Cham Silk : quand une étudiante cambodgienne se met au service de la mémoire textile
- La Rédaction

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Au Hills Tribes Memory Community Center de Mondolkiri, sous l'égide du Documentation Center of Cambodia, une stagiaire de 22 ans consacre son été à la relance d'un savoir-faire textile en péril : la soie cham. Le témoignage de Mok Chantreapheak, étudiante en Business Administration and Management à Budapest, éclaire les ressorts d'un projet où commerce et mémoire collective se rejoignent.

Sur la terrasse en bois du Hills Tribes Memory Community Center, face aux collines de Mondoulkiri, Mok Chantreapheak prend des notes entre deux entretiens avec les artisans du projet. En quatrième année de Business Administration and Management dans une université de Budapest, elle effectue cet été un stage marketing peu conventionnel : non pas au sein d'une entreprise classique, mais au cœur du projet Color of Memory : Cham Silk, porté par le Documentation Center of Cambodia (DC-Cam).
Un savoir-faire en péril
La soie cham, production textile associée depuis des siècles à la minorité musulmane cham du Cambodge, figure parmi les traditions artisanales les plus fragilisées du pays. Les bouleversements du XXe siècle, en particulier la période du Kampuchéa démocratique durant laquelle la communauté cham a été particulièrement visée, ont profondément entamé la transmission de ce savoir-faire. Dans de nombreux villages, la mémoire technique du tissage a purement et simplement disparu.
C'est cette mémoire que le projet Color of Memory s'attache à reconstituer. Fruit d'un travail de recherche approfondi, Cham Silk s'appuie sur les souvenirs de tisserandes cham pour retrouver motifs, gestes et esthétique d'origine, et les faire renaître à travers une production contemporaine de sampots, kramas et foulards tissés à la main.
Une conception du marketing par la mémoire
« Ce qui m'inspire le plus dans Color of Memory, c'est que ce n'est pas qu'une entreprise sociale », explique Mok Chantreapheak. « C'est une plateforme de préservation culturelle, de soutien aux artisans et d'impact social positif, à travers un modèle de développement durable. »
Pour la stagiaire, l'expérience dépasse le cadre habituel d'un stage en marketing. Elle y voit une leçon plus large : le marketing ne se réduit pas à la promotion d'un produit, il repose sur la capacité à raconter une histoire, à créer du lien et à générer un impact tangible — une dimension qu'elle a pu observer concrètement sur le terrain.
Chaque achat comme acte de transmission
La spécificité de Cham Silk tient à la nature de l'acte d'achat lui-même. Une pièce de soie cham n'est pas un simple objet artisanal : chaque vente contribue à la relance d'un patrimoine textile, soutient des artisans ayant traversé l'ère du Kampuchéa démocratique, et offre à des femmes cham un accès à un emploi porteur d'autonomie économique.
Au-delà de l'esthétique des tissus, le projet entend ainsi faire de chaque pièce vendue un vecteur de reconnaissance historique pour une communauté longtemps marginalisée.
Un modèle à vocation exemplaire
Au terme de son stage, Mok Chantreapheak retient la capacité des entreprises sociales à produire un changement durable. Loin des études de cas abstraites de son cursus budapestois, elle a vu, sur le terrain de Mondoulkiri, comment un modèle économique peut activement contribuer à la préservation culturelle et au soutien des communautés, au-delà des seuls objectifs commerciaux. Une expérience que le Documentation Center of Cambodia entend voir essaimer au-delà du seul secteur textile.
Pour découvrir Cham Silk :
Site web : chamsilk.dccam.org
Instagram : @thechamsilk







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