Culture : La Triennale art nOmad « natte-nappe » débute son voyage cambodgien à travers la France

En partenariat avec l’Institut français du Cambodge, la 3e édition de la Triennale art nOmad fera voyager des artistes contemporains cambodgiens issus de toutes les disciplines : cinéastes, plasticiens, photographes, stylistes, musiciens, danseurs à travers l’hexagone.

Sreymao Sao, Last family's foto. Photographie plasticienne, dimensions variables.	Remissa Mak, série « Left Three Days », 2016. Photographie, dimensions variables.
Sreymao Sao, Last family's foto. Photographie plasticienne et Remissa Mak, série « Left Three Days », 2016.

Le thème de cette triennale : « natte-nappe », un concept développé et mis en œuvre par l’Institut français du Cambodge ces derniers mois.

Après une double inauguration à Paris et à Limoges, le van art nOmad partira de Bordeaux le 12 octobre 2021 pour ensuite faire escale à Lectoure, Colomiers, Toulouse, Sète et Nice. Sur chaque étape du parcours, en plus de l’exposition, seront déployés des ateliers d’arts plastiques ouverts à tous, des tables rondes et des projections de courts et longs métrages. La 2e Seconde phase de cette exposition itinérante est prévue en 2022 au Cambodge.

Le mot et la sélection de Valentin Rodriguez, commissaire performatif invité

« nattes – nappes », une sélection Extrême-Orient – Occident

Cette troisième édition de la Triennale art nOmad pourrait être un plaidoyer pour l’agir interculturel, le transnational, le grandir ensemble en croisant les cultures et les territoires. À travers la mise en dialogue de deux éléments phares — la « natte » en Asie (support sur lequel la vie individuelle et sociale s’articule, espace sur lequel on dort, mange, converse, enseigne…) et la « nappe » en France (support des repas, moments privilégiés des réunions familiales, amicales ou professionnelles, symbole de convivialité et de partage) — il s’agit de tisser des liens entre des artistes d’Extrême-Orient et d’Occident (qu’ils soient cinéastes, plasticiens, photographes, stylistes, musiciens, danseurs…), des universitaires, des acteurs culturels, des étudiants et des publics diversifiés, afin de construire une œuvre collective et performative, tout en échangeant et en s’interrogeant sur nos différents modes de créations ancestraux et actuels, et les enjeux sociaux, politiques et philosophiques auxquels ils répondent ou sont confrontés.

Les ONG françaises Pour un sourire d’enfant (qui a pour mission de sortir les enfants cambodgiens de l’extrême misère et de les conduire à un métier qualifié), Enfants d’Asie (qui permet l’accès à une éducation de qualité à des enfants défavorisés d’Asie du SudEst) et Sipar (qui contribue à la lutte contre l’illettrisme et au développement de la lecture pour tous au Cambodge) sont associées au projet, tout comme les Instituts français de Paris et du Cambodge.

Juliette Buchez (journaliste multimédia correspondante au Cambodge) et Éléonore Sok-Halkovich (journaliste et photographe installée au Cambodge), apportent quant à elles leurs analyses sur les œuvres et les artistes présentés et rencontrés.

« nattes – nappes », la phase 1 de cette triennale en 2021, diffuse donc à la fois des œuvres de la scène artistique d’Asie du Sud-Est et des œuvres européennes, via des dispositifs de présentation en mouvement et reliés les uns aux autres, au fil d’un parcours (routier) visant ville, campagne, littoral et zone portuaire et passant par la Nouvelle-Aquitaine (en Haute-Vienne et en Gironde), l’Occitanie

(dans le Gers, en Haute-Garonne et en Hérault) et la Provence Alpes-Côtes d’Azur (dans les Alpes-Maritimes), sans oublier la région parisienne lors du premier lancement. Le titre inversé, « nappes – nattes », est celui de la phase 2, marquant au Cambodge en 2022 la réciprocité de l’itinérance, qui trouvera son chemin (fluvial) le long du Mékong, de Phnom Penh à Siem Reap en passant par Kep, Kampot ou encore Battambang.

Le ton de l’exposition est donné par la présence de deux œuvres phares de Daniel Spoerri, membre fondateur du Nouveau Réalisme et du Eat Art, greffées à bord du Véhicule art nOmad — ce camion conçu à l’image des camions-épiceries des campagnes françaises, avec cette même volonté d’envisager l’art comme nourriture. La photographie et le cinéma ont une place prépondérante, car c’est à travers ces médiums que s’exprime avec beaucoup de finesse et de discernement la jeune scène artistique de l’Asie du Sud-Est. Ainsi, des projections de courts et longs métrages sont programmées. Le textile étant aussi un sujet de prédilection au sein de cette Triennale, des pièces de haute couture sont présentées. Enfin, des tables rondes informelles sont organisées, enregistrées et diffusées par podcast grâce à Beaub‘FM, radio associative de Limoges.

Le mot de Clorinde Coranotto, auteure et directrice artistique de la Triennale

À l’heure où l’on s’interroge sur la nécessité de générer des méga événements et sur leurs modèles écologiques, la Triennale art nOmad continue à tracer sa route, toujours fidèle à ses principes écosophiques1. Pensée comme une performance collective et participative, elle se déplie à la curiosité des visiteurs sur chacune des haltes d’un parcours préétabli. Elle est la seule triennale d’art contemporain de ce type à se déplacer le temps qu’elle dure, pouvant ainsi aller jour après jour à la rencontre de nouveaux publics et de nouveaux territoires en France et à l’étranger.

Une sorte de road trip joyeux et décalé, une forme souple et éphémère qui replace l’art et l’artiste au cœur de la vie et de la cité.

Cette triennale est portée par l’association art nOmad, un dispositif sans murs et à dimensions variables que j’ai fondé à Arnac-la-Poste en 1999, et doté depuis 2005 d’un véhicule construit sur mesure : le Véhicule art nOmad ou « Van ». C’est à bord et autour de ce dernier que des œuvres choisies par un commissaire invité sont présentées lors des différentes étapes de la Triennale. D’autres actions y sont également déployées, comme des performances, des tables rondes, des projections de films, des ateliers ouverts à tous… dans le but de générer une œuvre collective nourrie par toutes ces expériences en partage.

Après Paul Ardenne (historien et critique d’art) en 2015, Pascal Lièvre (artiste performer) en 2018, le commissariat de cette nouvelle édition est confié à Valentin Rodriguez (attaché culturel et directeur délégué de l’Institut français du Cambodge). Sa thématique « nattes – nappes », qui porte sur les croisements possibles entre la scène artistique de l’Asie du Sud-Est et celle de l’Europe, nous rappelle aussi combien le rituel du repas est un moment et un espace de partage essentiel dans nos sociétés, quelles qu’elles soient.

À la différence des deux premières éditions, cette troisième Triennale privilégie la monstration d’œuvres photographiques et cinématographiques et triple pour cela sa surface d’exposition.

« D’autre part, elle comporte non plus une mais deux phases d’itinérance, l’une en France et l’autre au Cambodge (en 2022) »

Lors de la première phase d’itinérance, une caravane composée de plusieurs véhicules2 fait halte en octobre 2021, au départ d’Arnacla-Poste, dans différents lieux privés ou sur la place publique, à Bordeaux, Lectoure, Colomiers, Toulouse, Sète et enfin Nice.

Ce projet artistique comprend un volet de recherche important concernant les questions de la transmission3 et de la formation. C’est pourquoi il implique dès sa conception des étudiants et des enseignants, principalement de l’École nationale supérieure d’art de Limoges, en les amenant à réfléchir non seulement sur ce dispositif de monstration hybride mais aussi sur les formes de restitution possibles au retour du voyage.

À souligner : le formidable engament de chaque protagoniste dans cette aventure humaine et artistique atypique, qu’il s’agisse du commissaire, des artistes, des prêteurs d’œuvres, des étudiants et professionnels de la culture, des structures d’accueil, des partenaires et des publics toujours aussi curieux de nous retrouver sous une forme à chaque fois réinventée !


Enong Hann, série « Voici ma transition », 2019. Photographie, dimensions variables.	BLAISE, Le jardin des simples, 2020.  Sculpture textile, 72 x 35 x 63 cm
Enong Hann, série « Voici ma transition », 2019. Photographie et BLAISE, Le jardin des simples, 2020. Sculpture textile

Les participants à cette triennale

Anti-Archive

Avec son nom résolument provocateur, la société de production Anti-Archive a l’ambition d’apporter sa contribution au renouveau du cinéma cambodgien. Fondée en 2014 par les réalisateurs Davy Chou, Steve Chen et Kavich Neang, la société produit et coproduit fictions et documentaires réalisés au Cambodge. Le trio est complété par Park Sungho en 2016 et Daniel Mattes en 2020. Anti-Archive a accompagné les œuvres d’une nouvelle génération de réalisateurs cambodgiens, parfois les premières, comme dans le cadre du programme « Echoes from Tomorrow » initié en 2017 et ayant pour objectif de produire le premier court-métrage de trois jeunes réalisatrices.

À son actif, la société de production compte ainsi plusieurs pépites du cinéma cambodgien indépendant, une scène encore peu développée et pourtant prometteuse, dont Anti-Archive est devenu un acteur incontournable. En témoignent les sélections en festival et prix remportés par plusieurs des treize courts et longs métrages, fictions et documentaires, produits depuis sa création. Des œuvres qui offrent un regard souvent unique, parfois social, sur les émois amoureux, rêves, obstacles, fantômes, réflexions et ambitions qui agitent l’esprit de personnages aux profils moins vus ou approfondis de manière si intime dans le cinéma commercial cambodgien. Les courtsmétrages de Sreylin Meas, Douglas Seok et Kanitha Tith, projetés durant la Triennale, sont produits par Anti-Archive.

Davy Chou

Né en 1983 en banlieue parisienne, Davy Chou entre dans l’industrie du cinéma par la porte du court-métrage amateur. Véritable cinéphile, il s’investit dans le club cinéma de son école de commerce avant de passer, quelques années plus tard, derrière la caméra. Car, pour le réalisateur francocambodgien, le cinéma est à la fois une affaire de famille et de mémoire. Petit-fils de Van Chann, l’un des principaux producteurs de l’âge d’or du cinéma cambodgien dans les années 1960-1970, Davy Chou pose pour la première fois les pieds à Phnom Penh à 25 ans. Il veut alors raconter l’histoire de son grand-père et du cinéma cambodgien, anéanti par les Khmers rouges, dont il ne reste que peu de traces.

De ce projet nait Le Sommeil d’or en 2012, son premier long métrage, qui se veut un hommage au passé tout en ancrant le réalisateur dans le présent, comme acteur de ce renouveau qui souffle sur le cinéma cambodgien. En 2016, Davy Chou termine son premier film de fiction : Diamond Island, autour des mutations sociales qui s’opèrent au Cambodge à travers le regard d’une jeunesse sans repères, mais résolument tournée vers l’avenir. Diamond Island est sélectionné par la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2016. Il y reçoit le prix SACD, puis se voit attribuer le grand prix du festival du film de Cabourg 2016. L’expérience convainc le réalisateur de soutenir d’autres jeunes pousses du cinéma cambodgien en se lançant davantage dans la production à travers la société AntiArchive, dont il est cofondateur.

Xavier de Lauzanne

Après une première vie dans l’hôtellerie restauration, c’est en 1999 que Xavier de Lauzanne fait ses premiers pas dans le monde de l’image et du documentaire. Au Vietnam d’abord, où il suit pendant un an un chauffeur de cyclopousse à l’heure du changement de millénaire dans l’essai documentaire Hanoi entre deux 14 juillet. Puis au Cambodge, où il se lie d’amitié avec les fondateurs de l’association Pour un sourire d’enfant au début des années 2000. Il collabore alors avec l’ONG pour un film de communication qui lui permettra de parfaire sa maîtrise de l’image avant de se lancer définitivement dans la réalisation de documentaires. Pour Les Pépites, son troisième film à destination du cinéma, c’est en tant que documentariste reconnu et aguerri que Xavier de Lauzanne retourne au Cambodge. Trente ans après la création de l’ONG, il retrace le parcours de Pour Un Sourire d’Enfant qui a permis la scolarisation de dix mille enfants. En 2016, près de deux cent mille spectateurs français découvrent ainsi l’histoire de l’association cambodgienne. L’humain est toujours au cœur des œuvres de Xavier de Lauzanne, qu’il raconte l’histoire d’un cultivateur de thé indien pionnier du commerce équitable dans sa région, suive un orchestre composé de musiciens palestiniens et israéliens lors d’une tournée en France, ou accompagne de jeunes réfugiés africains après leur arrivée dans l’hexagone. Son dernier long-métrage, 9 jours à Raqqa (2020), suit la nouvelle maire de la ville dévastée par des années de conflit.

Kavich Neang

Kavich Neang est un cinéaste, réalisateur, monteur, scénariste et producteur cambodgien né en 1987 à Phnom Penh. Après avoir étudié la musique et la danse au Centre des arts vivants du Cambodge, qui promeut la renaissance et la transmission des arts traditionnels khmers, l’artiste réalise son premier court-métrage en 2010, lors d’un workshop mené par le réalisateur franco-khmer Rithy Panh au centre Bophana. Il travaille sur d’autres projets audiovisuels et co-réalise le long-métrage The Twin Diamonds, sous la direction de Davy Chou et fonde avec lui la société de production Anti-Archive. Son travail aborde les sujets de la transmission liée à la disparition et à l’absence. En effet, le génocide des Khmers rouges de 1975 à 1979 perpétré par Pol Pot a non seulement massacré plus d’un million de Cambodgiens, mais aussi interdit toute forme d’expression artistique, intellectuelle ou religieuse. Détruisant de nombreuses œuvres d’art au nom de la dictature, cette période sombre a laissé le pays meurtri et coupé de son héritage culturel et patrimonial. La nouvelle génération d’artistes contemporains à laquelle appartient Kavich Neang se mobilise pour faire revivre dans leurs œuvres la mémoire de cette histoire effacée.

Rithy Panh

Né en 1964 à Phnom Penh au Cambodge, Rithy Panh est interné à l’âge de 11 ans, comme tous les Cambodgiens, dans les camps khmers de réhabilitation par le travail. En 1979, il parvient à s’échapper et arrive au camp de réfugiés de Mairut, en Thaïlande. En 1980 il s’installe en France et en 1985 il entre à l’IDHEC — Institut des hautes études cinématographiques. Devenu réalisateur, il possède aujourd’hui la double nationalité. Il a dédié la plupart de ses films à son pays d’origine, traumatisé par un génocide d’une violence extrême — deux millions de Cambodgiens, soit un sur quatre, exterminés en quatre ans. Rithy Panh s’est spécialisé dans le documentaire et toute son œuvre porte la marque du génocide et se veut travail de mémoire et de recherche des racines de la culture cambodgienne. Il montre les horreurs qui ont eu lieu dans son pays dans Site 2 (1989), Les Gens de la rizière (1994),

Un soir après la guerre (1998), ou encore La Terre des âmes errantes (1999). Mais c’est surtout le documentaire S21, La Machine khmère rouge (2003), présenté dans de nombreux festivals et primé à Cannes, qui frappe les consciences de tous les pays. Dans ce film, Rithy Panh confronte les trois rescapés de la base S21 — où 17 000 Cambodgiens ont été torturés et exécutés — à leurs anciens bourreaux. En 2013, il reçoit le prix Un certain regard à Cannes pour L’image manquante (adaptation du récit L’élimination) dans lequel il fait revivre son enfance et sa famille grâce à de petites figurines en terre glaise qui sont les acteurs du film. Les décors, réalisés par le sculpteur Mang Sareth ont été récompensés en 2014 par un Trophée du cinéma francophone.

Danech San

Originaire de Battambang, Danech San s’installe en 2009 à Phnom Penh pour étudier l’architecture d’intérieur. Elle découvre les plateaux de tournage au hasard de son parcours universitaire. Ce nouveau monde, inconnu, où se révèlent rêves et secrets, la captive instantanément. Son regard s’aiguise à la faveur des rencontres et des différents postes qu’elle occupe lors de tournages, notamment pour des productions d’Anti-Archive à partir de 2015. Au Cambodge, où le cinéma indépendant est un bourgeon à peine éclos, les femmes réalisatrices sont peu nombreuses. Après des années d’observation et de réflexion, Danech San prononce pour la première fois le mot « action » début 2018, sur le tournage de son premier court-métrage, A Million Years. Le film s’intègre dans le programme

« Echoes from Tomorow » initié par AntiArchive et ayant pour but de faire émerger de jeunes réalisatrices cambodgiennes. Un pari gagné pour Danech San : cette première fiction courte est projetée dans de nombreux festivals asiatiques, européens ou américains. Elle obtient le prix du meilleur court-métrage au Festival international du film de Singapour et le prix Arte du court-métrage au Festival international du court-métrage de Hambourg et est ainsi diffusée par Arte en 2020. Sunrise in My Mind, sa seconde fiction courte, suit une jeune coiffeuse travaillant tard le soir et qui voit régulièrement passer un livreur qui ne la laisse pas indifférente. Sa première a eu lieu au Festival international du film de Busan, en Corée du Sud, en 2020.

Guillaume Suon

Guillaume Suon, né en 1982, est un réalisateur franco-cambodgien dont les premiers films documentaires abordent le génocide khmer rouge et ses conséquences sur la société contemporaine du Cambodge. Pendant sept ans, Guillaume Suon a collaboré et a été formé par le cinéaste et producteur cambodgien Rithy Panh, au sein du centre audiovisuel Bophana à Phnom Penh. Il est également titulaire du master auteur-réalisateur de documentaire de la Fémis, lauréat du Berlinale Talent Campus, du Sundance Institute et de l’Académie IDFA. Son précédent film, The Strom breakers, a été nommé pour le prix Albert Londres. arts visuels

BLAISE

Née en 1965, à Toulouse. Une enfance passée en Polynésie, une adolescence au Maroc. Études d’art, tout d’abord à L’Enset (option Arts appliqués), puis aux Beaux-Arts de Toulouse, diplômée (DNSEP) en 1989. Ensuite une vie d’adulte Parisienne, des allers-retours en Afrique. Une vie imprégnée de nomadisme, profondément liée à une nature omniprésente, des confrontations à des cultures autres. Depuis toujours le besoin de retrouver cette nature initiale, cette enfance en tongs, le « jardin » originel : matières, toucher, parfums, oiseaux, coquillages, insectes, coraux, gorgones, oursins… Sensations olfactives et visuelles, qui restent comme un tatouage. Ce nomadisme, l’impossibilité viscérale de se poser géographiquement l’ont détournée d’une pratique artistique exigeant un atelier dédié, et l’ont conduite à s’adapter. À inventer un « atelier nomade », facile à déplacer, léger. Matières qui rentrent dans une valise, textiles, fils, aiguilles, perles japonaises, etc. Une pratique autre, permettant de glaner mille petits « riens » au fil des balades, de faire, partout, et tout le temps.

Bertrand Dezoteux

Né en 1982, à Bayonne, Bertrand Dezoteux vit et travaille à Paris et à Bayonne. Il est diplômé du Fresnoy, Studio National des Arts contemporains. À la frontière du documentaire et de la science-fiction, ses films expérimentaux s’inspirent des logiciels de modélisation 3D, pour créer des objets visuels hybrides. Son goût pour les technologies de production contemporaines et pour les avancées de la science ne s’appuie pas pour autant sur une croyance aveugle dans le progrès technique. Les réalisations de Bertrand Dezoteux reposent sur une forme de maladresse volontaire : les animations ne sont pas toujours fluides, et elles ne visent surtout pas le réalisme. Bertrand Dezoteux présente régulièrement son travail en France (Palais de Tokyo, Centre Pompidou, Fondation Ricard, FID Marseille) et à l’étranger (Toronto International Film Festival, New York Film Festival, Frieze London). En 2015, il est lauréat du prix Audi talents awards avec le projet En attendant Mars.

Riem Em

Né en 1971 dans la province de Kandal, Riem Em traverse le régime des Khmers Rouges dans un camp de la province de Battambang. Diplômé de l’Université Royale des Beaux-Arts du Cambodge en 2000, il s’envole alors pour la France grâce à une bourse de l’Ambassade de France. Il y séjourne pendant sept ans, au cours desquels il obtient des diplômes de design à l’École des beaux-arts de Saint-Étienne (2006) et à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris (2008). De retour à Phnom Penh en 2008, il ouvre la Gallery X-em Design, où il expose ses œuvres ainsi que celles d’autres artistes. Riem Em est un artiste touche à tout et prolifique ; il pratique la peinture, la sculpture, le design, la création de bijoux et de mode. Il aime à explorer des matériaux et supports aussi variés que le bambou, le rotin, la toile de jute ou le sac de riz. Il s’intéresse à l’art figuratif, abstrait, conceptuel, ainsi qu’a l’art brut. Par l’utilisation de matériaux locaux, il questionne la relation entre l’homme et la nature, interroge la mémoire du génocide cambodgien et l’héritage de la civilisation angkorienne. Actif au sein de la scène culturelle cambodgienne, il cultive un personnage excentrique, portant robes scintillantes et chaussures plates-formes de sa création, aimant jouer sur les genres.

Enong Hann

Jeune photographe autodidacte de Siem Reap, Enong Hann suit des études en finances qui l’amènent à travailler notamment dans le secteur du tourisme. Elle entretient néanmoins depuis l’adolescence une passion pour l’art, la peinture et la photographie en particulier, qu’elle pratique en amateur. Sa rencontre avec Remissa Mak en 2019 est un premier déclencheur. Le photographe reconnu lui prodigue conseils et encouragements avec bienveillance, ce qui la pousse à vouloir développer sa réflexion et ses qualités d’artiste. Fin 2019, Enong Hann suit l’atelier de Philong Sovan dans le cadre de l’association Photo Phnom Penh. Un second pivot à la suite duquel la photographe produit sa première série « Lost 2019 », exposée en 2020 lors du festival Photo Phnom Penh. Illustrant la recherche de soi, ces questions qui restent sans réponse et le courage demandé par une introspection nécessaire, Enong Hann se met en scène seule dans des paysages nocturnes et dépeuplés de Siem Reap dans des compositions presque cinématographiques où les couleurs sont choisies avec soin. Nourrie par les travaux et les enseignements de photographes et d’artistes cambodgiens établis, elle aborde aujourd’hui l’art comme une source de joie et un défi personnel qu’elle partage désormais à travers l’organisation d’ateliers de peinture pour les enfants de deux communautés de Siem Reap, tout en préparant ses prochaines séries.

Remissa Mak

Considéré comme l’un des plus talentueux photographes cambodgiens de sa génération, Remissa Mak naît en 1970. C’est dans un Cambodge où la scène artistique est à reconstruire qu’il fait ses études à l’Université royale des beaux-arts de Phnom Penh, où il est l’un des premiers à se spécialiser en photographie. Diplômé en 1995, il entame sa carrière en tant que photojournaliste et collabore notamment avec le journal Cambodge Soir. Dès 1997, ses travaux lui valent la première et troisième place de la compétition nationale de photojournalisme. Remissa Mak revendique pourtant vite sa volonté d’indépendance, celle-ci lui permettant de se consacrer également à des projets pour différentes organisations internationales et à des œuvres de recherches personnelles. Depuis 2006, Remissa Mak collabore en tant que correspondant avec la European Pressphoto Agency (EPA), pour laquelle il couvre de nombreuses actualités en tant que photojournaliste reconnu. Tous les ans ou tous les deux ans, il s’attèle néanmoins à la création de séries plus artistiques. Dans « Left 3 Days », il s’inspire du théâtre d’ombre pour mettre en scène ses souvenirs de l’évacuation de Phnom Penh par les Khmers rouges en 1975. Dans « De La Chasse à La Prise de Vue » ou « Fish & Ants », il aborde des questions environnementales à travers des prises de vues soignées, pensées pour laisser la place à la réflexion. Fréquemment exposées au Cambodge, ses œuvres ont également été montrées au Canada, à Singapour, au Japon, aux États-Unis ou encore en France. Devenu un modèle pour de nombreux jeunes photographes cambodgiens, Remissa Mak enseigne régulièrement à l’Université royale des beaux-arts de Phnom Penh ou à l’Institut français du Cambodge.

Sereyrath Mech

Sereyrath Mech découvre le photojournalisme lors de sa seconde année d’études en médias et communication à l’Université royale de Phnom Penh. Confrontée à des débats éthiques concernant des images d’accidents violents ou de suspects non condamnés qui apparaissent dans les médias au Cambodge, l’étudiante s’interroge sur la portée et le potentiel de ces images qui peuvent suffire à raconter une histoire. Née en 1993, Sereyrath Mech a envisagé d’étudier les questions environnementales, ce n’est donc pas un hasard si son projet de fin d’études, la série « Contemporary Breathe », porte sur la pollution de l’air à Phnom Penh. De ces images colorées et pourtant brumeuses, ternies par les fumées d’un feu d’ordures ou la poussière soulevée par les camions, se dégage une approche à la fois journalistique et esthétique du sujet réalisé en 2018. Une approche qui caractérise ses travaux suivants, y compris lorsqu’ils se font en vidéo, car c’est en tant que vidéaste que Sereyrath Mech propose en 2020 Éléments, une œuvre collaborative réalisée avec sa sœur artiste Choulay Mech et le photographe Sokchanlina Lim portant sur deux écosystèmes mis en danger par les activités humaines : la forêt d’Anlong Veng et le fleuve Mékong. Pour la Triennale art nOmad, la photographe et vidéaste indépendante propose une réflexion en photo sur la peau, habit dont ne peut se détacher, déterminant une partie de notre identité, porteuse des marques dessinées par la vie et influencées par nos cultures.

Chear Morn

Originaire de la province de Kampot, c’est grâce au programme Epic Arts que Chear Morn se forme à la danse contemporaine, au chant ou aux arts graphiques à partir de 2015. Ancien danseur professionnel, l’artiste excelle aujourd’hui dans la linogravure, une technique encore peu courante dans les galeries d’art du Cambodge. Si Chear Morn travaille principalement en noir et blanc, ses œuvres créent un univers onirique et paradoxalement réaliste dans lequel il met en scène le quotidien au village, interprète des contes traditionnels et dictons cambodgiens, ou propose une réflexion sur les difficultés de la vie avec un handicap. Un thème central dans ses œuvres, car, à 20 ans, Chear Morn est ouvrier sur un chantier, où il est victime d’un accident qui conduit à l’amputation de ses deux bras. Une décennie plus tard, c’est grâce à la voix trouvée dans ses différentes pratiques artistiques et à travers ses œuvres, qu’il réalise sans assistance, que Chear Morn combat les préjugés sur le handicap qu’il a lui-même dû dépasser. L’artiste, membre du collectif Open Studio Cambodia établi à Siem Reap, se consacre désormais à temps plein à la création. Ses travaux sont régulièrement présentés dans le cadre d’expositions collectives ou individuelles à Siem Reap, Phnom Penh et, en 2020, à Paris ou à Seattle, aux États-Unis.

Myriam Omar Awadi

Artiste franco-comorienne, Myriam Omar Awadi est née en 1983 à Paris. Elle vit et travaille à La Réunion, montre régulièrement son travail lors d’expositions, de foires et de résidences à La Réunion, en métropole, dans les pays du pourtour de l’océan Indien et à l’international. Depuis 2013, elle enseigne les pratiques performatives à l’École supérieure d’art de La Réunion. Membre du collectif La Box/Run Space depuis 2016, elle fonde le laboratoire Paroles Paroles porté en collaboration avec l’artiste Yohann Quëland de Saint-Pern. Elle travaille également dans le spectacle vivant en tant que scénographe et conceptrice lumière. Pour la Triennale, Myriam Omar Awadi présente la performance d’un corps en mouvement enrubanné d’un textile. Selon ses propres mots « il s’agit, avec ce tissu traditionnel réinventé, de créer une boule à facettes humaine : une danseuse, le corps recouvert d’un chiromani brodé de sequins, tourne en rond durant des heures face à des projecteurs. Il y a, dans ce geste chorégraphique très simple, une allusion évidente à l’expression “tourner en rond “, qui illustre dans le langage familier une inaction, tourner en rond renvoyant à ne rien faire. Ici, cette inaction, ce geste répétitif, a pourtant un effet, celui de créer le cadre d’un spectacle, d’une fête, certes étrange, qui pourrait avoir lieu ».

Sopheap Pich

Né en 1971 à Battambang. Après avoir été poussé dans sa jeunesse à l’exil depuis la Thaïlande, Sopheap Pich s’installe en 1984 avec sa famille aux États-Unis, où il poursuit ses études en se formant à la peinture à l’Université du Massachusetts en 1995, jusqu’à l’obtention d’une maîtrise à l’Institut d’art de Chicago dont il sort diplômé en 1999. Il retourne s’installer au Cambodge en 2002. Il est l’un des plus célèbres artistes cambodgiens sur le plan international. Parmi ses nombreuses expositions : une rétrospective au Metropolitan Museum de New-York en 2013, à la Documenta de Kassel en 2012, l’exposition « Renaissance » à Lille3000 en 2016, la Biennale de Venise en 2017. Ses matériaux de prédilection le feront connaître à travers le monde : le bambou, le rotin, le textile, la toile de jute, la cire… il sculpte et façonne avec eux des formes souvent biomorphiques ou géométriques, de grandes dimensions, réalisées à partir de grilles tissées et savamment assemblées telles des tressages volumétriques ancrés dans son environnement naturel, sources et ressources dans l’élaboration de ses œuvres.

Lei Saito

Lei Saito est une artiste japonaise qui vit et travaille à Paris depuis 2003. Elle a étudié au Japon et à l’atelier d’Annette Messager aux Beaux-Arts de Paris. Elle développe aujourd’hui le concept de Cuisine Existentielle à Paris. La Cuisine Existentielle est une performance, un paysage miraculeux, mais aussi un mirage voué à disparaître. Tout est évanescent, on voudrait retenir de cette occasion spéciale : le lieu, le thème, les invités. Chaque événement est une rencontre unique que l’on célèbre, car elle n’aura lieu qu’une fois dans cette vie et dans ce monde. Les projets et les recettes sont tissés d’une inspiration mythologique, de l’Odyssée à l’histoire de l’art, des mythologies personnelles aux jeux de langues entre japonais et français. Le temps partagé et les saveurs forment une nouvelle histoire mirifique qui cristallise une expérience sentimentale, une atmosphère : nous devenons performance en dégustant. Exemples de recettes mises en œuvre et performées : un sandwich géant qui conserve l’histoire du lieu pour la Cité des Arts de Montmartre (Cité délicieuse, 2014) ; un paysage nocturne composé de 30 kg de fromage de chèvre cendré pour la Nuit Blanche de Paris (Microclimat, 2015) ; un chocolat chaud bleu à l’heure bleue pour Lunes Révolues, dans le cadre de l’exposition « Le bord des Mondes » (Palais de Tokyo, hors-les-murs, 2015) ; un gâteau narcissique pour Collette (Honoré, 2016). Chaque recette raconte une histoire inspirée d’un lieu, et est uniquement conçue pour son propre souvenir.

Sreymao Sao

Née en 1986 dans le camp de réfugiés Site 2, à la frontière thaïlandaise, Sreymao Sao grandit à Battambang. Diplômée des arts visuels et appliqués de Phare Ponleu Selpak (2006), elle travaille pour des ONG dans le domaine de l’environnement et de l’éducation, à Siem Reap et Kratie. Elle se lance en tant que dessinatrice de bande dessinée et graphiste indépendante puis devient assistante dans une galerie d’art de Phnom Penh. Sreymao Sao s’engage dans plusieurs projets de bande dessinée en partenariat avec des institutions telles que la BBC et la coopération technique allemande (GTZ). En 2011, elle remporte le Heart Award au Festival international de la bande dessinée et expose à Angoulême. Sreymao Sao participe à la classe d’art contemporain du studio Sa Sa Art Projects (2016) puis est sélectionnée par la fondation Sylt en Allemagne pour une résidence (2017). Elle reçoit la bourse Dam Dos de l’ONG Cambodian Living Arts (2018). Au fil des ans, l’artiste développe une pratique pluridisciplinaire : bande dessinée, dessin numérique, peinture, photographie, sculpture et performance. Ses œuvres évoquent les transformations du paysage cambodgien, tant physiques que psychologiques, ainsi que les problématiques sociales et environnementales. Parmi ses expositions personnelles : « Under the Water » à Sa Sa Art Projects, Phnom Penh (2018), « Mirage Contemporary Art Space », à Siem Reap, et « Nagakot », au Népal (2019).

Philong Sovan

Né en 1986, Philong Sovan est un photographe professionnel qui vit et travaille à Phnom Penh. En 2009, il entame une carrière de photographe de presse et rejoint rapidement le personnel du Phnom Penh Post, puis celui de l’agence de presse Xinhua, en 2011-2012. Au-delà de couvrir l’actualité, Philong a développé plusieurs projets personnels, notamment ceux qu’il a développés avec le « Studio Images » à l’Institut français du Cambodge, où il a exposé à plusieurs reprises lors du festival Photo Phnom Penh. Après une année d’études en France, à l’École nationale supérieure Louis-Lumière, grâce à une bourse du gouvernement français, il découvre la photographie analogique et se forme aux différentes techniques d’impression. Il rentre à l’automne 2013 au Cambodge, où il enseigne, travaille et développe de nouveaux projets photographiques. Ses séries photographiques personnelles et ses vidéos sont de plus en plus importantes dans le développement de sa pratique de l’image. Son travail a été exposé au Cambodge, dans des galeries et festivals, mais aussi dans divers pays : France, GrandeBretagne, Thaïlande, Japon, Espagne, Italie, Suède, Suisse, Argentine. Récemment, son travail a été publié dans Gala magazine, The Guardian, Le Monde magazine, Art Press, L’Express styles, Internazionale Italy Magazine, Globe magazine, L’ŒIL de la photographie portfolio, De l’air, Images et The Phnom Penh Post. Il est représenté par la galerie Lee à Paris et la galerie Batia Sarem à Siem Reap.

Daniel Spoerri

Daniel Spoerri est né en 1930 à Galati, en Roumanie. Son père est tué lors du pogrom de Lasi en juin 1941. Il se réfugie avec sa famille en Suisse en 1942. Il entame une carrière de danseur en 1954, devient le premier danseur de l’Opéra de Berne, puis de 1957 à 1959 sera assistant-metteur en scène au Landestheater de Darmstadt, où il crée la revue poétique d’avant-garde Material. Il réalise la même année ses premiers tableaux-pièges, dont il explique ultérieurement le processus dans Topographie anecdotée du Hasard en 1962.

Installé à Paris en 1960, il crée les éditions MAT (Multiplication d’art transformable) et publie des multiples (livres d’artiste, boîtesobjets, sculptureS, ETC.) de Yaacov Agam, Josef Albers, Pol Bury, Marcel Duchamp, Heinz Mack, Dieter Roth, Jesús-Rafael Soto, Jean Tinguely, François Morellet, Victor Vasarely et bien d’autres. Proche de Tinguely depuis 1949 et d’Yves Klein, il signe la Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme. Ami de Robert Filliou depuis 1959, il se rapproche de George Brecht et George Maciunas, tous deux créateurs de Fluxus. Après avoir transformé la galerie J. en restaurant et les tables des repas consommés par des amis en œuvre d’art, Spoerri ouvre un restaurant à Düsseldorf puis la Eat-Art Gallery, où il expose notamment Joseph Beuys, Nikki de Saint Phalle, Richard Lindner, François Morellet et Roland Topor. Spoerri ouvre une fondation en Toscane en 1997 avec un parc de sculptures. Actuellement, il vit et travaille à Vienne, en Autriche.

Vincent de Wilde

Vincent de Wilde a développé une passion pour la photographie depuis son adolescence. Il a approfondi ses connaissances à l’École de Photographie de la Ville de Bruxelles alors qu’il était avocat. Il est parti ensuite en 1995 en Afrique pour y travailler dans le domaine de la justice, des droits de la personne et de la bonne gouvernance. Depuis mars 2007, il s’est établi à Phnom Penh, au Cambodge, où il travaille comme procureur international au tribunal chargé de juger les crimes commis par les hauts dirigeants Khmers rouges et principaux responsables des crimes commis. Il est le témoin privilégié de la transformation rapide et radicale du pays, et de Phnom Penh en particulier. Il aime surtout la photographie de rue en noir et blanc et tente de saisir tout ce qui rend la société vivante. Il tend à montrer la beauté, l’humanité profonde et les émotions des gens croisés au hasard des rues alors qu’ils sont plongés dans leurs activités quotidiennes. Il a aussi lancé un projet photographique et humaniste appelé « Visages du Monde », qui s’étalera sur vingt-cinq ans autour du monde. Ses photographies ont été exposées à Phnom Penh et à Bruxelles : « Les Trois Vies de

Boeng Kak » au Centre Bophana (2015) ; « Entre Sel et Terre » et « Supervivere :

Cambodia Today », à l’hôtel Governor‘s House (2015-2017) ; « In the Endless Jungle of Phnom Penh » au Cloud Bar (2017) ; « Errances Phnompenhoises » (exposition monographique) à l’Institut français du Cambodge (2020-2021). En 2019, Vincent de Wilde a reçu le premier prix du concours international organisé par le magazine photographique Monovisions, pour sa série consacrée aux publicités et au street art à Phnom Penh.

Mode

Thomas Jaffré

Depuis toujours passionné de mode et de design, après des études à l’École des Beaux-arts de Nantes, Thomas Jaffré ouvre en 1995 sa première boutique parisienne, où il présente ses collections mode femme et robes de mariée. La rencontre avec Romyda Keth à Paris, en 2000, inaugure un nouvel horizon créatif au Cambodge. Il s’installe donc à Phnom Penh en 2007. Depuis, il se consacre principalement à la collection Ambre Homme, à la décoration ainsi qu’aux accessoires.

Romyda Keth

Née à Phnom Penh, Romyda Keth quitte le Cambodge à l’âge de 7 ans. Après Prague, c’est à Paris que sa famille s’installe, en 1973 : elle y développe sa passion pour la mode. Après plusieurs années de collaborations et de succès à Paris, retour aux racines en 1994, avec son mari, le biologiste Denis Laurent, et leurs enfants. En 1999, Ambre ouvre ses portes. Vingtdeux ans plus tard, ses créations « made in Phnom Penh » habillent et embellissent les femmes du Cambodge et du monde entier, l’élégance de ses créations ne connaissant pas de frontières.

Sylvain Lim

Né en 1950 à Kep, Sylvain Lim grandit à Battambang puis à Phnom Penh. Fasciné par la danse khmère, il intègre l’école des Beaux-Arts, où il suit une formation en danse traditionnelle et folklorique avant d’être recruté dans la troupe du Ballet royal. Passionné par le rôle et la somptuosité des costumes, il participe également aux travaux de création. En 1972, la guerre civile le pousse à l’exil en

France. À Paris, il est présenté au couturier Guy Laroche, qui lui recommande d’intégrer la très réputée Chambre syndicale de la haute couture afin de développer ses talents manuels. Sylvain s’y distingue. Pierre Balmain l’embauche avant la fin de ses études. Il travaille pendant plusieurs années pour de grandes maisons de mode telles que Givenchy et Dior, tout en créant des collections personnelles de prêt-à-porter. De retour au Cambodge en 2000, le créateur met ses talents de couturier au service du Ballet royal, pour lequel il dessine les costumes, héritier d’une tradition séculaire dont il modernise les processus de fabrication. Pendant de nombreuses années, il œuvre à la tête de son atelier-boutique Keo, fondé avec son fils Keopiseth, également designer de mode. Il est régulièrement consulté pour son expertise dans les matériaux et procédés traditionnels de tissage cambodgiens.

Éric Raisina

Né à Madagascar, l’Île rouge, source de son inspiration et de son goût pour le mariage des couleurs, Éric Raisina vit au Cambodge depuis vingt ans. Ce pays de cœur lui a permis de découvrir et de perfectionner ses techniques de tissage. La rencontre des cultures l’a conduit, comme dans la fabrication d’un tissu, à ce métissage de l’inspiration, au croisement des savoir-faire. Ses matières si particulières identifient immédiatement sa signature. Découvrir, créer, façonner et transmettre sont les maîtres mots de son parcours exceptionnel.

Musique et danse

12MÉ

Mehdi Benabdessadok, alias 12MÉ, s’installe à Phnom Penh en 2016. Si les textes du rappeur originaire de SaintÉtienne narraient jusque-là les traumatismes du passé ou la quête de soi, ils décrivent désormais un quotidien nouveau, détaillent ses aventures dans le trafic routier quelque peu chaotique, célèbrent le Cambodge et sa culture. L’album Samay Thmey, pour lequel 12MÉ s’essaie pour la première fois à rapper en langue khmère et collabore avec de nombreux artistes cambodgiens, sort dès 2016. Ces collaborations restent toujours très présentes dans les albums qui suivent, au rythme d’un par an et dans lesquels la langue française s’efface peu à peu. Car c’est désormais en cambodgien que 12MÉ signe la majorité de ses textes les plus récents. L’étranger qui rappe en khmer s’est vu intégrer dans la scène musicale cambodgienne et est devenu coutumier des plateaux de télévision, où il est régulièrement invité. Ses envies, ses inspirations, 12MÉ cherche aussi à les communiquer à son public sur internet, où il publie fréquemment des sessions de sampling et de beat-making puisant dans des mélodies cambodgiennes de styles et d’époques différents. Au Cambodge, où la scène rap et hip-hop est en ébullition, 12MÉ ne manque pas de projets et ne veut se poser aucune barrière. Une démarche qu’il compte bien partager avec d’autres artistes alors que le Français s’est récemment lancé dans la production musicale de jeunes artistes cambodgiens.

New Cambodian Artists

New Cambodian Artists (NCA) est né en 2012 à Siem Reap, à l’initiative du metteur en scène de théâtre néerlandais Bob Ruijzendaal. Après des performances dans des hôtels, pour des entreprises et des ONG à travers le pays, la troupe fonde en 2017 son propre théâtre à Siem Reap, une black box où elle répète et se produit chaque semaine. En 2015, la troupe est enregistrée auprès du ministère de la Culture en tant que première compagnie de danse contemporaine entièrement féminine du Cambodge. Les NCA développent un langage unique, empruntant au répertoire de la danse classique en référence à leur histoire sociale et culturelle, tout en utilisant leur propre histoire comme mode d’expression. Les thématiques de leurs performances explorent les questions autour de la mémoire, notamment celle du génocide khmer rouge, l’identité, la féminité, et les rôles sociaux et de genre attribuées aux jeunes femmes cambodgiennes qu’elles tournent en dérision. Depuis 2020, NCA est composé de deux danseuses : Ny Lai et Khun Sreynoch. Elles ont récemment été invités au Fringe Festival à Singapour et à un concours à Milan pour interpréter leur projet Snow Whitening Not a Fairytale.

Écriture, livre, bande dessinée

Juliette Buchez

C’est par le son que Juliette Buchez est arrivée au journalisme. L’univers de la radio, en particulier le travail de la voix et des ambiances sonores, séduit la future journaliste dès l’adolescence. C’est lors de ses années universitaires qu’elle découvre peu à peu l’Asie du Sud-Est au gré de voyages. La cacophonie des chantiers qui en ville côtoie le murmure des ruelles, la mélodie des vendeurs ambulants, le grondement du tonnerre qui résonne parfois avant le fracas des pluies de mousson. À ces sons s’ajoutent les histoires de personnes croisées sur la route. La vitesse des changements qui s’opèrent dans la région et les témoignages issus de pays moins connus et représentés dans l’actualité en France l’amènent à vouloir s’établir un jour sur place en tant que journaliste. À l’issue de ses études au Centre universitaire d’enseignement du journalisme, Juliette Buchez s’est donc installée en 2017 au Cambodge, où elle assure notamment la correspondance en français pour RFI – Radio France internationale et réalise des reportages pour d’autres médias français. Toujours sensible au bouillon sonore qui nous entoure, elle souhaite aujourd’hui explorer de nouveaux formats sonores immersifs qui accentueraient la valeur narrative de ces bruits de la normalité, ou de l’anormalité, qui rythment notre histoire et nos quotidiens.

Marion Montaigne

Marion Montaigne est une illustratrice et auteure de bande dessinée française née à La Réunion en 1980. Après un passage à l’atelier de Sèvres et à l’école Estienne, elle fait des études d’animation à l’école des Gobelins. Elle travaille ensuite pour TF1 jeunesse et devient libraire de bande dessinée, puis décide de se lancer comme illustratrice free-lance pour la jeunesse. Elle embrasse la bande dessinée en 2006. En 2008, elle crée un blog de vulgarisation scientifique avec beaucoup d’humour et de dérision intitulé « Tu mourras moins bête ». En 2011, le succès est fulgurant. Le tome 2 est récompensé au festival d’Angoulême 2013 par le Prix du Public Cultura. La série est adaptée en une série animée diffusée sur la chaîne Arte en 2016. Depuis mars 2010, Marion Montaigne participe au feuilleton en ligne « Les Autres Gens » scénarisé par Thomas Cadène et depuis mars 2013 à la revue de bande dessinée numérique Professeur Cyclope. En 2018, elle reçoit le prix du public Cultura pour son album Dans la combi de Thomas Pesquet, qui retrace le parcours de l’astronaute qui a passé près de deux cents jours dans la Station spatiale internationale (ISS), ainsi que le grand prix de l’affiche au festival Quai des Bulles.

Jean-Baptiste Phou

Jean-Baptiste Phou est un comédien, dramaturge, metteur en scène et chanteur franco-cambodgien né le 24 janvier 1981 à Paris de parents sino-cambodgiens. Après des études en grande école et une première carrière dans la finance, JeanBaptiste se lance comme comédien en 2008, d’abord dans des comédies musicales et au théâtre puis se tourne vers le cinéma et la télévision. Il découvre vers 20 ans l’histoire de sa famille pendant la période dramatique des Khmers rouges. À la suite de recherches et d’entretiens personnels, il conçoit sa pièce Cambodge, me voici, qui sort en version française en 2011 et en version khmère en 2012. Elle met en scène quatre femmes cambodgiennes d’âge et d’expérience divers qui se rencontrent au consulat du Cambodge à Paris et confrontent leurs souvenirs et leurs ressentis. En 2014 sort sa pièce L’Anarchiste, d’après le roman de

Soth Polin, un quasi-monologue que JeanBaptiste Phou adapte, met en scène, et dont il est le comédien principal. Il a été nominé par l’association Anvaya parmi les meilleurs réalisateurs de la diaspora cambodgienne en 2015. En 2015 sort son premier single Here-There au sein du collectif Teuk Dey. En 2017, il rejoint l’ONG Cambodian Living Arts à Phnom Penh et développe des projets artistiques et culturels favorisant les arts vivants cambodgiens.

Éléonore Sok-Halkovich

Journaliste indépendante en Asie du Sud-Est, basée à Phnom Penh, Éléonore Sok- Halkovich est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ) en 2012, a travaillé en presse écrite à Paris, notamment au Parisien, avant de s’installer au Cambodge en 2015.

Ce pays, dont son père est originaire, l’a happée lors de son premier séjour à 20 ans. Elle y est retournée à l’été 2011 pour un stage au quotidien The Phnom Penh Post, qui lui a permis de découvrir la scène artistique émergente, à laquelle elle a consacré en 2013 le projet documentaire vidéo Swinging Phnom Penh. Attirée par les faits sociaux et environnementaux, attentive à la scène culturelle, elle a collaboré depuis 2015 avec une douzaine de publications francophones (La Croix, L’Express, Mediapart, Le Monde Magazine, Le Parisien Magazine, La Tribune de Genève) et de radios (Radio France, Radio Canada, Radio Vatican, RTBF, RTS, etc.). Certains de ses articles sont aussi apparus dans des médias locaux et régionaux anglophones (The Southeast Asia Globe, New Naratif). Elle a une grande faim pour les mots, l’image et le son. Et l’envie de raconter cette région en transition, que l’on dit souvent « du futur » mais dont on a peu d’images du présent. En octobre 2019, elle a publié l’essai Les Cambodgiens, aux éditions Atelier Henry Dougier.

Tian

Tian naît au Cambodge en avril 1975, trois jours après la prise du pouvoir par les Khmers rouges. Il arrive en France avec ses parents en 1980 et vit depuis en France. Après ses études à la Haute École des arts du Rhin à Strasbourg, il retourne pour la première fois au Cambodge et y donne des cours de dessin dans le cadre d’un projet humanitaire qu’il a conçu avec une ONG.

Par la suite, il travaille pour la presse jeunesse, prend part à des collectifs de bande dessinée, enseigne les arts plastiques… La volonté de raconter ce que sa famille a vécu en 1975 le conduit à voyager de nombreuses fois dans son pays natal et à recueillir les témoignages de ses proches. Il signe ainsi son premier livre, L’Année du lièvre, et commence une trilogie en bande dessinée qui fait le récit sensible, à hauteur d’homme, de la vie sous le régime sanguinaire des Khmers rouges. Tian collabore ensuite avec Marie Desplechin et Sothik Hok en illustrant un roman jeunesse, publié aux éditions L’École des loisirs et intitulé Sothik, qui résume la jeunesse brisée d’un jeune Cambodgien sous le régime khmer rouge. L’envie de raconter et de témoigner sur le Cambodge contemporain l’amène aussi à collaborer à différents projets, dans le domaine de la bande dessinée, du théâtre et du cinéma.

Immanences éditions

Immanences éditions présente le travail d’auteurs, de photographes et d’artistes qui abordent les lisières du visible et de l’invisible, du lisible et de l’illisible, du dicible et de l’indicible, mais aussi du tangible et de l’évanescent, dans les dialogues qu’ils instaurent avec le réel ou l’imaginaire. Leurs travaux, par-delà leurs différences, interrogent nos rapports au nivellement, à l’homogénéisation, au point de fixation qui, entre figuration et abstraction, stabilise le point de vue. Les tirages sont réalisés à l’aide de procédés alternatifs et les textes sont imprimés sur presses typographiques.

Éditions Sipar

Sipar est une ONG française créée en 1982. Ses premières actions furent l’enseignement du français dans les camps de réfugiés en Thaïlande et la formation dans les sites à la frontière khmérothaïlandaise. Depuis plus de vingt ans, Sipar collabore avec les institutions, les communautés sur le terrain, et centre ses actions autour du développement de la lecture, de l’éducation par l’accès aux livres et de la lutte contre l’illettrisme. Sipar a initialement mis en place des lieux de lecture dans les milieux scolaires : trois cents écoles primaires sont équipées de bibliothèques et plus de deux mille cinq cents bibliothécaires ont été formés par Sipar.

Dans le secteur public (villages, hôpitaux, prisons, usines textile, etc.), Sipar a créé des coins de lecture et implanté des bibliothèques et centres de ressources documentaires. Sur les routes ont été mises des bibliothèques mobiles : neuf bibliobus sèment le livre dans des régions défavorisées pour le rendre accessible aux communautés les plus pauvres et développer le goût de la lecture dès le plus jeune âge. Après avoir développé le métier de bibliothécaire au Cambodge, Sipar développe la filière édition. Confronté à la pauvreté de l’offre, Sipar lance en 2000 un programme d’édition de livres en langue khmère. Sipar propose aujourd’hui cent trente-cinq ouvrages en langue khmère adaptés aux différentes tranches d’âges et de publics. L’équipe édition de Phnom Penh conçoit et édite vingt nouveautés chaque année.

Calendrier

Mardi 12/10 : Départ d‘Arnac-la-Poste Étape 1 de 13h à 21h à Bordeaux, sur le parvis de La MÉCA – Maison de l‘économie créative et de la culture en partenariat avec le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA + projections dans l’auditorium d’ALCA

Mercredi 13/10 : Étape 2 de 11h à 20h à Lectoure, sur l‘esplanade du Bastion, en partenariat avec le Centre d‘art et de photographie de Lectoure + à 21h projection au cinéma Le Sénéchal

Jeudi 14/10 Étape 3 de 12h à 16h30 à Colomiers, sur le parvis du Pavillon blanc Henri Molina, Médiathèque Centre d’art de Colomiers

Étape 4 dans le cadre du festival Le Printemps de septembre de 19h30 à 22h30 à Toulouse, dans le jardin de la Galerie Le Château d‘Eau

Vendredi 15/10 : Étape 5 de 14 h à 22 h à Sète, sur le parvis du Crac Occitanie, Centre régional d’art contemporain

Samedi 16/10 : Performances d’arrivée de 10h à 18h (horaires à confirmer) à Nice, dans le cadre de l’exposition « Le théâtre des objets de Daniel Spoerri » au MAMAC – Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice, place Yves Klein, et dans le cadre des Visiteurs du soir 2021 du réseau Botox(s)

Dimanche 17/10 : Retour direct vers Arnac-la-Poste

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