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Diaspora : Kouryou Ngin, du breakdance aux cascades d'Hollywood

il y a 45 minutes
4 min de lecture

Son nom ne figure pas en haut des affiches. On le trouve plus bas, dans les génériques des cascadeurs, des danseurs, des seconds rôles. Kouryou Ngin, artiste d'origine cambodgienne formé dans la rue puis sur les scènes new-yorkaises, s'est construit une carrière rare : celle d'un corps au service du cinéma d'action américain.

Kouryou Ngin, passionné de voitures, pratique aussi la cascade automobile
Kouryou Ngin, passionné de voitures, pratique aussi la cascade automobile

Un parcours né dans le breakdance

Tout commence par la danse. Kouryou Ngin se met au breakdance et au b-boying dès le collège. Après le lycée, il poursuit sa formation en hip-hop dans des studios aux États-Unis et à l'étranger, notamment à Toronto et à Tokyo.

De retour aux États-Unis, il monte un crew avec des amis. Le groupe enseigne et participe à des compétitions dans la région de Washington, du Maryland et de la Virginie. Kouryou commence ensuite à donner des cours de hip-hop et à entraîner des équipes de compétition dans des studios locaux.

Le tournant arrive par hasard. Des professeurs itinérants du Broadway Dance Center le repèrent. Il part alors à New York pour s'y former, y devient assistant enseignant et se produit avec l'Alvin Ailey American Dance Theater. Sa fiche professionnelle situe ces prestations en 2012, 2013 et 2014.

De la danse à la caméra

New York ne le garde pas longtemps en arrière-plan. Venu pour danser, il attire vite l'attention d'agents et de réalisateurs. Il passe du statut de danseur de fond à celui d'acteur et de mannequin face caméra.

Les clips suivent. Il danse et joue dans des vidéos de Thalía, Maluma, des Red Hot Chili Peppers, puis de Dua Lipa. La publicité aussi. Il cite parmi ses clients Nike, Samsung, Facebook, Gillette et Protein World. Bose, Budweiser et Bacardi figurent également sur la liste.

Le Muay Thai en héritage

Derrière le danseur, il y a un combattant. Enfant, il regarde des films d'action et d'arts martiaux avec son père. Ses modèles s'appellent Rocky Balboa, Mohamed Ali, Bruce Lee et Jackie Chan.

Il s'entraîne à la boxe et grandit dans la culture cambodgienne, où la boxe khmère tient une place centrale. Frappeur de nature, il ajoute ensuite la lutte et le jiu-jitsu brésilien pour passer au MMA. Il boxe depuis ses 15 ans, a combattu en amateur et a été coach au UFC Gym de Hoboken. Sa formation martiale passe aussi par l'Everlast Boxing et la Renzo Gracie Academy.

Son CV professionnel le présente d'ailleurs comme d'origine cambodgienne et japonaise.

Cascadeur pour Marvel et Jackie Chan

La combinaison danse et combat mène naturellement aux cascades. Installé comme acteur et cascadeur à New York, il devient aussi coordinateur de cascades et chorégraphe.

Ses crédits télévisés s'allongent. Il apparaît dans A Crime to Remember, dans les séries Marvel Daredevil, Luke Cage et The Punisher, puis dans Power Book II: Ghost et Blue Bloods.

Au cinéma, deux titres marquent son parcours. Il fait des cascades dans Vanguard, le film de Jackie Chan, et tient un rôle dans The Misfits avec Pierce Brosnan. Pour ce dernier, le tournage l'emmène aux Émirats arabes unis, entre les déserts et les villes d'Abou Dhabi et de Dubaï. On le voit à l'écran se battre et conduire en cascade.

Sur les plateaux, il côtoie des pointures du métier. Il a travaillé avec Viktor Ivanov, coordinateur sur La Mort dans la peau, avec l'équipe de cascadeurs de Jackie Chan et avec James Lew, de Luke Cage.

La liste de ses compétences donne le vertige. Elle inclut les cascades de feu, les chocs avec des véhicules, les roulades sur un capot, les dérapages et les poursuites en voiture.

Kouryou Ngin, acteur, danseur et cascadeur khmer-américain
Kouryou Ngin, acteur, danseur et cascadeur khmer-américain

« My Asian », un court métrage qui parle de lui

En 2022, Kouryou Ngin danse dans « My Asian ». Le court métrage est réalisé par Jami Ramberan et écrit par Suzen Baraka. Le film dénonce les injustices subies par les Américains d'origine asiatique, des micro-agressions du quotidien jusqu'aux violences.

Le film circule en festival. Il est sélectionné à l'Urbanworld Film Festival, au Pan African Film Festival et au Mixed Asian Media Film Festival. Au Micheaux Film Festival 2022, il remporte le prix dans la catégorie performance ou expérimental. Il est aussi distingué aux Webby Awards.

Devant et derrière la caméra

Kouryou Ngin ne se limite pas au jeu. Il réalise aussi des films et fait du montage. Pour le jeu dramatique, il s'est formé auprès d'Anthony Abeson à New York et de Howard Fine à Los Angeles. En 2021, il se présentait comme un artiste new-yorkais désormais installé à Los Angeles.

Son CV mentionne d'autres cordes. Il anime des spectacles, des jeux, des conventions Comic-Con et des tables rondes, fait du doublage et de l'improvisation. Sur Instagram, il se définit comme un conteur professionnel et affiche son partenariat avec la marque de sports de combat Hayabusa.

Une lignée discrète

Kouryou Ngin s'inscrit dans une histoire plus large. Celle des artistes de la diaspora khmère qui travaillent dans l'industrie américaine, souvent loin des projecteurs. Haing S. Ngor, oscarisé pour La Déchirure, en reste la figure fondatrice. Plus récemment, le chorégraphe khmer-américain D.Y. Sao a entraîné des acteurs pour Shang-Chi et Everything Everywhere All at Once. Cambodge Mag a aussi consacré un portrait à l'actrice Chanty Sok, née dans le Bronx en 1984.

Kouryou Ngin n'a pas encore tenu de premier rôle. Son nom circule surtout dans les fiches de casting et les génériques de fin. Sa filmographie, elle, continue de s'étoffer.

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