Le rite millénaire de la pêche traditionnelle à Boeung Trapeang Krom : Tbong Khmum ancre son tourisme culturel pour 2026
- La Rédaction

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Les autorités de la province de Tbong Khmum ont officialisé la tenue du festival annuel de pêche traditionnelle au lac Boeung Trapeang Krom, prévue le 14 février 2026 dans le village de Satum, commune de Choam Kravean.

Cette annonce, confirmée par le gouverneur Pen Kosal suite à une inspection terrain menée le 2 février, s’inscrit dans une stratégie duale : sauvegarder un patrimoine immatériel khmer vieux de plus de cinq siècles tout en érigeant la région en destination touristique culturelle de premier plan.
Racines historiques et signification culturelle
Remontant à l’époque pré-angkorienne, ce rituel collectif émerge en saison sèche, post-récolte rizicole, lorsque les eaux du lac de 30 hectares, alimenté par 20 étangs secondaires, s’assèchent pour livrer une profusion de poissons piégés dans la vase. Traditionnellement célébré en février, il incarne l’ingéniosité khmère face aux cycles naturels : des naseaux en bambou (nơm tre) immergés créent des pièges naturels, tandis que filets en nylon traînés à la main, angrot, chhneang, trak et klus en rotin complètent l’arsenal préindustriel. Cette pêche communautaire, impliquant des centaines de villageois nus jusqu’à la taille, symbolise l’harmonie ancestrale entre l’homme et son milieu aquatique, un legs transmis oralement de génération en génération.
Le site, niché au cœur d’une végétation luxuriante de roseaux et herbiers, bénéficie d’une interdiction absolue de pêche durant les trois mois précédents, surveillée par des gardes armés de vigilance. Cette mesure, instaurée pour contrer les pratiques destructrices comme l’électrocution ou les filets maillants, assure non seulement une abondance record – jusqu’à des tonnes de captures partagées en festin collectif – mais protège aussi la biodiversité locale, menacée par la surpêche et le changement climatique.
Authenticité préservée : interdits et rituels intacts
L’administration provinciale, via un communiqué officiel, impose une interdiction draconienne de tout outil motorisé ou moderne, réservant l’exclusivité aux instruments en bambou et rotin tressés artisanalement. « Ce n’est pas une simple pêche, mais un acte de transmission du patrimoine vivant khmer aux jeunes, qui risquent d’oublier ces gestes face à la modernisation », martèle le gouverneur Kosal. Des témoignages de villageois comme Sam Phoeun, pêcheur chevronné, évoquent des heures d’immersion dans la boue tiède, où rires et chants rythmiques ponctuent la chasse, renforçant les liens communautaires et l’attrait pour les touristes en quête d’authenticité brute.
Cette fidélité aux méthodes ancestrales distingue Boeung Trapeang Krom des festivals plus commerciaux, comme ceux de Siem Reap ou Memot. Elle répond à un enjeu national : avec 40% de la population cambodgienne dépendante de la pêche, préserver ces rites évite l’érosion culturelle tout en promouvant un tourisme responsable, aligné sur les Objectifs de Développement Durable de l’ONU.

Logistique renforcée face à l’affluence attendue
Prévision d’une affluence massive, potentiellement 100 000 visiteurs comme lors des éditions passées, a conduit Pen Kosal à ordonner un dispositif sécuritaire et logistique exhaustif. Police provinciale, forces de district et unités de secours seront déployées dès l’aube, avec points de contrôle, parkings improvisés et axes routiers sécurisés depuis la RN7. Des stands gastronomiques proposeront des grillades de poissons frais, nems khmers et num banhchok, tandis que danses romvong spontanées et orchestres trog (tambours) animeront les berges, transformant l’événement en kermesse populaire.
L’inspection du 2 février a permis de valider les infrastructures : pontons en bambou pour les pirogues, zones ombragées pour les familles, et même un podium pour discours officiels et bénédictions par des moines bouddhistes, scellant l’union du sacré et du profane.
Rayonnement touristique
« Ce festival renforce l’esprit du tourisme tout en honorant l’héritage de Choam Kravean », insiste le gouverneur, soulignant son rôle pivot dans l’économie locale. Tbong Khmum, province émergente aux confins de Kompong Cham et Kratie, capitalise sur ses atouts : vestiges angkoriens d’Indrapura, forêts de Prey Veng et lacs préservés. L’événement génère des revenus directs via hébergements homestay, artisanat (paniers rotin, écharpes soie) et transports, tout en dopant l’image d’un Cambodge rural authentique, loin des foules d’Angkor Vat.
Des observateurs internationaux, friands d’écotourisme, affluent déjà : agences françaises comme Cambodge Mag rapportent un intérêt croissant pour ces immersions, avec packages incluant randonnées vers les collines 1500 et ateliers de tissage. En 2026, cette édition pourrait marquer un tournant, alignant Tbong Khmum sur la vision royale d’un tourisme durable, créateur d’emplois pour 70% de sa population rurale.

Perspectives : un modèle pour le Cambodge rural
Au-delà de la fête, Boeung Trapeang Krom interroge le futur des traditions face à l’urbanisation galopante. Initiatives complémentaires, comme la formation de guides locaux ou l’écotourisme lacustre, pourraient pérenniser cet élan. Pen Kosal l’affirme : « Nous ne pêchons pas seulement des poissons, mais l’âme khmère pour les siècles à venir. » Un appel vibrant à la mobilisation collective, invitant Cambodgiens et visiteurs à célébrer, le 14 février, ce joyau vivant de l’héritage national.
Photos AKP-Tbong Khmum







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