Dossier : La conservation marine au Cambodge, espoirs et menaces sur un avenir durable
- La Rédaction

- 14 oct.
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Le littoral cambodgien, berceau d’une biodiversité marine unique, fait face à l’un de ses plus grands défis : la dégradation accélérée de ses habitats côtiers. Prairies de herbiers marins, récifs coralliens et bancs de bivalves constituent des écosystèmes clés, assurant non seulement un équilibre écologique, mais aussi la survie économique de nombreuses communautés locales.

Pourtant, ces précieux milieux subissent une perte dramatique, directement liée à la pêche destructrice et à des pressions environnementales cumulées, mettant en péril la richesse naturelle et le futur bleu du Cambodge.
La dévastation par la pêche destructive
L’image est alarmante : pêche illégale, chalutage de fond, dynamite et pêche au cyanure multiplient les impacts dévastateurs. Le chalutage commercial, interdit dans les eaux de moins de 20 mètres de profondeur, continue pourtant de ravager les fonds marins, détruisant les habitats benthiques essentiels à la faune marine.
Cette technique augmente aussi la turbidité des eaux, privant les herbiers marins et les coraux de la lumière vitale nécessaire à leur photosynthèse, et fragilisant davantage ces écosystèmes. En conséquence, la biomasse de poissons diminue, affectant les petits pêcheurs traditionnels dont les moyens de subsistance dépendent étroitement de la santé de la mer.
Des initiatives communautaires et la lutte pour la protection
Face à cette crise, des acteurs engagés comme Marine Conservation Cambodia (MCC) se mobilisent pour inverser la tendance. Le modèle de l'économie bleue, longtemps basé sur des pratiques de pêche durable à petite échelle, est mis à mal par l’intensification des activités illégales. MCC a joué un rôle crucial dans la création de la Zone de Gestion des Pêches Marines de Kep (MFMA), une aire marine protégée où la pêche destructive est limitée et où ne subsistent que des activités à petite échelle, protégées par des structures innovantes.
Les structures anti-chalutage : une solution prometteuse
Parmi les outils utilisés, les Structures de Productivité des Pêches (FPS) apparaissent comme une réponse innovante et adaptée. Ces structures en béton, installées sous l'eau, empêchent les filets de chalutage de fond de ravager les habitats fragiles.

Leur efficacité a été constatée notamment dans la région de Kep, où elles favorisent la régénération des herbiers marins et améliorent les prises des pêcheurs locaux. Ces résultats offrent un espoir tangible, non seulement pour le Cambodge, mais aussi pour d’autres régions côtières confrontées au même fléau.
Une étude inédite sur les habitats benthiques
Une étude récente menée sur plus de 62 000 hectares le long de la côte cambodgienne a permis d’établir un premier inventaire rigoureux des herbiers marins, coraux et bancs de bivalves. Les résultats sont frappants : une chute de 39% de la couverture des herbiers marins à Kampot entre 2013 et 2023, soulignant l'urgence d’intervenir. Cependant, dans les zones protégées par les FPS au sein de la MFMA de Kep, des signes de régénération apparaissent, confirmant l’impact positif de ces structures.
La profondeur et le type de substrat : facteurs déterminants
Les habitats benthiques sont fortement influencés par la profondeur et la nature du fond marin. Les herbiers se trouvent principalement en eaux peu profondes, là où les chalutiers ne peuvent opérer. Là où les FPS sont déployées, ces herbiers s’installent même à des profondeurs plus importantes, signe de restauration en cours. En parallèle, les sédiments vaseux ont un effet négatif prononcé en réduisant la clarté de l’eau et la lumière disponible, essentiels à la photosynthèse des herbiers.

Une richesse de biodiversité exceptionnelle
Le Cambodge abrite une diversité remarquable de herbiers marins, avec au moins dix espèces recensées dans la région, parmi lesquelles Thalassia hemprichii et Enhalus acoroides dominent. Cette richesse est comparable à celle des écosystèmes les plus complexes de la planète, faisant de cette zone un hotspot de la biodiversité marine. Cependant, cette diversité est fragile et dépend directement de mesures de conservation efficaces.
Vers une économie bleue durable
Cette recherche souligne que la pérennité de l’économie bleue cambodgienne repose sur la protection et la restauration des habitats côtiers. Au-delà de leur valeur écologique, les herbiers marins sont des puits de carbone essentiels dans la lutte contre le changement climatique, capables de stocker de grandes quantités de CO2. Leur préservation est donc un enjeu environnemental, économique, mais aussi climatique, crucial pour les objectifs nationaux.
Perspectives et engagements
Le combat contre le chalutage illégal nécessite un renforcement des efforts de surveillance et de gestion des aires marines protégées. La poursuite du déploiement des FPS, combinée à une meilleure intégration des communautés locales dans le suivi et la gestion, est au cœur des stratégies recommandées. En multipliant ces approches à l’échelle régionale, le Cambodge peut devenir un modèle pour l’Asie du Sud-Est et au-delà, démontrant qu’une conservation pragmatique et locale peut coexister avec une économie marine prospère.
Une mobilisation collective
Enfin, l’adhésion et le soutien des communautés locales sont des piliers de cette réussite. Les pêcheurs eux-mêmes approuvent et participent aux initiatives de conservation, reconnaissant que leur survie dépend étroitement de la sauvegarde des écosystèmes marins. Ce partenariat bottom-up, entre acteurs de terrain et experts, démontre la voie à suivre pour protéger ces trésors marins tout en assurant la sécurité alimentaire et économique des populations côtières.







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