Histoire & Cambodge : 29 ans après les accords de paix de Paris

Ce vendredi 23 octobre 2020 marquait le 29e anniversaire de l’accord historique qui a vu la fin des troubles civils qui sévissaient dans le pays depuis les années 1970.

39 ans après les accords de paix de Paris

Fin de la guerre civile

Les accords visaient à mettre fin à la guerre civile entre l’État du Cambodge d’une part et une coalition regroupant les forces khmères rouges (Kampuchéa démocratique), celles du FUNCINPEC (royalistes) et du FNLPK (républicains) d’autre part.

Les accords ont enclenché un processus de transition soutenu par les Nations Unies qui devait conduire le pays vers une démocratie multipartite en 1992, les premières élections devant être supervisées par l’agence multilatérale. Les accords avaient vocation d’ouvrir la voie à une constitution cambodgienne protégeant les droits fondamentaux des citoyens et renforçant l’inclusion politique. Les accords ont été signés dans la capitale française, au Centre des conférences internationales de l’avenue Kléber. Ils étaient présidés par la France et l’Indonésie et ont entraîné la mise sous tutelle du Cambodge par les Nations unies jusqu’à la tenue d’élections et l’adoption d’une constitution. Les accords ont été paraphés par les représentants de l’Organisation des Nations unies et de 18 pays.

Limites

Si les accords ont incontestablement permis de mettre fin à plusieurs décennies de guerre civile et de désarmer le pays, les accords ont ensuite été largement contestés pour leur efficacité. Les nombreux accrocs dans l’histoire post-accords montrent en effet que, en dépit du succès des élections libres de 1993, les diverses factions politiques éprouvaient du mal soit à cohabiter, soit à respecter leurs engagements.

Le premier accroc aura lieu dès novembre 1991 quand, conformément aux accords, les leaders khmers rouges Khieu Samphân et Son Sen se rendent à Phnom Penh pour ouvrir une antenne du mouvement khmer rouge. Ils échappent de justesse au lynchage par une foule furieuse. Leur fuite peu glorieuse sous la protection de la police fera la une de nombreux médias occidentaux.

Peu après, le PPC contestera les résultats des élections de 1993 et des tractations s’engageront avec le prince Sihanouk et le parti royaliste FUNCINPEC. Un compromis politique sera trouvé avec la création de deux postes de Premier ministre et des portefeuilles ministériels répartis de manière équivalente entre les deux principales formations. Si au départ, la cohabitation se passe en apparence relativement bien, plusieurs chefs khmers rouges décident de négocier leur ralliement à un des deux partis au pouvoir au risque de briser le fragile équilibre existant. Le différend dégénérera en conflit armé en 1997 et se conclura par l’éviction du leader royaliste, le prince Norodom Ranariddh.

Critiques

Aujourd’hui, près de trois décennies après la signature, les critiques du régime actuel avancent que tout progrès réalisé en matière de protection des droits de l’homme et de participation politique s’est estompé avec le passage du Cambodge à un État à parti unique de facto. Le groupe de défense ADHOC a déclaré qu’il y avait une grave détérioration des protections des droits de l’homme dans le pays, un principe central de l’Accord de paix de Paris, « en particulier avec la persécution des critiques du gouvernement et le musellement de la liberté d’expression et de réunion ».

Le groupe de défense des droits local Licadho s’est joint à la protestation en citant les récentes arrestations de syndicalistes et défenseurs des droits depuis juillet dernier. L’organisation a qualifié ces arrestations de tentative de réprimer les voix critiques de la réponse du gouvernement à la pandémie et de son impact économique.

Voix du gouvernement

Chin Malin, le porte-parole du ministère de la Justice, a défendu les actions du gouvernement et a vivement critiqué les Cambodgiens ayant des « tendances politiques » pour avoir accusé le système judiciaire de corruption : « Cependant, lorsque nous appliquons la loi à leurs pairs pour avoir enfreint la loi et lorsque le tribunal suit la procédure, ils font pression et appellent le gouvernement à intervenir dans les affaires du tribunal pour les libérer », a-t-il déclaré.

« Cela montre clairement qu’ils effectuent leur travail avec deux poids deux mesures », a ajouté Chin Malin.

Le sénateur du CPP, Sok Eysan, a déclaré de son côté que chaque Cambodgien bénéficiait des protections et de la paix assurées par l’accord de Paris et que toute action d’application de la loi était dirigée contre des ennemis de l’État, qui tentaient de détruire les principes fondamentaux de l’accord : « Pour la protection de l’Accord de paix de Paris, le gouvernement a pris des mesures pour freiner toutes les activités hostiles, ce qui nuirait à l’esprit de cet accord de paix de Paris », a-t-il déclaré.

L’année dernière, le gouvernement a annulé définitivement la fête nationale de l’Accord de paix de Paris, dans le cadre de mesures de réforme visant à augmenter le nombre de jours ouvrables dans l’année.

Des membres de l’opposition en exil profitent de l’anniversaire pour protester contre l’emprise du Cambodge sur la Chine avec des allégations plus spécifiques d’une présence militaire chinoise dans le royaume. Les membres du CNRP dissous ont déclaré qu’ils marquaient la journée avec des manifestations à Paris et dans d’autres pays avec l’ancien président du parti, Sam Rainsy, appelant tous les Cambodgiens à protester contre la présumée présence militaire chinoise au Cambodge.

L’annonce a suscité une vive réaction de la part du Premier ministre Hun Sen, qui visitait les zones touchées par les inondations dans le nord-ouest du pays. Hun Sen a mis en garde contre toute manifestation devant l’ambassade de Chine à Phnom Penh. « Je voudrais dire à ceux qui veulent organiser des manifestations devant l’ambassade de Chine à Phnom Penh de faire attention, je ne plaisante pas avec cela », a-t-il déclaré depuis la province de Banteay Meanchey.

Paternité de la paix

« Félicitations au 29e anniversaire de l’Accord de paix de Paris (23 octobre). Il y a 29 ans, le 23 octobre 1991, les quatre principaux partis cambodgiens ont signé l’accord de paix à Paris, en France, en présence des représentants de 18 pays pour mettre fin à la guerre civile en Cambodge », a écrit Samdech Techo Hun Sen dans un message sur les réseaux sociaux. Toutefois, le chef du gouvernement royal a tenu à préciser une nouvelle fois son rôle joué dans les négociations ayant conduit aux accords de paix :

« Malgré l’Accord de paix de Paris du 23 octobre 1991, le Cambodge a continué de faire face à la guerre civile provoquée par le groupe du Kampuchea démocratique. Mais, la politique gagnant-gagnant lancée à Pailin qui a complètement mis fin à la guerre civile en 1998 et depuis lors, tout le Cambodge a connu jusqu’à présent la paix… »

Le secrétaire d’État au ministère de l’Information, SE Chea Chanboribo, a également partagé ce point de vue sur cet événement historique : « Afin de valoriser le 23 octobre 1991, il est important que le peuple cambodgien comprenne à partir de quel point les réalités du cheminement vers la réalisation de cet accord ont commencé. Les faits historiques ont montré que l’Accord de paix de Paris du 23 octobre 1991 était le résultat de l’initiative de Samdech Techo Hun Sen en 1985 d’entamer des pourparlers avec Samdech Preah Norodom Sihanouk afin de mettre fin au conflit armé entre les Khmers et les Khmers », a-t-il déclaré.

En conséquence, a-t-il ajouté, les négociations entre S.E. Hun Sen et l’ancien roi Samdech Preah Norodom Sihanouk ont eu lieu deux fois, la première le 2 décembre 1987 et la seconde en janvier 1988.

« Par conséquent, nous pouvons conclure que sans ces deux négociations entre Samdech Techo Hun Sen et Samdech Preah Norodom Sihanouk, il n’y aurait pas eu d’accord de paix de Paris du 23 octobre 1991 », a conclu le secrétaire d’État.

Notes et illustrations : VOA Khmer & AKP


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