Kampot, le cinéma rencontre l'Histoire — et file vers Kep pour une fête grandiose
- La Rédaction

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La brise du soir soufflait doucement sur la rivière Kampot quand les premières silhouettes ont commencé à s'installer sur la plage, non loin du vieux pont colonial. Pas de salle obscure, pas de fauteuils rembourrés — juste le ciel cambodgien, le murmure de l'eau, et un écran tendu face à l'Histoire.

C'est ici, dans ce cadre à la beauté presque irréelle, que le CIFF 360 a tenu sa première soirée. Et pour inaugurer ce nouveau rendez-vous cinématographique, le choix du film ne pouvait pas être anodin : Rendez-vous avec Pol Pot, du cinéaste cambodgien Rithy Panh.
Un film, une blessure, une nation
Rithy Panh, on ne le présente plus. Survivant des camps khmers rouges, auteur de L'Image manquante — palmé à Cannes en 2013 —, il est depuis trois décennies le gardien de la mémoire de son peuple à travers le prisme du septième art. Avec Rendez-vous avec Pol Pot, il plonge une nouvelle fois dans les abysses d'un passé qui n'en finit pas de hanter le Cambodge.
Le film retrace le voyage de trois journalistes occidentaux conviés en 1978 à rencontrer le leader khmer rouge au cœur de la jungle, alors même que le régime exterminait son propre peuple par centaines de milliers. Une mise en scène glaçante du mensonge d'État, du regard aveugle de l'Occident, de la fabrique du déni.

Cent âmes sous les étoiles
Ils sont arrivés peu à peu, comme attirés par une lumière qu'on n'ose pas tout à fait s'approcher. Des expatriés, des voyageurs de passage, des habitants de Kampot, quelques jeunes Cambodgiens curieux. Prés de cent personnes ont finalement pris place sur la plage, certains assis sur des nattes, d'autres debout dans l'obscurité naissante, tous les yeux rivés sur l'écran.
Pas de brouhaha, pas de distractions. Le calme qui s'est installé dès les premières images en disait long : ce film-là ne laisse personne indifférent. Il interroge, il dérange, il oblige à regarder en face ce que l'on préférerait parfois oublier.

Cap sur Kep : quatre jours de fête cinématographique
Mais Kampot n'était que le coup d'envoi. Jeudi, le CIFF 360 lève l'ancre vers Kep — cette petite ville côtière mélancolique aujourd'hui en plein renouveau culturel — pour quatre jours d'une programmation aussi ambitieuse qu'éclectique.
Le Deck at The Wave en bord de mer et le Kep Wellness Center forment le cœur battant du festival. Entre les deux, une ville qui se réveille doucement, portée par une scène culturelle portée notamment par le projet Art for Kep et le resort Knai Bang Chatt, dont les jardins accueillent eux aussi une partie des événements.
Jeudi 14 mai : ouverture royale
Quelle date pour une ouverture officielle : le 14 mai, anniversaire de Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni. La symbolique est portée jusqu'au bout dans la programmation. L'après-midi s'ouvre avec The Time to Cry (1971) de la réalisatrice Uong Kan Thouk, figure pionnière de l'âge d'or du cinéma khmer — ces années soixante-dix brutalement interrompues par les Khmers rouges.
En soirée, c'est un film de feu le roi Norodom Sihanouk lui-même, La Joie de Vivre, qui inaugure le grand écran en plein air du Deck at The Wave : hommage vibrant à une époque où la royauté cambodgienne était aussi créatrice. La réception d'ouverture se prolonge ensuite au son d'un concert live face à la mer. Un début à la hauteur du lieu.
Vendredi 15 mai : cinéma et nature, un dialogue urgent
Le vendredi pose les questions qui brûlent. L'après-midi s'ouvre sur Cambodia Southeast Asia: Safeguarding Life, un programme de courts métrages consacrés à la mangrove, aux coraux et à la biodiversité marine en Asie du Sud-Est, suivi d'un échange avec Marine Conservation Cambodia. Le cinéma comme outil de conscientisation écologique — sans didactisme, avec force.
La soirée, elle, appartient à Davy Chou et à son Golden Slumbers (2011), documentaire culte sur le cinéma cambodgien perdu, projeté en plein air avec en avant-programme le court métrage Maybe in the Snow de la réalisatrice canadienne d'origine cambodgienne Laurence Ly (2025). Un voyage dans la mémoire du 7e art cambodgien, sous les étoiles de Kep — difficile d'imaginer cadre plus juste.
Samedi 16 mai : la journée de tous les publics
Le samedi est sans doute la journée la plus dense et la plus diverse du festival.
Dès 10 heures, les enfants prennent possession du Kep Wellness Center pour Cartoons of the World : un programme d'animations venues de onze pays — du Luxembourg au Japon, des Philippines au Pérou. Une belle manière d'initier les plus jeunes à la diversité culturelle par l'image.
L'après-midi enchaîne avec des courts métrages sur les cultures indigènes cambodgiennes et sud-est asiatiques, avant le temps fort de la soirée : la première de Far Away Close to You de Mony Darung (2026), présenté comme l'une des œuvres phares d'une nouvelle génération de cinéastes cambodgiens, précédé du court métrage Rest in Pieces de Sophea Kim. Deux premiers films, deux regards neufs sur un Cambodge en mouvement.
Le coucher de soleil, lui, est accompagné de musique live au Deck, avec la projection du film The Roots Remain par FONKi — un cadeau offert par Art for Kep.
En parallèle, et sur invitation uniquement, se tient dans les jardins du Knai Bang Chatt le Cambodia Film Forum : une journée entière de réflexion collective sur l'avenir de l'industrie cinématographique nationale, sous la bannière Cambodia Film Forward: Imagine, Connect, Create. Groupes de travail, vote de priorités, rédaction d'une feuille de route sectorielle — le festival se double ici d'un espace de construction rare dans la région.
Dimanche 17 mai : clôture en douceur, promesses pour demain
La dernière journée s'ouvre encore sur les animations pour les enfants, avant une matinée consacrée au patrimoine architectural de Kep : visite guidée de l'architecture coloniale française et moderniste, exposition photographique de Walter Koditek, et aperçu de la programmation à venir — la Kep Expo 2026 et le Kep International Art Festival prévu en décembre.
Après un déjeuner de networking au Strand du Knai Bang Chatt, une dernière sélection de courts métrages cambodgiens clôt la programmation. La cérémonie de fermeture, informelle et chaleureuse, laisse entrevoir la prochaine édition. Comme une promesse.
Un festival, une vision
Ce qui frappe dans le CIFF 360, c'est l'équilibre rare entre ambition culturelle et ancrage local. De Kampot à Kep, du film de mémoire à la première d'un jeune cinéaste, du dessin animé pour enfants au forum professionnel, le festival dessine en cinq jours un portrait saisissant du cinéma cambodgien — dans toute sa profondeur historique et sa vitalité contemporaine.
Il ne cherche pas à rivaliser avec les grandes manifestations mondiales. Il choisit au contraire de creuser son sillon : faire réfléchir autant que rêver, impliquer les communautés locales, et construire, pierre après pierre, une infrastructure durable pour le septième art cambodgien.
Programme du CIFF 360 — Kampot & Kep, 13–17 mai 2026
Tous les événements sont en accès libre, sauf mention contraire
Mercredi 13 mai — Kampot
Heure | Programme |
16h00 | Installation |
18h30 | Meeting with Pol Pot de Rithy Panh (2024, 112 min) — plein air, près du Old Bridge |
Jeudi 14 mai — Kep ★ Soirée d'ouverture / Anniversaire du Roi
Heure | Programme |
14h30 | The Time to Cry de Uong Kan Thouk (1971, 96 min) — Kep Wellness Center |
18h00 | Cérémonie d'ouverture + La Joie de Vivre de S.M. Norodom Sihanouk (105 min) — The Deck @ The Wave, plein air |
19h35 | Réception d'ouverture & musique live — The Deck |
Vendredi 15 mai — Kep
Heure | Programme |
14h00 | Cambodia SE Asia: Safeguarding Life (courts métrages) + talk Marine Conservation Cambodia — Kep Wellness Center |
16h00 | Cambodia in Shorts 1 + Q&A avec les cinéastes — Kep Wellness Center |
19h00 | Maybe in the Snow de Laurence Ly (2025, 4 min) + Golden Slumbers de Davy Chou (2011, 96 min) — The Deck, plein air, Q&A |
Samedi 16 mai — Kep
Heure | Programme |
10h00 | Cartoons of the World (96 min, 11 pays) — enfants — Kep Wellness Center |
10h00–17h00 | Cambodia Film Forum (sur invitation) — Knai Bang Chatt Garden |
14h00 | Cambodia & SE Asia: Indigenous Life (courts métrages) + talk Bophana Center — Kep Wellness Center |
17h30 | Sunset Band Session + Beneath the Surface de Vinay Bharadwaj (~35 min) — The Deck |
18h30 | Rest in Pieces de Sophea Kim (2026, 20 min) + Far Away Close to You de Mony Darung (2026, 95 min) — The Deck, plein air, Q&A |
Dimanche 17 mai — Kep ★ Clôture
Heure | Programme |
10h00 | Cartoons of the World (106 min) — tous publics — Kep Wellness Center |
10h30 | Visite guidée patrimoine architectural + expo photo Walter Koditek |
12h00 | Déjeuner & networking — The Strand, Knai Bang Chatt |
14h00 | Cambodia in Shorts 2 + Q&A — Kep Wellness Center |
15h30 | Cérémonie de clôture & farewell drinks — The Deck |







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