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EuroCham & Cambodge : Phnom Penh accélère son agenda de réformes économiques face aux investisseurs européens

Lors du 4ᵉ Dialogue public-privé Cambodge-Europe, le gouvernement cambodgien a soldé deux dossiers sensibles et ouvert quatre nouveaux chantiers réglementaires, sous le regard attentif d'EuroCham.

le vice-Premier ministre Sun Chanthol
Au centre, le vice-Premier ministre Sun Chanthol

La salle du Conseil pour le développement du Cambodge (CDC) a accueilli, ce mardi, une rencontre que les participants eux-mêmes qualifient d'inédite par sa densité. Le 4ᵉ Dialogue public-privé Cambodge-Europe a réuni hauts fonctionnaires, diplomates européens et dirigeants d'entreprises autour d'un ordre du jour copieux : fiscalité, facilitation du commerce, chaînes d'approvisionnement vertes, santé et simplification réglementaire.

La séance, ouverte par le vice-Premier ministre Sun Chanthol, par le président d'EuroCham Cambodge Tassilo Brinzer et par le chef adjoint de la délégation de l'Union européenne Andreas Berg, a rapidement pris une tournure que les habitués de l'exercice n'avaient pas connue jusqu'ici.

« Ce 4ᵉ Dialogue public-privé Cambodge-UE a probablement été le plus solide en termes de contenu, de discussion et de décisions à ce jour. L'équipe du CDC, sous la direction de Son Excellence Sun Chanthol et de Son Excellence Keo Rottanak, a été d'une grande efficacité et d'une grande clarté dans ses réponses », résume Tassilo Brinzer, président d'EuroCham Cambodge.

« Certaines questions seront clarifiées par l'équipe d'EuroCham dans les mois à venir, d'autres pourront être approfondies avec les ministères concernés. Dans l'ensemble, nous sommes très satisfaits du format de la discussion et de la profondeur des résultats obtenus. »

Deux dossiers enfin clos

Le gouvernement a profité de l'ouverture des débats pour annoncer la résolution de deux contentieux anciens. Le premier concerne la définition juridique du « véhicule neuf », une zone grise réglementaire longtemps exploitée par des importateurs parallèles au détriment des distributeurs agréés. Un alignement technique entre la Direction générale des douanes et accises (GDCE) et le ministère du Commerce a permis de clarifier les critères applicables.

Le second dossier touche aux promotions à couvercle ouvert pour les boissons alcoolisées et non alcoolisées. Après une mobilisation soutenue d'EuroCham — dont une lettre adressée au Premier ministre en mars 2025 — ces pratiques seront officiellement interdites à compter du 1er octobre 2026, en vertu du Prakas 4528 émis par le ministère de l'Économie et des Finances. Les brasseurs européens, confrontés à une concurrence jugée déloyale au regard de leurs propres politiques de consommation responsable, ont salué cette décision.

Énergie renouvelable : un dossier à mi-chemin

Sur le terrain plus délicat des certificats d'énergie renouvelable (REC), absents du marché cambodgien depuis 2025 et pénalisant la capacité des entreprises européennes à documenter la décarbonation de leurs chaînes d'approvisionnement, le ministère des Mines et de l'Énergie s'est engagé à poursuivre les discussions sur les modalités de tarification, de disponibilité et de transition vers un cadre REC reconnu à l'international, attendu plus tard dans l'année. Le dossier demeure donc partiellement résolu.

Simplification administrative : des chiffres qui interpellent

Le chantier de réduction des lourdeurs bureaucratiques, lancé avec le soutien du CDC à l'issue de la précédente édition du dialogue, a permis d'identifier cinq zones d'action prioritaires : les Projets d'investissement qualifiés (QIP) et l'enregistrement des entreprises en ligne, les licences sectorielles, les certificats d'origine, les permis d'exposition commerciale, et l'exigence de secrétaire de société — ce dernier point désormais résolu.

Un chiffre retient particulièrement l'attention : selon EuroCham, 59 % des documents requis pour l'enregistrement QIP et l'immatriculation des entreprises seraient actuellement réclamés à plusieurs reprises par des administrations différentes. Le CDC s'est engagé à travailler avec la chambre de commerce pour améliorer le partage de données via des portails numériques et réduire ces doublons administratifs.

Sur la facilitation commerciale, le comité Transport et Logistique d'EuroCham a soulevé des questions précises sur l'interopérabilité des plateformes douanières et l'intégration des ministères sectoriels au Guichet unique national du Cambodge (CNSW). Le port autonome de Sihanoukville reste également sous surveillance, avec des interrogations persistantes sur le fonctionnement des douanes en continu, l'intégration du système de réservation des portails, les incitations ferroviaires et l'accès aux voies express.

Textile : un gisement de 126 millions de dollars

Le secteur du recyclage textile a occupé une place notable dans les échanges. Le secteur du vêtement cambodgien génère annuellement 200 000 tonnes de déchets textiles, mais la fiscalité actuelle — TVA et droits de douane à l'importation — rend le transfert de ces matériaux vers des installations de recyclage formelles peu rentable sur le plan commercial. EuroCham a identifié une piste de solution dans le cadre de la loi sur l'investissement existante et sollicité une première rencontre avec le département QIP concerné, en vue d'un mécanisme de transfert de matériaux susceptible de débloquer un marché évalué à 126 millions de dollars.

« J'ai eu le plaisir de participer au 4ᵉ Dialogue public-privé Cambodge-UE au Conseil pour le développement du Cambodge, au nom du comité Habillement et Manufacture d'EuroCham », explique Emerald Am, président du comité.

« Nos discussions ont mis en lumière l'importance de faire progresser le recyclage des déchets textiles et d'explorer des solutions concrètes pour les transferts de matériaux recyclables entre QIP, à la suite d'une évaluation conjointe menée avec la Direction générale de la fiscalité, la Direction générale des douanes et accises, la GIZ et l'équipe d'EuroCham. Alors que le Cambodge continue de renforcer sa position comme destination d'approvisionnement responsable, la durabilité et les initiatives d'économie circulaire seront de plus en plus déterminantes pour répondre aux attentes des marques et distributeurs européens à l'horizon 2030. »

Quatre nouveaux chantiers à l'ordre du jour

Cette édition a également vu l'introduction de quatre nouvelles revendications. Le comité Fiscalité et Gouvernance d'EuroCham a porté la question de l'acompte d'impôt de 1 % sur le revenu, actuellement calculé sur le chiffre d'affaires brut plutôt que sur la rentabilité réelle. La chambre plaide pour un basculement de l'assiette fiscale vers le bénéfice avant impôt, afin de mieux refléter la réalité économique des entreprises, en particulier dans les secteurs à faible marge.

EuroCham a par ailleurs pointé l'absence d'une cour d'arbitrage commercial accessible aux entreprises internationales, tout en saluant les premiers travaux du ministère de la Justice sur ce mécanisme et en proposant son expertise pour l'accompagner.

Le comité Santé a, de son côté, encouragé le ministère de la Santé à reconnaître formellement les évaluations techniques émises par des autorités réglementaires reconnues, telles que l'Agence européenne des médicaments (EMA) — une réforme qui pourrait ramener les délais d'homologation de 22-26 mois actuellement à une fourchette de 14 à 16 mois.

« Le Cambodge a une opportunité claire de rendre l'homologation pharmaceutique plus intelligente, pas plus permissive », souligne le docteur Elias Engelking, co-président du comité Santé d'EuroCham.

« Lorsqu'un médicament a déjà fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux par l'EMA, la FDA américaine ou la PMDA japonaise, le Cambodge devrait pouvoir s'appuyer sur cette évaluation de confiance, tout en continuant à protéger la sécurité des patients. Il ne s'agit pas d'abaisser les standards. Il s'agit d'utiliser l'excellence réglementaire mondiale pour renforcer le système cambodgien et concentrer une capacité réglementaire limitée là où elle compte le plus. »

Enfin, le comité des Biens de consommation à rotation rapide a demandé l'instauration d'un âge légal minimum pour l'achat d'alcool, rappelant que le Cambodge demeure le seul État membre de l'ASEAN dépourvu d'une telle législation. Le ministère du Commerce a indiqué étudier la possibilité d'un sous-décret fixant cet âge à 18 ans, conformément aux standards internationaux.

Un dialogue qui se veut sincère

En clôture, le vice-Premier ministre Sun Chanthol a réaffirmé l'engagement du gouvernement envers ce dialogue : « Nous sommes engagés dans ce dialogue sincère et accueillons favorablement les recommandations de la communauté d'affaires européenne. Certaines questions peuvent être traitées immédiatement, d'autres prendront du temps, et d'autres encore bénéficieront de l'expertise d'EuroCham sur les meilleures pratiques internationales. EuroCham est un véritable ambassadeur de bonne volonté pour le Cambodge dans l'attraction des investissements directs étrangers, et nous continuerons à travailler ensemble pour renforcer la position du Cambodge comme destination d'investissement international. »

Les deux parties se sont engagées à maintenir un dialogue technique sur l'ensemble des dossiers ouverts, dans la perspective d'une cinquième édition du PPSD.

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