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Héros khmer : « Il dormira là-bas pour toujours » — Pat Mao, soldat cambodgien, tombé dans son bunker

Témoignage recueilli par Roem Pichdaro, pour le projet 817 MJP / DC-Cam

Le 8 décembre 2025, aux premières heures du matin, un drone de l'armée thaïlandaise lâchait une bombe sur un bunker cambodgien, sur le champ de bataille du temple de Khnar. À l'intérieur se trouvait le sous-officier Pat Mao, 52 ans — soldat depuis trente-deux ans, père de quatre enfants, frère aimant, fils dévoué. Il n'en est jamais sorti. Son corps n'a toujours pas été récupéré.

Pat Mao @DC Cam
Pat Mao @DC Cam

Ce récit est celui de son frère cadet, Ouch Touch, qui a attendu deux jours que la dépouille lui soit rendue — en vain — avant d'organiser des funérailles sans cercueil, sans visage, sans adieu. C'est l'histoire d'un homme ordinaire et discret, qui avait survécu à la polio dans son enfance, perdu sa femme beaucoup trop tôt, et confié son fils le plus jeune — âgé de dix mois à peine à la mort de sa mère — à un frère qui faisait des allers-retours entre deux provinces pour veiller sur lui. Un homme qui appelait encore sa nièce deux jours avant de mourir, simplement pour prendre des nouvelles.

Pat Mao n'est pas une figure héroïque de roman. Il est l'un de ces soldats anonymes qui portent un pays sur les épaules, sans que personne ne prononce leur nom — jusqu'au jour où ils disparaissent.

Une vie dans l'ombre, au service de la patrie

M. Ouch Touch, 51 ans, résidant dans le village de Kampong Sre, commune de Chhlong, district de Chhlong, province de Kratie, a retracé la vie de son frère aîné :

« Mon père s'appelait Ouch Pon ; il est décédé en 1996. Ma mère, Chhiv Chhaikien, est encore en vie aujourd'hui. Nous sommes cinq enfants, dont une sœur. Pat Mao, sous-officier, 52 ans, était le troisième enfant de la famille ; je suis le quatrième.

Enfant, mon frère était quelqu'un de calme et de doux. Il a quitté l'école après le cours élémentaire. Devenu adulte, il a contracté la polio. Je l'ai soigné pendant de longs mois jusqu'à sa guérison complète. Puis nos chemins se sont séparés — je suis parti travailler loin de notre village pour subvenir aux besoins de la famille.

En 1994, Pat Mao s'est engagé dans l'armée. Il a servi au 213e bataillon d'infanterie de la 21e brigade, sous la 2e région militaire, stationné dans le district de Dambe, province de Tboung Khmum.

En 1998, il a épousé Thet Sokhnen dans le village de Trapeang Chhouk, commune de Kouk Srok. Ils ont eu quatre enfants, dont une fille. Sa femme est décédée début 2011 alors que leur fils cadet n'avait que dix mois. »

La frontière en feu

« À la suite de l'assassinat d'un soldat cambodgien désarmé, abattu près d'un bunker dans la zone de Moum Bei, district de Choam Kasant, province de Preah Vihear, le 28 mai 2025, les tensions le long de la frontière avec la Thaïlande ont brusquement monté. Le 4 juin 2025, Pat Mao a été déployé par son bataillon pour garder la frontière dans la province d'Oddar Meanchey.

La situation s'est progressivement envenimée jusqu'aux premiers affrontements, entre le 24 et le 28 juillet 2025. Lors de cette première flambée, Pat Mao tenait la deuxième ligne défensive du champ de bataille du temple de Khnar, à Samraong. Il n'avait pas encore rejoint le front.

Durant toute cette période, il m'appelait très souvent pour me demander de veiller sur son fils cadet, qui vivait et étudiait seul dans le cantonnement du bataillon à Dambe. Je faisais régulièrement la route entre Chhlong et Dambe pour rendre visite à mon neveu. À chaque coup de téléphone, je lui répétais : "Je vais voir ton fils très souvent, ne t'inquiète pas pour lui." »

Il dormira là-bas pour toujours » — Pat Mao, soldat cambodgien, tombé dans son bunker

Les deux derniers jours

« Le matin du 6 décembre 2025, deux jours avant le début de la deuxième offensive, Pat Mao a appelé ma fille pour prendre des nouvelles. Ils ont bavardé une bonne demi-heure. C'était la dernière fois.

Le 8 décembre, entre sept et huit heures du matin, un drone de l'armée thaïlandaise a largué une bombe directement sur son bunker. Pat Mao est mort sur le coup.

J'ai appris sa disparition lorsque son unité en a informé le quartier général du bataillon. Mais son corps ne pouvait pas être récupéré. Quand la nouvelle m'est parvenue, j'ai été anéanti.

Pendant deux jours, ma famille et moi avons attendu qu'on nous ramène sa dépouille — espérant voir son visage une dernière fois. En vain. Le 10 décembre, nous avons décidé d'organiser une cérémonie funèbre traditionnelle khmère pour lui rendre hommage et lui dédier des mérites. La cérémonie s'est tenue à Kampong Sre, son village natal, là où il était né et avait grandi.

À ce jour, son corps est toujours dans ce bunker. Ne pas avoir pu lui dire adieu est une douleur que notre famille porte chaque jour — une douleur inséparable de la colère contre ceux qui ont envahi notre terre. Avant la guerre, Pat Mao rentrait au village au moins deux fois par mois pour voir notre mère et ses frères et sœurs. »

Trente-deux ans de service, une vie donnée

« Pat Mao a servi sous les drapeaux pendant trente-deux ans. Il a participé à la défense du territoire national à trois reprises : en 2008, en 2011, et une dernière fois en décembre 2025 — où il a payé de sa vie.

Notre famille est dévastée par sa perte. Mais nous sommes également fiers qu'il ait donné sa vie pour protéger notre terre, et que le peuple cambodgien se souvienne de son nom.

Je souhaite remercier le Gouvernement Royal du Cambodge pour son aide afin de financer les funérailles de mon frère et pour le soutien apporté à ses enfants. Son fils cadet a bénéficié d'une bourse accordée par Son Excellence Dr. Pich Chanmony Hun Manet pour poursuivre ses études dans un lycée privé de Ta Khmao City, dans la province de Kandal. »

Pat Mao repose là où il est tombé. Son nom, lui, mérite de demeurer.

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