Kyōichi Sawada : le regard audacieux du Vietnam et une mort mystérieuse au Cambodge
- La Rédaction

- 13 janv.
- 3 min de lecture
Kyōichi Sawada, photographe japonais audacieux, a immortalisé les horreurs de la guerre du Vietnam, remportant le prestigieux Pulitzer en 1966. Sa vie s'est achevée tragiquement en 1970 au Cambodge, dans une embuscade qui reste entourée de mystère. Ce récit explore son parcours, ses images iconiques et les ombres de sa fin brutale.

Les Premiers Pas d'un Passionné
Né le 22 février 1936 à Aomori, au nord du Japon, Kyōichi Sawada grandit orphelin et gagne son premier appareil photo à 13 ans en distribuant des journaux. Après le lycée Aomori, il travaille dans un magasin de photographie sur la base aérienne américaine de Misawa, où il affine son art auprès des militaires.
En 1961, une recommandation d'un officier l'emmène à Tokyo rejoindre United Press International (UPI), d'abord comme photographe et éditeur d'images, rêvant déjà des fronts lointains.
L'Appel Irrésistible du Vietnam
Refusant de se contenter de reportages domestiques, Sawada harcèle UPI pour une affectation en Indochine, jugée « conflit américain ». En février 1965, il prend ses vacances, s'envole pour Saïgon à ses frais, obtient ses accréditations et plonge dans la tourmente. Ses premières images impressionnent tant ses patrons qu'ils l'intègrent officiellement au bureau de Saïgon en juillet, marquant le début d'une carrière fulgurante de photoreporter de combat.
Images qui Marquent l'Histoire
Le 6 septembre 1965, près de Binh Dinh, Sawada capture « Flee to Safety" » : deux mères vietnamiennes traversent une rivière tumultueuse avec leurs enfants, fuyant les bombes américaines. Cette photo remporte le World Press Photo de l'année 1965, le Pulitzer 1966, et d'autres prix majeurs, générant une sympathie mondiale pour les civils pris au piège.

L'année suivante, le 24 février 1966, lors de la bataille de Suoi Bong Trang, il photographie des soldats américains traînant le corps d'un Viêt-Cong mort derrière un M113, image choc élue World Press Photo 1966, immortalisant la brutalité crue du conflit. En 1968, à Hué pendant l'offensive du Têt, il saisit le caporal Don Hammons agonisant, mort minutes après, soulignant l'horreur intime de la guerre urbaine.
Sawada partage même son argent du Pulitzer avec les familles de « Flee to Safety », qu'il retrouve plus tard, preuve d'une humanité au-delà de l'objectif.
Un Témoin Intrépide et Calculateur
Surnommé « le plus audacieux » par Time Magazine, Sawada hitchhike sur les hélicoptères en pleine bataille, traverse des champs minés pour des clichés uniques, essuyant réprimandes mais récoltant reconnaissance. Capturé huit heures par des communistes cambodgiens en 1969 avec un collègue, il les défie : "« Je préfère mourir que rester prisonnier », obtenant leur libération immédiate. Casque toujours vissé, il calculait pourtant ses risques, mêlant témérité et prudence.
En 1968, UPI le mute à Hong Kong comme éditeur, mais il revient sans cesse au front, couvrant l'extension du chaos au Laos et Cambodge.
Le Voyage Fatal au Cambodge
Après le coup d'État cambodgien de 1970, Sawada documente le tumulte de Phnom Penh pour UPI. Le 26 octobre, il propose d'emmener le nouveau chef de bureau, Frank Frosch – reporter intrépide comme lui –, sur la Route 2 vers Chambak, avant-poste sud. Vers 17h30, des tirs retentissent ; leur voiture bleue, criblée de balles, s'écrase contre un arbre sans traces de sang à l'intérieur.
Les corps, retrouvés le lendemain dans un champ de riz près de Takeo, 32 km de Phnom Penh, portent des coups violents à la nuque et tête, suivis de rafales dans la poitrine : une exécution sommaire.
Enquête sur un Meurtre Impuni
Aucun doute sur l'identité des victimes : voiture civile, vêtements civils voyants, loin des uniformes. Time évoque une « exécution après crash », suggérant une traque délibérée .
Le Cambodge de Lon Nol, en pleine instabilité post-coup, voit Khmers rouges, factions rivales ou bandits pulluler sur cette route minée. Des décennies plus tard, l'affaire reste non élucidée, comme tant d'autres crimes de guerre en Indochine. Posthume, Sawada reçoit la Robert Capa Gold Medal.







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