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Histoire & Cambodge : Trente deux ans après la signature des Accords de Paix de Paris

Ce lundi 23 octobre 2023 marque le 32e anniversaire de l’accord historique qui a vu la fin des hostilités qui sévissaient dans le pays depuis les années 1970. Le Premier ministre Hun Manet a publié hier sur sa page Facebook une vidéo documentaire commémorant les Accords de Paix de Paris.

Signature des Accords de Paix de Paris
Signature des Accords de Paix de Paris
« Aucune guerre ne peut se terminer par l’utilisation d’armes, mais la guerre peut se terminer par des négociations pour la paix », a-t-il écrit.

Fin de la guerre civile

Les accords visaient à mettre fin à la guerre civile entre l’État du Cambodge d’une part et une coalition regroupant les forces khmères rouges (Kampuchea démocratique), celles du FUNCINPEC (royalistes) et du FNLPK (républicains) d’autre part.

Les accords avaient alors enclenché un processus de transition soutenu par les Nations Unies qui devait conduire le pays vers une démocratie multipartite en 1992, les premières élections devant être supervisées par l’ONU. Les accords avaient vocation d’ouvrir la voie à une constitution cambodgienne protégeant les droits fondamentaux des citoyens et renforçant l’inclusion politique.

Les accords ont été signés dans la capitale française, au Centre des conférences internationales de l’avenue Kléber. Ils étaient présidés par la France et l’Indonésie et ont entraîné la mise sous tutelle du Cambodge par les Nations unies jusqu’à la tenue d’élections et l’adoption d’une constitution. Les documents ont été paraphés par les représentants de l’Organisation des Nations unies et de 18 pays.

Signature des Accords de Paix de Paris
Signature des Accords de Paix de Paris

Limites

Si les accords ont incontestablement permis de mettre fin à plusieurs décennies de guerre civile et de désarmer le pays, ceux-ci ont ensuite été largement contestés pour leur efficacité. Les nombreux accrocs dans l’histoire post-accords montrent en effet que, en dépit du succès des élections libres de 1993, les diverses factions politiques éprouvaient du mal soit à cohabiter, soit à respecter leurs engagements.

Le premier accroc aura lieu dès novembre 1991 quand, conformément aux accords, les leaders khmers rouges Khieu Samphân et Son Sen se rendent à Phnom Penh pour ouvrir une antenne du mouvement khmer rouge. Ils échappent de justesse au lynchage par une foule furieuse. Leur fuite peu glorieuse sous la protection de la police fera alors la une de nombreux médias occidentaux.

Peu après, le Parti du Peuple Cambodgien (PPC) mené par Hun Sen contestera les résultats des élections de 1993 et des tractations s’engageront avec le prince Sihanouk et le parti royaliste FUNCINPEC. Un compromis politique sera trouvé avec la création de deux postes de Premier ministre et des portefeuilles ministériels répartis de manière équivalente entre les deux principales formations.

Si au départ, la cohabitation se passe en apparence relativement bien, plusieurs chefs khmers rouges décident de négocier leur ralliement à un des deux partis au pouvoir au risque de briser le fragile équilibre existant. Le différend dégénérera en conflit armé en 1997 et se conclura par l’éviction du leader royaliste, le prince Norodom Ranariddh.

Critiques et réponses

Aujourd’hui, plus de trois décennies après la signature, les critiques du parti au pouvoir avancent que tout progrès réalisé en matière de protection des droits de l’homme et de participation politique s’est estompé avec le passage du Cambodge à un état à parti unique de facto.

Le groupe de défense ADHOC déclarait en 2020 qu’il existait une grave détérioration des protections des droits de l’homme dans le pays, un principe central de l’Accord de paix de Paris, « en particulier avec la persécution des critiques du gouvernement et le musellement de la liberté d’expression et de réunion ».

Le groupe de défense des droits local Licadho s’était joint à la protestation en citant plusieurs arrestations de syndicalistes et défenseurs des droits en 2022. L’organisation avait qualifié ces actes de « tentative de réprimer les voix critiques de la réponse du gouvernement à la pandémie et de son impact économique ».

Chin Malin, à l’époque porte-parole du ministère de la Justice, avait défendu lors du symbolique 30e anniversaire, les actions du gouvernement et critiquait vivement les Cambodgiens ayant des « intentions politiques » en accusant le système judiciaire de corruption.

Le porte-parole du PPC de l’époque, Sok Eysan, avait déclaré de son côté que chaque Cambodgien bénéficiait des protections et de la paix assurées par l’accord et que toute action d’application de la loi était dirigée contre des ennemis de l’État, qui tentaient de détruire les principes fondamentaux de l’accord :

« Pour la protection des Accords de Paix de Paris, le gouvernement a pris des mesures pour freiner toutes les activités hostiles, ce qui nuirait à l’esprit de cet accord ».

Des membres de l’opposition en exil utilisent régulièrement cet anniversaire pour protester contre le partenariat avec la Chine avec des allégations plus spécifiques d’une présence militaire chinoise dans le royaume.

À nouveau, l’opposant en exil Sam Rainsy s’est exprimé sur cet anniversaire, déclarant publiquement lors d’une marche dans la capitale française ce weekend : « L’accord de paix de Paris est toujours d’actualité, tous les signataires doivent respecter cet accord du 23 octobre 1991. Il s’agit d’un traité international fondé sur le droit qui vise à garantir une véritable paix au Cambodge, afin que le peuple khmer connaisse la liberté et la justice dans le cadre d’un régime qui adhère à une véritable démocratie ».

Paternité de la paix

Le 23 octobre 1991, les quatre principaux partis cambodgiens ont signé l’accord de paix à Paris, en présence des représentants de 18 pays pour mettre fin à la guerre civile en Cambodge », avait écrit Samdech Techo Hun Sen dans un message sur les réseaux sociaux. Toutefois, l'ancien chef du gouvernement royal avait tenu à préciser une nouvelle fois son rôle joué dans les négociations ayant conduit aux accords de paix :

« Malgré l’Accord de paix de Paris du 23 octobre 1991, le Cambodge a continué à faire face à la guerre civile provoquée par le groupe du Kampuchea démocratique ».

« Mais, la politique gagnant-gagnant lancée à Pailin a mis fin à la guerre civile en 1998 et depuis lors, tout le Cambodge a connu la paix … »

Le secrétaire d’État au ministère de l’Information, S.E. Chea Chanboribo, partageait ce point de vue sur cet événement historique :

« Afin de valoriser le 23 octobre 1991, il est important que le peuple cambodgien comprenne à partir de quel point les réalités du cheminement vers la réalisation de cet accord ont commencé ». Les faits historiques ont montré que l’Accord de paix de Paris du 23 octobre 1991 était le résultat de l’initiative de Samdech Techo Hun Sen en 1985 avec des pourparlers entre Norodom Sihanouk et lui-même afin de mettre fin au conflit armé entre les Khmers et les Khmers », disait-il.

En conséquence, ajoutait-il, les négociations entre S.E. Hun Sen et l’ancien roi Samdech Preah Norodom Sihanouk ont eu lieu deux fois, la première le 2 décembre 1987 et la seconde en janvier 1988.

« Par conséquent, nous pouvons conclure que sans ces deux négociations entre S.E. Hun Sen et S.A.R. Norodom Sihanouk, il n’y aurait pas eu d’accord de paix de Paris du 23 octobre 1991 »

Trentième anniversaire

Lors du 30e anniversaire de ces accords, alors que le pays semblait plus préoccupé par la crise sanitaire et la reprise des activités économiques, Le sentiment vis-à-vis de cette commémoration semblait avoir peu changé.

À travers un message à l’Agence Kampuchéa Presse, le gouvernement rappelait que :

« Les responsables cambodgiens sont conscients de l’importance de l’Accord de paix de Paris du 23 octobre et appellent à la fin des manipulations politiques de ces accords et à l’acceptation de la réalité dans un effort collectif pour le développement du Cambodge ».

L'ancien ministre de l’Information, S.E. Khieu Kanharith, qui avait également assisté au processus d’accord, avait souligné avec force que l’affirmation selon laquelle le gouvernement royal considérait les accords comme acquis était de la désinformation :

« Le gouvernement royal chérit profondément les accords dans la mesure où il en a intégré l’esprit dans la Constitution et a continué à renforcer la démocratie du pays en s’appuyant sur ces accords »

Au ministère de l'Information, on estime qu’au lieu d’induire le public en erreur, certains politiciens devraient saisir l’occasion du 23 octobre pour reconnaître les acteurs clés qui ont fait de nombreux sacrifices pour les accords de paix, notamment l'ancien Premier ministre Hun Sen et le défunt roi Samdech Preah Norodom Sihanouk.

Aujourd'hui

Le porte-parole du gouvernement, Pen Bona, annonce que la commémoration des Accords de paix de Paris se ferait cette année sous la forme d'images promotionnelles, de vidéos, de documents et d'interviews liés aux Accords de paix de Paris. Il rappelle que les accords de paix de Paris ont conduit aux élections générales de 1993 et à l'établissement d'une constitution pour le Cambodge sous l'égide de l'APRONUC, mais que « ces accords n'ont pas apporté une paix complète au Cambodge en raison du mouvement des Khmers rouges, ce n'est qu'en 1998 que le pays est parvenu à une paix durable grâce à la politique du gouvernement "gagnant-gagnant" initiée par M. Hun Sen ».

Le 23 octobre a été inscrit comme jour férié en 2012 après le décès du roi père Norodom Sihanouk le 15 octobre de la même année, mais en 2020, il a été supprimé de la liste afin de réduire le nombre de jours fériés.

Notes et illustrations : VOA Khmer & AKP

2 Comments

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À ce jour lHun Seng, un ancien khmer rouge emprisonne toujours son peuple si ils osent contredire ou s’opposer à son régime de dictature. Après plus de 35 ans qui s’autorise proclamé premier ministre, maintenant il lègue son poste à son fils. Alors où sont les accords tels que signé!?…

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stephane pereira
stephane pereira
Oct 23, 2021

Le Cambodge ne pourra pas être un pays heureux tant que l’actuelle gouvernance réfutera toute notion de liberté d’expression et musèlera tout parti d’opposition.

Et user de moyens douteux.

il faut un autre parti, un autre leader.

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