Cambodge : Kaoh Anlong Chen, le silence du Bassac aux portes de Phnom Penh
- La Rédaction

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À quelques encablures de la capitale, sur les berges tranquilles du Bassac, le village de Kaoh Anlong Chen déroule ses vergers de papayers et de jacquiers, ses pagodes dorées et sa vie de rivière, presque à l'abri du tumulte urbain qui gagne pourtant du terrain.

De lourds nuages d'orage roulent au-dessus du Bassac, striant le ciel de bleu sombre et de blanc, tandis que la rivière, couleur de terre battue, glisse sans bruit devant les toits rouges du village. Sur l'autre rive, une pagode aux pignons dorés perce la cime des arbres. Un vieil homme, krama noué autour de la tête et cigarette aux lèvres, slalome à moto entre les flaques d'un chemin de latérite détrempé. Plus loin, sous l'auvent d'une échoppe, deux fillettes éclatent de rire devant l'objectif. C'est Kaoh Anlong Chen, un petit territoire riverain du Bassac, au sud immédiat de Phnom Penh — un endroit que peu de cartes touristiques mentionnent, et qui vit pourtant, jour après jour, au rythme précis de ce grand bras du Mékong.
Le Bassac, bras nourricier du Mékong
Le Bassac (ទន្លេបាសាក់, Tonlé Bassac) naît à Phnom Penh même, au fameux confluent de Chaktomuk où le Mékong et le Tonlé Sap se rencontrent et se redistribuent en plusieurs bras. De là, il file plein sud sur environ 190 kilomètres, traverse la province de Kandal, puis franchit la frontière vietnamienne près de Chau Doc, où il prend le nom local de Sông Hậu.

Le mot « Bassac » lui-même viendrait du khmer pa, une marque de respect ou de filiation, associé à sak (សក្តិ), emprunté au sanskrit sakti, la « puissance » ou l'« honneur » — un nom qui renvoie aussi à l'ancien royaume de Champasak, plus haut sur le Mékong, dont la capitale occidentale portait un nom apparenté. Aujourd'hui encore, le Bassac reste un axe de circulation actif entre le Cambodge et le Vietnam, sillonné par des barges de marchandises, et enjambé à Phnom Penh par le pont Monivong.
Une île qui n'en est plus tout à fait une
Le nom même de Kaoh Anlong Chen commence par kaoh, « île » en khmer — signe qu'il s'agit à l'origine d'un banc de terre ou d'une portion de berge façonnée par les caprices du fleuve, comme tant d'autres le long du Bassac et du Mékong.

Administrativement, Kaoh Anlong Chen est aujourd'hui un sangkat (commune) qui a longtemps dépendu du district de S'ang, avant d'être rattaché en 2019, par sous-décret gouvernemental, à la municipalité de Ta Khmau, chef-lieu de la province de Kandal — une bascule administrative qui traduit l'expansion continue de la zone urbaine autour de Phnom Penh vers ses périphéries rurales. Ta Khmau elle-même n'est qu'à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale, ce qui place Kaoh Anlong Chen dans cette bande de campagne encore préservée, mais de plus en plus convoitée par les promoteurs, qui sépare Phnom Penh du delta du Mékong.
La vie de village, à l'ombre des papayers
C'est cette proximité contradictoire — presque urbaine par la distance, encore pleinement rurale par le mode de vie — qui donne au village son caractère. Les jardins familiaux y sont denses et généreux : des papayers ploient sous des régimes de fruits verts encore fermes.

Un peu plus loin, des jacquiers laissent pendre leurs fruits hérissés à hauteur d'homme, tandis que des bananeraies s'alignent en rangs serrés à l'ombre de grands arbres plus anciens.


Une échoppe de quartier, chargée de bouteilles de sodas et de jouets en plastique suspendus en grappes, tient lieu d'épicerie et de lieu de passage obligé pour les habitants du coin.

Sur l'eau, les pirogues de bois amarrées aux berges boueuses rappellent que la pêche et le transport fluvial restent des activités du quotidien, même à cette distance modeste de la capitale.

Les enfants et adolescents du village, eux, vivent une existence qui n'a rien d'exceptionnel mais qui garde ce charme des lieux non touristiques : on y sourit facilement à l'objectif, on s'y déplace à moto sur des chemins de terre encore largement épargnés par le bitume.


Un territoire sans grand monument, mais pas sans caractère
Contrairement à d'autres localités riveraines du Cambodge, Kaoh Anlong Chen ne revendique ni site archéologique, ni monument colonial, ni attraction recensée dans les guides. C'est précisément ce qui en fait un instantané fidèle d'une réalité cambodgienne bien plus répandue que les cartes postales d'Angkor ou de Phnom Penh : celle de ces dizaines de milliers de villages riverains, ordinaires et attachants, où l'on cultive, on pêche, on élève des enfants et on regarde passer les saisons sur le fleuve, sans autre ambition que de continuer à le faire.
Comment s'y rendre
Kaoh Anlong Chen se trouve dans la municipalité de Ta Khmau, chef-lieu de la province de Kandal, à une petite demi-heure de route au sud de Phnom Penh. La zone n'étant pas structurée pour le tourisme, mieux vaut s'y rendre en voiture ou en moto depuis la capitale, en prenant le temps de longer les berges du Bassac plutôt que de foncer vers une destination précise — c'est cette lenteur, plus que n'importe quel site répertorié, qui constitue l'intérêt du lieu.







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