Khmerica : la mémoire francophone du Cambodge ressuscite en ligne
- La Rédaction

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Cinq ans après sa disparition du web, l'une des plus précieuses bibliothèques numériques consacrées au Cambodge renaît sous l'égide du musée SOSORO. Une renaissance qui parle autant aux chercheurs qu'aux nostalgiques d'un Phnom Penh disparu.

Il y a des archives qui dorment et celles qu'on croit perdues à jamais. Khmerica appartenait à la seconde catégorie. Lancée en 2026 par le musée de l'Économie et de la Monnaie Preah Srey Içanavarman, plus connu sous son acronyme SOSORO, cette bibliothèque numérique francophone refait surface après six années d'absence — et avec elle, des pans entiers du Cambodge francophone que l'on pensait inaccessibles.
Une seconde naissance
L'histoire de Khmerica commence en 2005, sous l'impulsion de la coopération française et grâce à l'investissement de Jean-Jacques Donard, alors responsable du Fonds de Solidarité Prioritaire pour la Valorisation de l'Écrit en Asie du Sud-Est. L'Organisation internationale de la Francophonie prend ensuite le relais. Mais en 2020, la plateforme s'éteint, victime du temps et des aléas institutionnels qui guettent souvent ces projets patrimoniaux.
C'est SOSORO qui reprend le flambeau en 2025, intégrant Khmerica dans sa mission plus large de valorisation du patrimoine documentaire cambodgien. Le résultat, accessible depuis le 16 juin sur www.sosoro-khmerica.org, n'est pas une simple remise en ligne : c'est une refonte, pensée pour durer.
Des pages qui parlent
Ce qui distingue Khmerica d'un fonds d'archives classique, c'est son moteur de recherche en texte intégral. Concrètement, il devient possible de fouiller des milliers de pages numérisées à la recherche d'un nom propre, d'un lieu, d'un événement précis — une fonctionnalité qui change radicalement la donne pour quiconque a déjà passé des heures à feuilleter des microfilms sans certitude de trouver ce qu'il cherche. Chercheurs, étudiants, journalistes : tous peuvent désormais interroger directement la mémoire écrite du pays.
La collection initiale réunit une vingtaine d'ouvrages et plusieurs titres de presse qui ont fait l'histoire du journalisme francophone à Phnom Penh depuis les années 1950 : Cambodge d'aujourd'hui, Réalités cambodgiennes, Cambodge, Le Mékong, Cambodge Soir et son supplément Cambodge Soir Hebdo. Des titres aujourd'hui disparus ou devenus introuvables, dont les collections papier subsistent souvent à l'état de fragments dans quelques bibliothèques.
Le pari du temps long
SOSORO ne cache pas ses ambitions pour la suite. La plateforme doit s'enrichir année après année, et pourrait à terme accueillir photographies, cartes anciennes, cartes postales et archives audiovisuelles — de quoi constituer, à plus long terme, un véritable centre de ressources sur le patrimoine culturel cambodgien dans son ensemble.
En attendant, Khmerica comble un vide réel : celui d'un accès numérique fiable à une presse francophone qui a couvert, en temps réel, les heures les plus sombres comme les plus lumineuses du Cambodge contemporain. Pour la recherche académique autant que pour la mémoire collective, l'initiative mérite qu'on s'y attarde.







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