Histoire : 50 ans après, ces bombes qui frappent encore les Cambodgiens

« Je ne voulais pas que mes enfants jouent avec les bombes, alors je les ai ramassées, et l'une d'elle a explosé. Elle m’a arraché les deux bras et m’a rendu totalement aveugle », raconte Yan Sam En, un agriculteur cambodgien.

Une bombe américaine laissée par la guerre est récupérée dans le fond d'une rivière dans la province de Kandal (Photo de Phearum/Xinhua)
Une bombe américaine laissée par la guerre est récupérée dans le fond d'une rivière dans la province de Kandal (Photo de Phearum/Xinhua)

Yan Sam En est un agriculteur du district de Chetr Borei, dans le nord-est du Cambodge. Un jour, il y a près de 20 ans, ce père de cinq enfants travaillait dans la forêt près de sa maison lorsqu’il a trouvé quatre bombes à fragmentation, des restes non explosés des bombardements américains au sol qui ont dévasté la région dans les années 1960.

Quelqu’un d’inutile

« Je ne voulais pas que mes enfants jouent avec les bombes, alors je les ai ramassées, et ce faisant, l’une d’elles a explosé. Elle m’a soufflé les deux bras et m’a laissé totalement aveugle », déclare Sam En.

« J’avais 43 ans. J’ai presque 61 ans maintenant, mais le temps ne m’a pas guéri. »

Sam En confie qu’il n’a été qu’un fardeau pour sa famille depuis l’explosion. Il ne peut rien faire. Il reste assis à la maison toute la journée. « Les États-Unis m’ont privé de tout. En quelques secondes, je suis passé de soutien de famille à une personne inutile ».

Les bombes à fragmentation qui ont coûté les yeux et les bras de Sam En ne sont qu’un rappel des innombrables bombes que les États-Unis ont lâché sur le Cambodge pendant la guerre du Vietnam.

Entre 1965 et 1973, les États-Unis ont largué 230 516 bombes sur le Cambodge. Au cours du seul mois d’avril, au moins cinq bombes américaines Mk 82, pesant environ 150 kg chacune, ont été découvertes dans le pays. Le 5 mai, une équipe cambodgienne de démineurs a retiré une bombe américaine d'une tonne de la rivière Chaktomuk, en face du Palais royal de Phnom Penh.

Les douilles de bombes américaines laissées par la guerre et d'autres munitions sont exposées lors d'un événement à Phnom Penh.. (Photo de Phearum/Xinhua)
Les douilles de bombes américaines laissées par la guerre et d'autres munitions sont exposées lors d'un événement à Phnom Penh.. (Photo de Phearum/Xinhua)

« À cette époque, j’ai vu des avions de guerre américains voler dans tous les sens. Ils larguaient des bombes pour couper les routes et les ponts », raconte Sam En. « Nous vivions dans la peur tous les jours et courions nous cacher dans des tranchées lorsque nous entendions les avions ».

Sam En affirme que les États-Unis n’ont apporté aucun soutien aux victimes comme lui de leurs bombes abandonnées.

Une guerre vicieuse et non déclarée

Le Premier ministre Hun Sen a écrit dans son livre « 10 ans de voyage au Cambodge, 1979-1989 » que les bombardements ont tué « des dizaines de milliers de civils » dans une « guerre vicieuse et non déclarée ».

Ly Thuch, premier vice-président de l’Autorité cambodgienne d’action contre les mines et d’assistance aux victimes (CMAA), a déclaré que le Cambodge souffrait toujours de l’énorme héritage de la guerre américano-vietnamienne et des conflits internes du Cambodge :

« Il y a beaucoup de bombes éparpillées sur le sol, sous le sol et dans l’eau. Nous n’avons même pas encore effectué une recherche à grande échelle des bombes sous-marines ».

« Les munitions non explosées représentent un danger constant. Les villages, les terres agricoles et les rizières contiennent encore des restes explosifs de guerre et les terres touchées ne peuvent pas être cultivées », a-t-il ajouté.

Joseph Matthews, de l’Université internationale BELTEI de Phnom Penh, explique qu’à cause des bombes américaines, de nombreuses personnes ont perdu la vie ou ont été mutilées. Selon le CMAA, de 1979 à mars 2022, les munitions non explosées et les mines terrestres ont tué 19 816 personnes et en ont blessé 45 175 autres au Cambodge.

Une bombe américaine laissée par la guerre est récupérée dans le lit d'une rivière dans la province de Kandal. (Photo de Phearum/Xinhua)
Une bombe américaine laissée par la guerre est récupérée dans le lit d'une rivière dans la province de Kandal. (Photo de Phearum/Xinhua)

« Je crois fermement que les États-Unis sont moralement responsables de la souffrance de ces personnes et qu’ils sont éthiquement et légalement tenus d’indemniser proprement les familles de ceux qui ont perdu la vie ou ont été mutilés par ces munitions non explosées et ces mines terrestres », a déclaré Matthews à Xinhua.

Des blessures à guérir

Chhum Thea a aujourd’hui 62 ans. Il a perdu son bras gauche à cause d’une mine dans la province de Kampong Cham en 1990.

« Les avions américains ont souvent bombardé mon village pendant la guerre. Le sol tremblait comme s’il s’agissait d’un tremblement de terre », raconte-t-il, ajoutant :

Les bombes ont causé d’énormes destructions. Les États-Unis doivent aider le Cambodge et dédommager les victimes innocentes. Je veux que les États-Unis guérissent les blessures qu’ils ont créées. »

Xinhua

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