Le poisson-rasoir sort de l'ombre dans les eaux cambodgiennes
- La Rédaction
- il y a 5 heures
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Un petit poisson aux allures de bijou vient d'entrer, en grande pompe scientifique, dans le registre de la biodiversité marine du Cambodge. Le poisson-rasoir à tache noire (Iniistius evides) a été officiellement observé pour la première fois dans les eaux cambodgiennes, fruit d'une collaboration entre Marine Conservation Cambodia (MCC) et l'Université royale d'agriculture.

L'annonce est tombée jeudi de la part de Marine Conservation Cambodia (MCC) : l'organisation a procédé au tout premier enregistrement officiel du poisson-rasoir à tache noire, Iniistius evides, dans le territoire marin du Cambodge. Ce petit labridé, membre de la grande famille des girelles, n'avait encore jamais été formellement documenté dans les eaux du Royaume, malgré une aire de répartition qui s'étend largement dans le Pacifique occidental.
Au-delà de l'anecdote naturaliste, cette découverte a une portée bien réelle : elle vient enrichir l'inventaire scientifique de la faune marine cambodgienne et devrait, selon MCC, contribuer à sensibiliser davantage le public à la richesse — encore largement sous-documentée — des fonds marins du pays.
Une science qui se construit sur le terrain, avec les étudiants
Cette première n'est pas le fruit du hasard, mais l'aboutissement d'un partenariat de longue haleine entre MCC et l'Université royale d'agriculture (RUA). Le dispositif combine recherche de terrain, travail de taxonomie et formation des étudiants cambodgiens, avec l'ambition assumée de faire progresser, année après année, la connaissance des écosystèmes marins du pays.
L'étude ayant permis cette identification a été menée sous la direction de Ke Pheara, étudiant et auteur principal du travail, qui signe ainsi sa toute première publication scientifique à comité de lecture — une étape marquante pour un jeune chercheur cambodgien engagé dans les sciences marines.
MCC a tenu à saluer publiquement le rôle de l'encadrement académique dans cette réussite, remerciant en particulier le superviseur Chhouy Sam Ol ainsi que le doyen Ngor Peng Bun pour leur soutien constant, aux côtés du chercheur de MCC Sebastián Muñoz-Duque, qui a accompagné le projet.
Un poisson discret, mais loin d'être anodin
Iniistius evides appartient à la famille des Labridae, celle des girelles, et vit habituellement sur les fonds sableux, où il a la particularité de pouvoir s'enfouir rapidement pour échapper aux prédateurs. Répandu dans le Pacifique occidental, il ne dépasse guère une vingtaine de centimètres et reste classé en préoccupation mineure par l'UICN. Sa présence, désormais confirmée au Cambodge, vient combler une case restée vide sur la carte régionale de la biodiversité des labridés.
Kep, laboratoire vivant de la conservation marine
Cette découverte s'inscrit dans la continuité du travail mené par MCC depuis 2008 dans l'archipel de Kep, où l'organisation a contribué à la création de la deuxième zone de gestion des pêches marines (MFMA) du pays, en 2018, et où elle poursuit ses programmes de restauration des herbiers marins et de suivi des mammifères marins, dauphins de l'Irrawaddy et dugongs en tête. L'archipel avait d'ailleurs été désigné « Hope Spot » par la Mission Blue de Sylvia Earle en 2019, en reconnaissance de l'impact de ces efforts de conservation.
Autant de raisons, pour MCC, de voir dans ce nouveau signalement un encouragement supplémentaire à poursuivre l'exploration scientifique des eaux cambodgiennes — et la preuve qu'il reste encore beaucoup à découvrir sous leur surface.



