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Choc pétrolier en Asie du Sud-Est : le Cambodge, épicentre de la vulnérabilité énergétique du Mékong

Alors que les tensions s’intensifient au Moyen-Orient, les économies du bassin du Mékong subissent de plein fouet une onde de choc énergétique que leurs structures fragiles peinent à amortir.

File de tuk tuks dans une station service de Phnom Penh. Photo CG
File de tuk tuks dans une station service de Phnom Penh. Photo CG

Dans une analyse publiée par la société de conseil Confluences Capital, un constat s’impose : derrière la hausse brutale des prix se cache une vulnérabilité inscrite dans les fondements mêmes du système énergétique régional. Et c’est le Cambodge qui en apparaît comme le point de rupture le plus exposé.

L’ASEAN, qui importe désormais 66 % de son pétrole brut – un record en cinq ans –, dépend à 92 % de fournisseurs extérieurs à la zone. Une exposition qui devient critique lorsque la mer Rouge et le détroit d’Ormuz, artères vitales par lesquelles transite près du quart du pétrole mondial, se transforment en ligne de front.

« Le narratif énergétique du Mékong est une affaire de structure, pas seulement de flambée des prix », souligne le rapport.

Des vulnérabilités inégales

Tous les pays de la sous-région ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. La Thaïlande, géant industriel, affiche une dépendance au brut de 94 %, tandis que le Vietnam, mieux pourvu en raffinage, tombe à 47 %. Mais ce sont le Cambodge et le Laos qui concentrent le risque : dépourvus de capacité de raffinage, ils importent 100 % de leurs produits finis, essence et diesel compris. Pour Phnom Penh, la facture a déjà gonflé : les importations de carburants ont bondi de 12 % en 2024, pour atteindre 2,69 milliards de dollars.

La transmission du choc y est mécanique. En mars 2026, alors qu’une escalade militaire au Moyen-Orient fait craindre une nouvelle flambée, les prix à la pompe s’emballent : au Vietnam, le gasoil et l’essence grimpent de 17 à 21 % en une semaine ; en Thaïlande, la hausse atteint 10 %, avant d’être tamponnée par le fonds pétrolier national. Au Cambodge, l’absence de ce matelas de sécurité se traduit par des hausses spectaculaires : +42 % pour l’essence, +84 % pour le diesel entre février et mars 2026.

Le Cambodge, laboratoire d’une résilience sous condition

L’étude de Confluences Capital consacre un volet spécifique au Cambodge, pays parmi les plus exposés. « L’impact du conflit au Moyen-Orient a été immédiat », souligne le document. Dans une économie où 88,3 % de l’emploi est informel, et où les revenus dépendent directement des coûts d’exploitation – notamment des transports –, la hausse du carburant agit comme un puissant accélérateur de l’inflation.

Les autorités ont toutefois réagi en instaurant des prix plafonds et en puisant dans des réserves d’environ vingt et un jours. Une stratégie de « stabilisation par le budget » qui protège le pouvoir d’achat à court terme, mais reporte la volatilité sur les finances publiques.

« Ce choc révèle une caractéristique fondamentale de l’économie cambodgienne : les hausses de coûts sont transmises par la logistique, non par la production », analyse le rapport.

Début timide de diversification

Face à cette vulnérabilité structurelle, les signaux de diversification restent modestes mais réels. Le Cambodge a approuvé fin 2024 un projet de parc éolien de 150 MW à Mondulkiri, porté par HK Oasis Power pour un investissement de 200 millions de dollars. Un autre projet, de 100 MW, est porté par le français Blue Circle en partenariat avec le conglomérat local Royal Group. Objectif affiché : porter à 70 % la part des énergies propres dans le mix électrique d’ici 2030.

Mais ces projets, prévus pour 2027, ne modifieront qu’à la marge une dépendance au charbon et aux produits raffinés importés qui reste écrasante.

« Leur impact restera graduel, prévient Confluences Capital. L’intégration au réseau, les délais d’exécution et l’ampleur des investissements détermineront la vitesse à laquelle les renouvelables pourront réduire significativement la dépendance extérieure. »

Résilience sous conditions

Au total, le cabinet de conseil dresse le portrait d’un système « structurellement dépendant, mais opérationnellement adaptatif », capable de maintenir sa continuité sous stress grâce à des interventions publiques et à un sourcing international flexible. Une résilience toutefois suspendue à deux variables : la durée de la pression extérieure sur les prix, et la capacité des États à soutenir leurs dispositifs de stabilisation dans le temps.

« À Confluences Capital, conclut l’étude, nous suivons ces tendances pour anticiper les retournements et capter les nouveaux relais de croissance ». Une mission qui, dans l’incertitude actuelle, s’apparente autant à de l’analyse économique qu’à un exercice de prospective géopolitique.

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