Les Jeunes Lettres du Royaume à l’Honneur : Philippe Claudel Inaugure le Premier « Choix Goncourt du Cambodge »
- La Rédaction

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Le Président de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, inaugure sobrement le premier "Choix Goncourt du Cambodge" auprès d’élèves et étudiants francophones. Cette initiative renforce le rayonnement littéraire français à Phnom Penh, en lien avec le prochain Sommet de la Francophonie.

Contexte
Philippe Claudel, écrivain et cinéaste français, exerce depuis 2024 la présidence de l’Académie Goncourt, institution fondée en 1903 par les frères Edmond et Jules de Goncourt.
Le 27 janvier 2026, il a présidé l’ouverture officielle de la première édition du "Choix Goncourt du Cambodge". L’événement s’est tenu au Lycée Français René Descartes de Phnom Penh, en présence de près de 70 élèves de seconde et d’une quinzaine d’étudiants issus des filières francophones des universités cambodgiennes.
Cette rencontre, organisée sous l’égide de l’Ambassade de France et du réseau culturel français, vise à initier la jeunesse locale à la littérature contemporaine francophone. Claudel a exposé avec clarté l’histoire du Prix Goncourt, le plus ancien et influent des prix littéraires français, ainsi que son mécanisme : un jury restreint d’académiciens désigne annuellement l’œuvre romanesque la plus marquante. Il a souligné l’impact économique de cette distinction sur le marché du livre en France, où le lauréat bénéficie traditionnellement de ventes dépassant les 300 000 exemplaires la première année.
La lecture comme vecteur d’ouverture
L’intervention de Philippe Claudel s’est articulée autour d’une réflexion mesurée sur la lecture. Celle-ci constitue, selon lui, un domaine privilégié de partage intellectuel, d’introspection personnelle et de compréhension mutuelle entre cultures. Auteur de romans tels que Les Âmes grises (Prix Renaudot 2003) et Le Rapport de Brodeck (2007), Claudel incarne cette vision par une œuvre explorant les thèmes de la mémoire collective et de l’exil intérieur. Son parcours, mêlant littérature et cinéma — avec des réalisations comme Il est temps de partir (2022) —, confère à ses propos une autorité tranquille.
Cette approche pédagogique s’inscrit dans la tradition des "Choix Goncourt", un programme international lancé par l’Académie en partenariat avec le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Déployé dans environ 70 pays, il mobilise chaque année des milliers de lycéens et étudiants pour élire, par débat et vote, leur roman favori parmi les finalistes du Prix Goncourt.
Au Cambodge, cette première édition mobilise des acteurs éducatifs locaux, renforçant les liens avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), dont le Lycée René Descartes est un établissement affilié.
Les œuvres en compétition
Les participants cambodgiens se prononceront sur les quatre romans finalistes du Prix Goncourt 2025, sélectionnés le 4 novembre 2025 par l’Académie :
Œuvre | Auteur.e | Éditeur | Thèmes principaux |
La Maison vide | Laurent Mauvignier | Éditions de Minuit | Solitude, mémoire familiale |
Le Bel Obscur | Caroline Lamarche | Le Seuil | Identité, lumière intérieure |
La Nuit au cœur | Nathacha Appanah | Gallimard | Exil, humanité mauricienne |
Kolkhoze | Emmanuel Carrère | P.O.L | Histoire collective, introspection |
Ces textes, représentatifs de la diversité francophone — France, Belgique, Île Maurice —, illustrent la vitalité éditoriale contemporaine. Laurent Mauvignier, figure établie du roman français, explore les silences d’une maison abandonnée. Caroline Lamarche, lauréate du Prix Médicis 2019, déploie une écriture épurée. Nathacha Appanah, voix singulière de l’océan Indien, interroge les fractures postcoloniales. Emmanuel Carrère, maître de l’autofiction, revisite les utopies soviétiques.
Enjeux du réseau "Choix Goncourt"
Le dispositif des "Choix Goncourt" transcende les frontières scolaires pour promouvoir la francophonie littéraire. Depuis sa genèse en 2010 avec le "Choix Goncourt des Lycéens en Asie", il s’étend aujourd’hui à des jurys nationaux et continentaux, culminant souvent lors d’événements diplomatiques. Au Cambodge, pays francophone historique avec une communauté active soutenue par l’Institut français et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), cette initiative consolide un héritage linguistique et culturel.
Les délibérations locales sont prévues dans le cadre du XXe Sommet de la Francophonie, que le Cambodge accueillera en novembre 2026 à Siem Reap, aux abords d’Angkor Wat. Cet événement, décidé lors du sommet de 2024 à Villers-Cotterêts, réunira une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, ainsi que des représentants d’organisations internationales. Il marquera une première pour l’Asie du Sud-Est, soulignant l’engagement cambodgien pour la diversité linguistique et le développement durable.
Perspectives
Phnom Penh, capitale d’un royaume où le français demeure langue de prestige dans l’enseignement supérieur et les élites, offre un terrain fertile à ces échanges. Le Lycée René Descartes, avec ses 1 200 élèves, et les universités partenaires comme l’Université Royale de Phnom Penh incarnent cette vitalité. Le "Choix Goncourt du Cambodge" s’ajoute à un tissu associatif dynamique — Alliances françaises, cercles littéraires — favorisant la traduction et la diffusion d’œuvres francophones en khmer.
À terme, cette édition inaugurale pourrait inspirer des prolongements : partenariats éditoriaux locaux, festivals littéraires ou résidences d’écrivains. Elle réaffirme le rôle de la littérature comme instrument diplomatique soft power, dans un contexte où la Francophonie compte 321 millions de locuteurs et vise l’expansion en Asie.
En somme, l’initiative portée par Philippe Claudel pose les bases d’un dialogue intergénérationnel et international, ancré dans la rigueur académique et l’excellence littéraire.







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