transmet de mère en fille depuis plus de mille ans. Samedi, à Phnom Penh, l'atelier Veranda Pottery en faisait la démonstration devant un public d'enfants.

Une jeune potière présente un bol monté à la main, encore humide, à l'IFC
Une jeune potière présente un bol monté à la main, encore humide, à l'IFC

Une motte de terre grise, un tabouret bas, deux mains. La potière creuse la boule avec les pouces, l'élargit, la fait tourner sur ses genoux. En trois ou quatre minutes, un bol. Il est épais, irrégulier, marqué par la pulpe des doigts. Il ne ressemble à rien de ce qu'on trouve dans un magasin.

C'est exactement ce que les enfants venaient voir. Ils s'arrêtaient, s'accroupissaient, attendaient leur tour sans que personne ait besoin de leur demander de patienter. La démonstration se tenait samedi 12 septembre dans les jardins de l'Institut français du Cambodge, à l'occasion d'une matinée ouverte aux familles.

Le public d'enfants attend son tour devant la table de modelage
Le public d'enfants attend son tour devant la table de modelage

Un village qui vit de la terre depuis le VIᵉ siècle

La terre vient d'Andong Russey, un village du Kampong Chhnang, à environ 7 km à l'ouest du chef-lieu. Le nom de la province se traduit par « port des marmites ». Ce n'est pas une figure de style : c'est de là que partent, sur des charrettes chargées de paille, les jarres et les réchauds que l'on croise sur les routes nationales.

Le village est adossé au Phnom Krang Dey Meas, la « montagne d'or », qui fournit une argile fine et dense. La quasi-totalité des foyers vit de la céramique. Les archéologues ont daté du VIᵉ siècle les fours et les battoirs retrouvés sur place : c'est le même outillage qu'aujourd'hui.

L'artisanat a décliné après la chute d'Angkor, puis s'est presque éteint sous le Kampuchéa démocratique. Certaines potières du village exerçaient déjà avant 1975 et ont repris après. La filière a été relancée au début des années 2000 avec l'appui de programmes de développement allemands.

La palette et l'enclume, pas le tour

La technique n'est pas celle du tour de potier. Elle porte un nom en archéologie : le battage, ou paddle and anvil. La pièce reste fixe ; c'est la potière qui se déplace autour d'elle, décrivant des cercles concentriques, frappant la paroi avec une palette de bois tandis qu'une pierre ou un poing tenu à l'intérieur fait contre-appui. Le choc étire l'argile, l'amincit et la compacte en même temps.

Pour les grandes pièces, la potière s'assoit et cale le volume sur ses genoux, qu'elle fait pivoter en frappant. Le tour n'est arrivé au village que récemment, avec la génération des filles, et il n'a pas remplacé le battage : il s'ajoute à lui, pour les petites séries.

La cuisson se fait au bois. Elle laisse sur les flancs des halos gris, des taches noires, parfois une zone entièrement enfumée. Sur une production industrielle, ce serait un rebut. Ici, c'est la signature du four : deux pièces sorties de la même fournée ne se ressemblent jamais tout à fait.

Jarres miniatures et vases-gourdes posés sur leurs socles de terre. Les zones grises et noires sont laissées par la cuisson au bois
Jarres miniatures et vases-gourdes posés sur leurs socles de terre. Les zones grises et noires sont laissées par la cuisson au bois

Veranda Pottery, de la campagne à Bassac Lane

Veranda Pottery est installée rue 312, dans le quartier de Tonle Bassac, à deux pas de Bassac Lane. L'endroit tient de l'atelier, de la boutique et du café : on y boit un café dans une tasse sortie du four de la maison. La démarche est écrite sur l'affiche du stand : créer des pièces qui portent l'histoire longue et la nature du village, avec les jeunes femmes qui ont hérité l'atelier familial de leur mère.

Chaque pièce porte le tampon « veranda pottery » enfoncé dans l'argile encore crue. Deux registres cohabitent sur les étagères. D'un côté, la terre cuite nue du village : jarres miniatures, vases en forme de gourde, coupes en lotus, tuiles décoratives, le tout dans des tons ocre et sable. De l'autre, des grès émaillés — théières, pichets, tasses — aux glaçures vertes et brunes, qui relèvent d'un savoir-faire d'atelier et non de la tradition villageoise. Les petites pièces étaient affichées autour de neuf dollars.

Le stand mêle terre cuite brute du village et grès émaillés produits à l'atelier de Phnom Penh
Le stand mêle terre cuite brute du village et grès émaillés produits à l'atelier de Phnom Penh

L'atelier accueille aussi des groupes. En février, une classe de maternelle de la New Gateway International School y a passé une matinée : frapper la terre, la monter entre les doigts, tracer des motifs à la pointe. Le même déroulé, en version courte, que celui proposé samedi.

Certains enfants sont repartis avec un bol encore humide qui séchera sur une étagère et ne tiendra sans doute jamais l'eau. D'autres avec l'idée qu'une marmite khmère ne sort pas d'une usine.

En pratique

Veranda Pottery & Café

#13A, rue 312, Tonle Bassac, Phnom Penh (à proximité de Bassac Lane). Ouvert tous les jours de 8 h à 19 h. Tél. : +855 16 783 083. L'atelier n'a pas de site internet : les nouveautés, les cuissons et les dates d'atelier sont annoncées sur ses réseaux. Instagram : instagram.com/veranda_pottery — Facebook : facebook.com/p/veranda-pottery-61567102842587. Les groupes et les classes réservent directement par téléphone ou par message.

Andong Russey

Le village se visite librement, à environ 7 km à l'ouest de la ville de Kampong Chhnang. Des séjours chez l'habitant et des stages de poterie y sont proposés par des opérateurs locaux, notamment Khmer Village Pottery Tours (khmervillagepotterytours.com).

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