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Histoire & Exposition : Vann Nath, au-delà des murs de S-21

il y a 35 minutes
3 min de lecture

Quinze ans après sa mort, les toiles du peintre sont de nouveau accrochées à Phnom Penh. Le Centre Bophana les présente jusqu’au 11 octobre, avec des enregistrements où Vann Nath parle lui-même de son travail. L’entrée est libre.

Devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, à Phnom Penh
Devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, à Phnom Penh

L’exposition s’intitule « Vann Nath : peintures de la mémoire ». Elle a ouvert le 11 septembre au Centre de ressources audiovisuelles Bophana et se tient jusqu’au 11 octobre.

Toutes les toiles présentées proviennent du Cambodge. Certaines appartiennent à la famille du peintre. D’autres ont été prêtées par des amis ou des collectionneurs privés, et plusieurs n’avaient pas été montrées au public depuis des années. Bophana a puisé dans ses propres fonds pour les accompagner : entretiens filmés, enregistrements sonores, séquences dans lesquelles Vann Nath parle de sa peinture et de ce qu’il en attendait.

Un peintre d’enseignes de Battambang

Vann Nath naît en 1946 dans la province de Battambang, dans une famille pauvre qui vend des nouilles de riz. Il grandit à la pagode de Wat Sopee, où il regarde les peintres décorer les murs et apprend le métier en les copiant. Avant 1975, il gagne sa vie en peignant des enseignes.

Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Battambang. Vann Nath et les siens sont évacués à pied vers la commune de Norea, à quelques kilomètres de là, et affectés aux rizières. Ils y restent près de trois ans. Il est arrêté le 29 décembre 1977. Dans les premiers jours de janvier 1978, il arrive à S-21, la prison de sécurité installée dans une ancienne école de Phnom Penh, aujourd’hui musée du génocide de Tuol Sleng.

Il est photographié à son arrivée, puis enchaîné dans le bâtiment D et laissé sans nourriture. Des semaines plus tard, les gardiens découvrent qu’il sait peindre. On le transfère à l’atelier, où il exécute des portraits de Pol Pot. C’est ce qui lui sauve la vie. Il fait partie des très rares adultes sortis vivants de S-21, en janvier 1979. Il n’apprendra qu’ensuite que ses enfants sont morts pendant sa détention.

Des toiles devenues pièces à conviction

Dans les années 1980, Vann Nath se met à peindre ce qu’il a vu. Les transferts de prisonniers. Les cellules. Les interrogatoires. Le détail est exact, jusqu’aux lits de fer et à la position des entraves. Ces toiles sont accrochées à Tuol Sleng, et les visiteurs s’arrêtent encore devant.

Elles ont aussi servi de preuve. Son témoignage écrit, A Cambodian Prison Portrait, paraît en 1998 et reste pendant des années le seul récit de S-21 laissé par un rescapé. En 2003, il apparaît dans S-21, la machine de mort khmère rouge de Rithy Panh, où il confronte ses anciens gardiens devant la caméra et les écoute se présenter eux-mêmes comme des victimes. En 2009, il témoigne devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, au procès de Duch, l’homme qui avait dirigé la prison. Il meurt à Phnom Penh le 5 septembre 2011, à 65 ans.

L’autre moitié de l’œuvre

C’est là que « Peintures de la mémoire » s’écarte de l’image convenue. L’accrochage ne se limite pas aux toiles de la prison. Il comprend aussi des portraits, des paysages et des scènes de la vie cambodgienne ordinaire.

Vann Nath n’a pas passé trente ans à peindre le noir. Il a peint des visages, de l’eau, des arbres, des gens au travail dans ces mêmes rizières où on l’avait envoyé. L’exposition défend une idée simple : il était peintre avant d’être témoin, et l’est resté après.

Les archives sonores donnent aux salles une qualité particulière. Le visiteur se tient devant une toile pendant que la voix du peintre, enregistrée de son vivant, explique ce qu’il cherchait. L’artiste commente son propre travail, quinze ans après sa mort.

Bophana, la collecte des traces

Le centre qui accueille l’exposition a été fondé en 2006 par le cinéaste Rithy Panh. Il porte le nom de Hout Bophana, jeune femme morte à S-21. Sa mission tient en une phrase : rassembler les images, les sons et les films du Cambodge, les restaurer et les mettre à la portée de qui les demande.

Ce travail devient plus pressant à mesure que s’éclaircit la génération qui a vécu les années khmères rouges. Les toiles, les bandes magnétiques et les archives filmées prennent le relais des témoins.

Infos pratiques

Vann Nath : peintures de la mémoire

Du 11 septembre au 11 octobre 2026

Centre de ressources audiovisuelles Bophana, n° 64, rue 200, Phnom Penh

Entrée libre. Ouvert du lundi au vendredi de 8h à 12h et de 14h à 18h, le samedi de 14h à 18h.

Page de l’exposition : memory.bophana.com

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