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L’Asie-Pacifique sous tension : comment le conflit au Moyen-Orient menace la croissance du Cambodge

Selon une étude de la Banque asiatique de développement (BAD), l’escalade des tensions dans la région du Golfe pourrait faire perdre jusqu’à 2,3 points de croissance à l’Asie du Sud-Est d’ici 2027. Pour le Cambodge, pays fortement dépendant des importations d’énergie, le risque d’une hausse durable des prix du pétrole et du gaz naturel liquefié (GNL) se double d’un choc sur les chaînes d’approvisionnement et les envois de fonds.

L’Asie-Pacifique sous tension : comment le conflit au Moyen-Orient menace la croissance du Cambodge

Une vulnérabilité énergétique structurelle

Le Cambodge fait partie des économies de l’Asie du Sud-Est en développement les plus exposées à une prolongation du conflit au Moyen-Orient, selon le rapport ADB Briefs publié ces jours-ci. Même si le royaume n’entretient pas de liens commerciaux directs majeurs avec les pays du Golfe, il subit de plein fouet les conséquences d’une hausse des prix de l’énergie, que le document qualifie de « principal vecteur de transmission du choc ».

Avec un solde négatif important pour les hydrocarbures – le Cambodge importe la quasi-totalité de ses besoins en pétrole raffiné et en gaz – la moindre augmentation des cours se traduit mécaniquement par une détérioration des termes de l’échange. L’étude souligne que « même des hausses modérées des prix de l’énergie peuvent générer des pertes de revenu significatives » pour les économies fortement déficitaires en la matière.

Dans un scénario de tensions prolongées d’un an (scénario 3 du rapport), le prix du baril de Brent dépasserait 155 dollars au deuxième trimestre 2026 et resterait supérieur à 140 dollars jusqu’au début 2027, avant un retour progressif à la normale. Dans ce cas de figure, l’indice de référence asiatique du GNL (Japan Korea Marker) s’envolerait, renchérissant le coût de l’électricité pour un pays où les centrales thermiques au gaz jouent un rôle croissant dans le mix énergétique.

Croissance et inflation : les leçons des modèles macroéconomiques

Les simulations macroéconomiques réalisées par la BAD avec le modèle Global Economic Model d’Oxford Economics permettent d’estimer l’impact régional. Pour l’ensemble de l’Asie du Sud-Est en développement, une crise sévère et durable (scénario 3) entraînerait une perte cumulée de produit intérieur brut (PIB) de 2,3 points de pourcentage sur la période 2026-2027, et une hausse cumulée de l’inflation de 3 points.

Le Cambodge, bien que non cité nominalement dans les tableaux régionaux, partage les caractéristiques des économies de la sous-région : forte intensité énergétique, dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales pour les intrants industriels (textile, construction) et vulnérabilité aux perturbations logistiques. Le rapport insiste sur le fait que « les économies d’Asie du Sud-Est en développement connaîtraient les pertes de croissance les plus marquées » en cas d’embrasement durable.

Par ailleurs, la flambée des prix du fret maritime et aérien – illustrée par l’indice Dirty VLCC Middle East – PRC (TD3C), qui a quasiment doublé en quelques jours – pourrait renchérir le coût des importations cambodgiennes. Le royaume, dont l’industrie textile dépend des intrants chimiques et des fibres importés, verrait ses marges se réduire et sa compétitivité s’éroder.

Le canal des envois de fonds, un risque sous-estimé

L’étude attire l’attention sur un mécanisme de transmission souvent négligé : les transferts de fonds des travailleurs migrants. Bien que les données du rapport (figure 7) ne ventilent pas le Cambodge, elles montrent que plusieurs économies d’Asie du Sud et du Sud-Est reçoivent plus de 5 % de leur PIB sous forme de transferts en provenance du Moyen-Orient. « Une baisse d’activité dans les économies du Golfe affectées par le conflit pourrait réduire la demande de main-d’œuvre étrangère et donc les flux de transferts », préviennent les auteurs.

Or, pour des pays comme le Cambodge, où les envois de fonds participent à l’équilibre des balances des paiements et au soutien de la consommation des ménages, un tel choc viendrait s’ajouter à la hausse des factures énergétiques et au resserrement des conditions financières.

Politiques publiques : comment éviter le piège des subventions

Face à ces risques, la BAD formule des recommandations de politique économique qui trouveraient un écho particulier au Cambodge. Alors que les tensions inflationnistes pourraient inciter à geler les prix des carburants ou à accroître les subventions énergétiques, les économistes de l’institution plaident pour l’inverse : « Les politiques devraient privilégier la stabilisation plutôt que la suppression des signaux de prix. Permettre, au moins en partie, une transmission des hausses des prix de l’énergie peut encourager les économies d’énergie et les investissements dans des sources alternatives. »

Ils recommandent des aides ciblées et temporaires pour les ménages vulnérables, plutôt que des subventions généralisées qui pèsent sur les finances publiques sans inciter à la sobriété. Sur le plan monétaire, l’accent est mis sur un soutien ciblé en liquidités pour éviter une volatilité excessive, plutôt que sur un resserrement agressif des taux.

Un test de résilience pour l’économie cambodgienne

À l’heure où le conflit au Moyen-Orient entre dans une phase critique, le Cambodge, comme l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, se trouve confronté à un test de résilience inédit. Si un conflit court et circonscrit (scénario 1) n’aurait qu’un impact limité sur l’activité, une dégradation vers un scénario de tensions prolongées (scénario 2 ou 3) affecterait durablement la croissance, l’inflation et les équilibres extérieurs.

Le rapport de la BAD souligne en conclusion que « les perturbations persistantes sur les routes maritimes ou aériennes pourraient affaiblir de manière significative les perspectives de croissance ». Pour le Cambodge, dont l’essor économique repose sur l’ouverture commerciale et la stabilité macroéconomique, la gestion de ce nouveau choc devra combiner réactivité à court terme et accélération des transitions énergétique et logistique de long terme.

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