Patrimoine : 18 objets khmers retrouvés à Londres reprennent le chemin du Cambodge
Têtes de Bouddha, bronzes rituels, plaques ornementales : dix-huit objets khmers saisis à Londres par la police britannique ont été remis le 30 octobre à l'ambassade du Cambodge au Royaume-Uni. Une restitution de plus dans une année déjà riche en retours pour le patrimoine du Royaume.

Le ministère de la Culture et des Beaux-Arts l'a annoncé le 30 octobre. Dix-huit objets culturels khmers, retrouvés à Londres, vont revenir au Cambodge.
Ils ont été récupérés par l'Art and Antiques Unit de la Metropolitan Police, l'unité spécialisée dans le trafic d'œuvres et d'antiquités. L'opération a bénéficié de l'appui de la Heritage Crime Task Force, pilotée par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
La remise officielle s'est tenue le même jour lors d'une cérémonie à l'ambassade royale du Cambodge à Londres. L'ambassadrice Tuot Panha y a remercié la Metropolitan Police, la Heritage Crime Task Force et leurs partenaires. Elle a présenté ce retour comme un acte de restauration culturelle. L'ambassade l'a placé sous un titre : « Le retour des âmes de nos ancêtres ».
Une saisie hors norme en novembre 2025
Les objets font partie d'une saisie bien plus vaste. Le 13 novembre 2025, l'OSCE annonçait son soutien au gouvernement britannique et à la Metropolitan Police dans une opération nationale portant sur près de 200 objets culturels. Le lot mêlait notamment des pièces cambodgiennes, bactriennes et du Gandhara.
Les spécialistes de la Heritage Crime Task Force ont aidé la police londonienne à extraire les objets, à les documenter et à les stocker en sécurité. Chaque pièce devait être examinée et cataloguée avant d'être restituée à son pays d'origine.
Pour les dix-huit objets khmers, l'expertise a confirmé l'origine cambodgienne. En septembre 2026, le ministère a déposé une demande officielle de restitution.
Du Baphuon au Bayon
L'ensemble couvre environ trois siècles, du Xe au XIIIe siècle. Il réunit des sculptures en pierre, des objets rituels en bronze et des fragments de bijoux.
Plusieurs pièces se distinguent. Des têtes en pierre de style Baphuon, datées de la seconde moitié du XIe siècle. D'autres de style Bayon, de la fin du XIIe siècle, dont des têtes de Bouddha en grès.
Le lot comprend aussi une cloche bouddhique en bronze, ou ghanta, dont la poignée prend la forme d'un vajra. S'y ajoutent des figurines dansantes en bronze sur socle, appelées yoginis dansantes, des plaques décoratives à pendentifs en argent doré incrusté de pierres et une lampe en bronze autrefois utilisée lors de cérémonies.
Plus que des œuvres d'art
Le ministère insiste sur la portée de ces pièces. Dans la tradition khmère, rappelle-t-il, les images sacrées peuvent être considérées comme des présences vivantes et des demeures du divin.
Les arracher à leur lieu d'origine prive donc les communautés de bien plus qu'un patrimoine matériel. Cela rompt un lien avec leur histoire, leurs traditions spirituelles et leur mémoire collective.
Retracer l'histoire de chaque pièce
À leur arrivée au Cambodge, les objets seront étudiés par les spécialistes du ministère et du Musée national du Cambodge. Ils seront comparés aux recherches de terrain, aux relevés de sites et aux témoignages recueillis sur place, pour mieux comprendre d'où ils viennent et comment ils ont quitté le pays.
Ces résultats doivent aussi nourrir le travail en cours pour identifier et récupérer d'autres biens culturels sortis illégalement du territoire.
Une année de retours
Le retour de Londres s'ajoute à une série déjà longue en 2026. Fin février, le ministère annonçait la restitution de 74 objets de l'ancienne collection du marchand britannique Douglas Latchford, dont deux sculptures du début du IXe siècle surnommées le « couple divin ». Cette restitution s'inscrivait dans un accord conclu en 2020 avec la famille du collectionneur.
En avril, 20 objets sont revenus d'une collection privée en Asie. Le 10 juin, le Metropolitan Museum of Art de New York a remis deux nouvelles pièces, dont une sculpture du démon Hiranyakashipu provenant du Prasat Chen, à Koh Ker. Le musée avait déjà rendu 14 objets en décembre 2023.
Des remerciements à Londres
Le ministère salue le travail des enquêteurs de l'Art and Antiques Unit et de la Heritage Crime Task Force contre le trafic illicite de biens culturels. Il remercie aussi Bradley J. Gordon et Melina Antoniadis, conseillers juridiques du ministère, pour leur rôle dans cette restitution.
Le Cambodge entend poursuivre ses demandes de restitution. Le ministère compte sur la coopération des gouvernements, des services de police, des musées, des chercheurs et des collectionneurs privés.








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