Maximilien Grolier : « J'ai quitté Paris pour Phnom Penh — et je n'ai jamais regardé en arrière »
- La Rédaction

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Ingénieur en télécommunications reconverti en entrepreneur digital, Maximilien Grolier a fondé TechFlow Agency à Phnom Penh après une carrière dans le product management entre startups parisiennes et grands groupes. Webdesign, développement web, automatisation et intelligence artificielle : son agence accompagne des TPE et PME françaises et locales avec un modèle hybride franco-cambodgien.

Rencontre avec un entrepreneur convaincu que le Cambodge est un territoire à fort potentiel, encore trop méconnu des entreprises françaises.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m'appelle Maximilien Grolier, je suis le fondateur de TechFlow Agency, une agence digitale basée à Phnom Penh. Nous accompagnons des TPE et PME, principalement françaises et locales, sur trois grands axes : le webdesign (branding, UX/UI), le développement web ainsi que l'automatisation et l'IA. Des projets concrets, au service d'objectifs business réels.
J'ai rejoint la French Tech il y a quelques mois pour rencontrer d'autres profils évoluant dans le milieu technologique et passionnés par celui-ci.
Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire
J'ai un diplôme d'ingénieur en télécommunications obtenu à Paris, mais honnêtement, ma vraie école du web a commencé bien avant la fin de mes études. Dès le lycée, je créais mes premiers sites — pas par obligation, mais par passion.
Ce qui me fascinait, c'était autant la dimension technique que l'aspect design : comment résoudre un problème avec élégance, comment faire en sorte qu'une interface réponde à un vrai besoin. J'ai toujours considéré le digital non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen puissant d'atteindre des objectifs — pour une entreprise, pour un utilisateur, pour un projet. Cette conviction, je la porte encore aujourd'hui dans chaque mission que l'on mène chez TechFlow.
Parlez-nous de vos débuts professionnels
J'ai démarré mon parcours professionnel en 2011 dans le Product Management. Pour ceux qui ne connaissent pas, le rôle d'un Product Manager, c'est en quelque sorte celui du chef d'orchestre d'un produit digital : on est à la croisée du design, du développement, du SEO, du marketing et des enjeux business. On ne code pas, on ne dessine pas forcément, mais on doit comprendre tout le monde, arbitrer, prioriser, et s'assurer que chaque décision sert un objectif concret.
C'est cette dimension multidisciplinaire qui m'a immédiatement passionné — être au carrefour de toutes ces expertises, avec toujours en ligne de mire une exigence business claire.
J'ai commencé dans des startups parisiennes, dans un environnement où tout va vite, où l'on apprend en faisant, où l'on porte plusieurs casquettes à la fois. Puis j'ai rejoint un grand groupe, Solocal, où j'ai eu la chance de manager des équipes produit, design et développement sur des projets plus structurés : des plateformes, des outils internes, des produits digitaux à grande échelle. C'est là que j'ai vraiment appris à piloter des projets complexes, à gérer des priorités concurrentes, à travailler avec des profils très différents. C'est aussi dans ce contexte que j'ai eu ma première exposition concrète à l'externalisation tech en Asie — notre entreprise faisait appel à un prestataire au Vietnam — et que j'ai commencé à percevoir le potentiel de la région ASEAN, bien avant d'y poser mes valises.
Donnez-nous des détails sur votre relation avec le Cambodge
Mon histoire avec le Cambodge commence en 2014, lors d'un premier voyage qui m'a marqué. J'y suis retourné en 2018 en repérage, avec une idée qui commençait à germer. Ce qui m'a frappé, c'est la trajectoire du pays : entre 2015 et 2022, le Cambodge a affiché des taux de croissance records. Quand j'ai commencé à m'intéresser de plus près à l'écosystème local — les formations universitaires dans le digital, le niveau d'anglais des jeunes talents —, j'ai eu la confirmation que le moment d'y emménager était bon.
L'écosystème français y était présent, et les passerelles avec la France et les autres pays de la région semblaient très prometteuses.
En 2023, j'ai sauté le pas. La promesse était au rendez-vous. Dès mon arrivée, j'ai pu rencontrer de nombreux entrepreneurs et Country Managers implantés à Phnom Penh, des profils venus des quatre coins du monde avec un objectif commun : prendre part à l'essor de cet écosystème et contribuer au rayonnement du Cambodge sur la scène internationale.
Des rencontres humaines et professionnelles qui m'ont conforté dans mon choix.

Comment êtes-vous arrivé à rejoindre la French Tech au Cambodge ?
Après presque deux ans ici, focalisé sur nos projets et mon entreprise, j'ai eu envie de sortir la tête du quotidien opérationnel. Rejoindre la French Tech Cambodge était une évidence : c'est l'opportunité de rencontrer d'autres entrepreneurs et dirigeants, d'assister à des événements, d'échanger avec des profils inspirants — que ce soit des gens implantés ici depuis longtemps ou des nouveaux arrivants.
J'avais assisté à quelques conférences les deux années passées, et cela m'avait plu. Avec le 20e Sommet de la Francophonie qui arrive prochainement au Cambodge en novembre 2026, c'est aussi un moment fort pour représenter notre communauté et mettre en lumière ce que l'écosystème local a à offrir.
Quelles sont vos ambitions au sein de cette structure, qu'en attendez-vous ?
Je crois sincèrement que la French Tech peut jouer un rôle de catalyseur. Elle peut aider à mieux faire connaître le Cambodge auprès des entreprises françaises, encore trop souvent freinées par des idées reçues. Il y a un vrai potentiel pour encourager l'externalisation d'équipes tech cambodgiennes vers des entreprises françaises. Les talents ici ont beaucoup à offrir : rigueur, passion pour le digital, curiosité et un très bon niveau d'anglais.
Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, le décalage horaire de 5 à 6 heures est plutôt un avantage : les deux équipes peuvent délivrer en continu, l'une prenant le relais quand l'autre s'arrête.
Le Cambodge travaille quand la France dort, et inversement. C'est un levier de productivité considérable, encore trop méconnu !
Décrivez-nous vos activités professionnelles
TechFlow Agency, c'est une agence full-service pensée pour les entreprises qui veulent aller vite, bien, et sans se perdre dans la complexité technique. Nous intervenons sur trois grandes familles de services.
Le premier, c'est le Design (Branding, UX & UI). Nous concevons des interfaces qui ont du sens : visuellement soignées, mais surtout pensées pour l'utilisateur et pour convertir. Nous travaillons sur des sites vitrines, des landing pages, des plateformes, avec une vraie exigence sur la cohérence de marque et l'expérience utilisateur.
Le deuxième, c'est le Développement Web — et pas seulement de simples sites. Une large partie de notre activité est consacrée à des plateformes web complexes, dont le modèle économique repose entièrement sur le produit digital lui-même.
Nous avons par exemple développé pour nos clients des plateformes de formation en ligne, des outils de comparaison et de réservation de maisons de retraite, ou encore des marketplaces et applications métier sur mesure. Des projets où la plateforme n'est pas un support de communication, mais le cœur du business. Techniquement, nous travaillons régulièrement sous Webflow ou Next.js selon les besoins, avec des architectures headless pour les projets nécessitant flexibilité et scalabilité.
Nous développons également des API pour connecter différents systèmes d'information, et nous structurons des CRM pour aider nos clients à mieux piloter leur relation client.
Le troisième axe — et c'est celui qui connaît la plus forte croissance en ce moment — c'est l'Automatisation et l'IA. Nous accompagnons des entreprises qui souhaitent intégrer l'intelligence artificielle dans leurs processus, non pas de façon cosmétique, mais avec un vrai impact opérationnel. Cela peut prendre plusieurs formes : des workflows automatisés qui connectent des outils entre eux, des agents IA capables d'exécuter des tâches de façon autonome, ou encore des campagnes d'emailing pilotées par la data. L'objectif est toujours le même : libérer du temps, réduire les tâches répétitives et permettre aux équipes de se concentrer sur ce qui a vraiment de la valeur.
Ce qui fait notre force, c'est notre modèle hybride : nos chefs de projet sont francophones, ce qui fluidifie considérablement la communication avec nos clients français, tandis que nos designers et développeurs sont cambodgiens et internationaux — des profils rigoureux, passionnés, avec un excellent niveau d'anglais et une vraie appétence pour les technologies récentes. C'est cette combinaison qui nous permet de délivrer une qualité européenne, avec l'agilité et les coûts d'une équipe ancrée en Asie du Sud-Est.
Détaillez l'un de vos projets
Un projet qui illustre bien notre approche, c'est notre mission pour le Kretz Club, le club d'investissement immobilier de la célèbre famille Kretz, basée en France. Un client exigeant pour lequel nous travaillons depuis plus d'un an, avec des enjeux business concrets et une stack technique qui avait besoin d'être repensée en profondeur.
Nous sommes intervenus à plusieurs niveaux. D'abord, la migration et la restructuration complète de leur CRM. Un CRM mal structuré, ce sont des données inexploitables et des équipes qui travaillent à l'aveugle. Une fois cette base solide posée, nous avons déployé des campagnes email performantes avec lead scoring, analyse des cohortes et personnalisation des communications selon le profil et le comportement de chaque prospect.
Nous avons ensuite intégré l'IA à plusieurs niveaux de leur stack : la retranscription automatique des appels de vente, couplée à une analyse des enseignements tirés des volumes d'appels — un outil puissant pour mieux comprendre les objections récurrentes, les signaux d'achat et affiner la connaissance client. Nous avons également développé un agent IA de reporting des leads générés, ventilé par canal d'acquisition, permettant aux agents immobiliers de savoir en temps réel sur quels prospects concentrer leur énergie — et donc d'être beaucoup plus réactifs et performants sur leur périmètre.
Le résultat : une équipe commerciale mieux équipée, des communications plus pertinentes, et une capacité à prendre des décisions basées sur de la data réelle plutôt que sur l'intuition. Ce qui me plaît dans ces projets, c'est qu'ils ont un impact immédiat et mesurable sur le quotidien des équipes. Nous ne vendons pas du rêve, nous livrons des résultats concrets.
Quelles sont vos activités en dehors du travail ?
Le voyage avant tout — j'essaie d'explorer toutes les régions du Cambodge et les pays voisins dès que je le peux. Et la photographie, que je pratique depuis quinze ans. La région s'y prête à merveille : il y a une lumière, une diversité de visages et de paysages vraiment unique. C'est une façon pour moi de rester connecté à l'essentiel, de sortir des écrans et de garder un regard curieux sur le monde qui m'entoure.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus et le moins au Cambodge ?
Ce qui me touche le plus, c'est la qualité des relations humaines. Il y a une douceur, une bienveillance dans les échanges au quotidien — avec les collègues, les commerçants, les gens que l'on croise — qui est rare et précieuse. Nous avons des impacts vraiment concrets, à une échelle humaine, et cela donne un sens particulier à ce que l'on construit ici.
Ce qui me pèse le plus ? Honnêtement, il n'y a quasiment rien — mais si je devais vraiment choisir, je dirais les préjugés qui persistent encore sur le Cambodge. Beaucoup imaginent un pays peu digitalisé, voire sous-développé. La réalité est tout autre : c'est un pays en pleine effervescence, avec une jeunesse ambitieuse, une scène tech qui monte vite — dans les grandes villes, évidemment — et une énergie entrepreneuriale palpable. Le Cambodge mérite d'être mieux connu, et c'est aussi pour cela que j'y suis.







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