Interview : Sarita Reth, « Rester motivée en s’entourant de personnes inspirantes et expérimentées »

Sarita Reth a rejoint le podcast « Rising Giants » la semaine dernière pour un épisode spécial durant lequel La reine de beauté parle du développement de sa marque et de l’importance du marketing et du réseautage dans l’industrie du divertissement.

@sana.oungty  Tenue : @armadabyabello  Maquillage : @rasopanha_makeup_artist
@sana.oungty Tenue : @armadabyabello Maquillage : @rasopanha_makeup_artist

Représentant le Cambodge lors du dernier concours Miss Univers 2020, Sarita Reth s’est auparavant distinguée dans les domaines des médias et du divertissement, apparaissant dans des émissions de télévision et des films tout en poursuivant une carrière de mannequin.

La jeune femme a aussi assumé le rôle d’Ambassadrice de bonne volonté pour le ministère de la Condition féminine du royaume. Elle a été la première à occuper une telle fonction.

Pouvez-vous nous rappeler qui est Sarita ?

Je m’appelle Sarita Reth, j’ai 26 ans, je suis née et j’ai grandi au Cambodge. J’ai été adoptée à l’âge de six ans par un couple franco-américain, ce qui explique que je parle l’anglais et le français en plus de ma langue maternelle.

Lorsque j’étais enfant, je n’avais pas une grande culture cinématographique et ne connaissais que très peu de films hollywoodiens. Jusqu’à ce que je découvre Tomb Raider, avec l’actrice Angelina Jolie, qui était venue tourner au Cambodge, à Siem Reap. À partir du moment où j’ai vu ce film, je savais que je voulais devenir une actrice et apparaître moi aussi sur les écrans. J’en parlais à tout le monde autour de moi, mes parents, mes amis, mes professeurs…

« Certains me disaient pourtant que je n’étais pas assez belle, ou qu’il fallait avoir de nombreuses connaissances dans le milieu pour espérer percer »

Mais j’étais une personne du genre têtue, et me suis présentée, alors que j’avais 17 ans, à concours de jeunes talents. Il fallait monter sur scène pendant plusieurs semaines afin d’accomplir un petit numéro : une session était par exemple consacrée à la danse, une autre au jeu d’acteur, puis la suivante au chant… C’est ainsi que tout a commencé, même si, parvenue en finale, je n’ai pas été sélectionnée pour monter sur le podium, terminant à la cinquième place.

Un an plus tard, je pensais, plus que jamais, à mener ce genre de carrière, tout en restant focalisée sur les études que je poursuivais dans un lycée privé à la discipline assez stricte. Mais je me disais que s’il y avait des opportunités, ce serait maintenant ou jamais. J’ai alors décidé de rejoindre une école publique à l’emploi du temps plus flexible, qui me permettait de partager mon temps entre les études et la poursuite de mon rêve professionnel. J’ai effectué un grand nombre d’auditions, encore et encore, tellement qu’il m’est impossible de les compter ! J’ai fini par décrocher un rôle dans une série TV produite par la BBC, qui était venue tourner au Cambodge, et c’est ainsi que les choses sérieuses ont commencé. Cela fait maintenant 9 ans que je poursuis cette carrière.

Vous déclarez avoir mis du temps avant de décrocher votre premier contrat. Comment avez-vous géré les échecs successifs, et qu’est-ce qui vous a permis de conserver votre motivation intacte ?

La passion ! Je voulais vraiment rejoindre ce secteur. Au Cambodge, de nombreuses personnes veulent devenir artistes, de différentes manières, mais peu y parviennent. Mais je m’accrochais à l’idée que je serais capable d’y arriver.

Maintenant que vous êtes devenue une artiste, est-ce que votre perception du métier a changé ?

Si je devais comparer mon état d’esprit actuel à celui d’il y a 10 ans, je dirais qu’il y a une énorme différence, mais une différence positive. À l’époque où j’ai débuté, les femmes avaient encore du mal à être respectées en tant qu’artistes. Elles n’avaient pas la reconnaissance qu’elles méritaient ni n’étaient récompensées pour un travail souvent difficile. Elles n’étaient bien souvent considérées que comme de jolies marionnettes s’agitant devant la caméra. Aujourd’hui les choses ont radicalement évolué, en grande partie grâce au rôle joué par les réseaux sociaux. Je trouve que ce sont de fabuleux outils qui permettent à tout le monde de s’exprimer, ce qui a contribué à un plus grand respect et une plus grande reconnaissance.

De plus, lorsque l’on pratique ce métier, on est amené à rencontrer de grands artistes, mais aussi des gens importants tels que des directeurs de casting, des producteurs, des impresarios… Ils vous connaissent aussi, ce qui permet de créer un réseau de relations et de perdurer dans la carrière. C’est ce qui m’a permis d’animer une émission à la télévision, en 2014.

Quels ont été les moments forts de votre carrière ?

Jusqu’à présent, j’ai joué dans une dizaine de productions, films, courts-métrages, séries… De tout cela, mon souvenir le plus marquant est lié à la série de la BBC dont je vous ai parlée précédemment, « Love 9 », dont l’un des thèmes abordés était la sexualité. C’était quelque chose de nouveau au Cambodge, et les critiques ont été très bonnes.

Reth Sarita du temps de Love9
Reth Sarita du temps de Love9

Cela m’a ensuite donné la possibilité de participer à des productions internationales, dont le film « Hex », qui a été tourné à Kep. Cela m’a vraiment aidée à acquérir une plus grande confiance en moi, et m’a donné le courage de participer au concours de Miss Univers.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous inscrire à cette compétition, et quelle expérience en avez-vous tirée ?

Cela ne fait que quatre années que le Cambodge participe au concours de Miss Univers. En regardant ces spectacles au fil des ans, je me suis aperçue que toutes les candidates avaient leur propre particularité et que ce genre d’émission leur permettait d’exprimer toute l’étendue de leur talent. Au Cambodge, ce genre de concours n’est souvent perçu que comme une manière de juger les femmes par leur beauté, leur apparence, et tous les stéréotypes qui se rattachent à une telle vision.

« Je voulais changer ce point de vue, et rejoindre la compétition me semblait une bonne manière de le faire »

Certains de mes proches se sont montrés très enthousiastes à ce sujet, mais beaucoup doutaient que cela puisse réellement faire changer les choses. Être sélectionné pour représenter son pays requiert une profonde connaissance de ce dernier, tout en permettant de faire passer des messages, d’être la voix des personnes qui n’ont pas accès aux médias.

C’est la principale raison pour laquelle je me suis inscrite à cette compétition. Cela m’a demandé 2 ans d’entrainement afin de comprendre vraiment ce que représentait et comment fonctionnait ce genre de concours.

« C’était une expérience incroyable, qui allait au-delà de toutes mes attentes »

La compétition s’est déroulée aux États-Unis, en Floride, où je suis restée deux mois et demi supplémentaires après la fin de la cérémonie. J’ai bénéficié du soutien de la communauté cambodgienne vivant là-bas, qui m’a accueillie à bras ouverts et m’a présenté à de nombreuses personnes travaillant dans l’industrie du cinéma. C’est un souvenir merveilleux.

Comment vous êtes-vous préparée pour cette compétition ?

Certaines enchaînent ce genre d’événement, j’en ai rencontré qui avaient participé à plus de 10 d’entre elles. C’est quelque chose de particulièrement exigeant qui nécessite de maîtriser une multitude de sentiments, mais pas uniquement. Il s’agit aussi d’être au courant de ce qu’il se passe dans son pays et dans le monde, car de nombreuses questions sont souvent posées, auxquelles il faut tâcher de répondre en s’adressant au public. Il s’agit aussi de savoir comment se déplacer sur la scène, où se positionner, quelle posture adopter. La beauté vient après.

Miss Univers 2020, Sarita Reth
Miss Univers 2020, Sarita Reth

Tout cela requiert une grande confiance en soi, et j’étais aidée pour cela par entraîneurs, ou plutôt des mentors des Philippines, d’Europe, du Canada… Ce qui nécessitait parfois de se lever à 2 heures du matin afin de communiquer à distance avec eux ! L’une des principales leçons aura été la suivante : participer à un tel concours est la chance d’une vie, et, quel que soit le résultat, il faut savoir se montrer heureuse d’y être et apprécier cela à sa juste mesure. Ce conseil m’a permis de relâcher la pression et de me montrer plus décontractée, tout en donnant le meilleur de moi-même à chaque instant.

Comment s’est passé votre retour au Cambodge ?

Beaucoup de gens m’ont contactée pour de nouvelles opportunités professionnelles. Dans un même temps, je pense que cette participation a globalement permis de reconsidérer ce genre d’événement, en lui donnant une nouvelle portée. Mais ma plus grande passion reste le cinéma, que je souhaite pratiquer en tant qu’actrice, mais aussi scénariste et réalisatrice. C’est donc vers ce domaine que je me concentre le plus. Je suis persuadée que le Cambodge va, dans les prochaines années, être le théâtre de plus en plus de productions étrangères, attirées par un pays fabuleux, qui a un potentiel énorme et qui héberge des gens de grand talent. Et je veux en faire partie !

Qu’est-ce qui selon vous caractérise les productions actuelles ?

Nous savons tous que le digital prend de plus en plus d’importance, surtout en cette période de Covid durant laquelle les cinémas sont fermés. Beaucoup de gens veulent faire des films et les rendent disponibles en ligne, souvent à destination du seul public cambodgien.

Le tout avec énormément de créativité.

« Le public est de plus en plus ouvert à des formes nouvelles, sans délaisser le cinéma d’action influencé par Hong Kong, ou encore les films d’horreur ou les thrillers »

Tout cela donne des résultats très intéressants. Nous, les professionnels, tâchons de trouver un juste équilibre en produisant des films qui répondent aux attentes des spectateurs, tout en essayant de faire preuve de créativité et d’accomplir des projets parfois très personnels.

Vers quelles sortes de productions souhaiteriez-vous vous concentrer dans la suite de votre carrière ? Et d’ailleurs, qu’est-ce qui définit selon vous le métier de productrice ?

Être une bonne productrice, cela veut dire être sûre de ce que l’on veut, tout en respectant les décisions de l’équipe et, si possible, partager la même vision qu’elle. Je suis aussi persuadée que le Cambodge est l’un des pays de la région qui dispose du plus grand potentiel pour créer de grands films.

Au Cambodge, quelle place occupent actuellement les femmes dans le monde du travail ?

Les femmes sont aujourd’hui présentes dans de nombreux secteurs, beaucoup plus qu’il y a une dizaine d’années. En relativement peu de temps, des femmes se sont imposées en tant que leaders dans de grandes compagnies, et font preuve d’un grand talent. Les femmes se battent pour réaliser leurs rêves, quels que soient les domaines, y compris ceux où l’on ne s’attendait pas à les trouver auparavant. En tant que femme, je suis bien évidemment très fière et très heureuse d’assister à cela.

Quels sont les secteurs dans lesquels les femmes ont selon vous le plus percé ?

Il y a par exemple le secteur de l’image, où nous voyons de plus en plus de femmes portant de lourdes caméras, ou alors très actives dans le milieu de la photographie. Nous pourrions aussi parler des nouvelles technologies, où elles sont particulièrement présentes.

Qu’est-ce qui parvient à vous maintenir motivée dans votre carrière ?

Être entourée de personnes inspirantes ou plus intelligentes que moi est important afin de rester motivée. C’est quelque chose que permet mon activité professionnelle, qui me fait rencontrer beaucoup de monde. En parallèle, je suis plutôt encline à rester seule et tranquille. Cela permet de me préserver mentalement et émotionnellement, et donc de prendre soin de moi-même en rechargeant mes batteries.

Qu’est-ce que vous considéreriez comme étant votre plus gros échec, et qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

En 2012, j’ai rejoint une compétition de jeunes talents, que je n’ai pas remportée. C’est à ce moment-là que l’on m’a dit que je n’étais pas faite pour cela, ce qui a entrainé un profond sentiment d’échec. Mais ce qui doit arriver arrive, tout a une raison. Cette manière de penser m’a permis d’accepter d’avoir échoué et m’a motivée pour m’entrainer encore et encore. Si je n’ai pas été qualifiée, c’était parce que je pouvais faire mieux et m’améliorer.

Quelle est la particularité que les gens comprennent le moins en vous ?

Oh mon Dieu ! C’est une question difficile… Disons que j’adopte souvent un visage et une attitude sérieuse, qui a fait dire à certains, notamment sur les réseaux sociaux, que je n’étais qu’une snobe arrogante et prétentieuse. Je pense qu’ils changent d’avis lorsqu’ils me voient sourire !

Quel est le livre qui vous a le plus marquée ?

« Rich dad poor dad ». C’est un livre auquel je pense souvent. Quand vous lisez le titre, il est tentant de penser qu’il ne s’agit que d’un livre sur comment devenir riche et faire de l’argent, mais les thèmes abordés sont beaucoup plus larges que cela. Il y est question d’autodiscipline, des gens dont on choisit de s’entourer, de méthodes de travail destinées à aiguiser l’intelligence, de la manière de s’accorder du temps libre, de l’importance de savoir apprendre et de savoir écouter… Les conseils apportés par ce livre restent très présents en moi, y compris jusqu’à aujourd’hui.

Qu’est-ce que vous conseilleriez aux jeunes femmes qui voudraient se lancer dans une carrière telle que la vôtre ?

Bien se connaître soi-même. C’est un conseil qui vaut pour toutes les personnes, quelle que soit la carrière envisagée. Savoir ce que l’on veut, où l’on va, et aimer ce que l’on fait.

« Être confiant dans ses qualités, avoir de l’estime pour soi, sont aussi des choses importantes »

Tout cela permet d’aller très loin dans ses ambitions. Et, bien sûr, toujours essayer et réessayer, ne jamais abandonner, même en cas d’échec. Si vous chutez, relevez-vous et continuez, toujours. Ce sont les clés du succès.

Et enfin une dernière question pour conclure : quel est le conseil le plus important que vous ayez jamais reçu ?

Soyez bienveillant ! Cela semble assez simpliste, mais je pense que le monde en a réellement besoin. Faire preuve de gentillesse, y compris envers les personnes que l’on ne connaît pas, peut changer leur vie. Mon père me disait : « Souris plus, personne ne te fera payer pour cela. Un sourire est toujours gratuit. »

Par CIR Rising Giants

Avec notre partenaire Cambodia Investment Review

Podcast traduit et transcrit par Rémi Abad