Cambodge : Un « casino » de bois sans jetons mais plein de grenades, quand certains médias français de Thaïlande relaient l'intox
- La Rédaction

- 6 janv.
- 3 min de lecture
Alors que certains médias francophones installés en Thaïlande ont relayé, avec un enthousiasme manifestement plus fort que leur sens de la vérification, l’histoire d’un « casino cambodgien » servant de cache d’armes, la scène photographiée raconte tout autre chose.

Selon la déclaration officielle du ministère cambodgien de l’Intérieur, il s’agit en réalité du « Gate 56 of Border Patrol Police », un poste relevant du Bataillon de protection des frontières 825 de la police provinciale de Pursat, situé entièrement en territoire cambodgien, et non du supposé « Thmar Da Casino ».
Un décor qui ne trompe que ceux qui veulent y croire
Dès le premier coup d’œil, la pièce ne ressemble à aucun des casinos, même les plus miteux, que l’on trouve dans la région. On voit un bâtiment en bois simple, des cloisons légères, des fenêtres ordinaires, un sol nu, sans moquette, sans éclairage tape‑à‑l’œil, sans bar ni décoration. Rien n’évoque un lieu pensé pour accueillir des joueurs, mais plutôt un espace de travail ou de stockage interne.
À la place des tables de roulette ou de blackjack, ce sont des caisses brutes en bois, ouvertes au sol, qui occupent la majeure partie de la pièce. Les couvercles sont relevés, laissant apparaître un contenu qui tient plus de la logistique militaire que de l’industrie du jeu : objets métalliques, cylindres, grenades présumées, tout est disposé comme un dépôt improvisé. On cherche encore les jetons, les cartes et les machines à sous.
Quand le « jackpot » devient une cache d’armes
Le récit initial, relayé notamment via l’article de Khaosod English titré sur la saisie d’un « large Cambodian arms cache hidden in casino », a donc trouvé chez certains relais français un écho complaisant. L’accroche est séduisante : un casino à la frontière, des armes cachées, des marines qui surgissent… Tout y est, sauf la cohérence avec ce que l’on voit sur l’image et avec la réalité du lieu.
Le gouvernement cambodgien a clairement indiqué que les images et la localisation brandies comme preuves ne correspondent en rien à ce qui est présenté comme l’enceinte du « Thmar Da Casino ». Au contraire, il s’agit d’un poste de patrouille frontalière cambodgienne, ce qui change légèrement la nature de l’histoire. On passe d’un scénario de film de mafieux à une opération menée dans un bâtiment de police, avec toutes les implications politiques que cela suppose.
Un stockage d’armes artisanal
Ironie supplémentaire : même en tant que dépôt d’armes, la scène ne respire pas la grande rigueur professionnelle. Les caisses sont posées directement au sol, parfois ouvertes, sans rayonnage, sans organisation apparente par type de matériel, sans étiquetage clair ni signalisation visible de sécurité. Pour un stockage d’explosifs ou de munitions, le mot poli serait « rudimentaire ».
Le bâtiment lui‑même, en grande partie en bois, sans dispositifs apparents de sécurité incendie, ne correspond pas aux standards attendus pour un dépôt d’armement réglementaire. Tout concourt à donner l’impression d’un stockage improvisé, à mille lieues de l’image d’un arsenal sophistiqué caché derrière les lumières d’un casino.
Quand la fiction médiatique heurte la diplomatie
Au‑delà de l’erreur factuelle, l’affaire a une dimension politique. Le porte‑parole du ministère cambodgien de l’Intérieur rappelle que cette diffusion d’informations mensongères contredit frontalement le paragraphe 8 de la Déclaration conjointe du 3e Comité général spécial frontalier (GBC) Cambodge–Thaïlande, signé le 27 décembre 2025. Ce texte engage pourtant les deux parties à s’abstenir de diffuser de fausses informations ou des « fake news » pour éviter l’escalade des tensions et favoriser un climat de dialogue.
En qualifiant la saisie dans un poste de police cambodgien d’« acte de pillage » et en dénonçant l’application de la « loi de la jungle » par le gouvernement et l’armée thaïlandais, Phnom Penh donne à cet épisode une coloration très loin du simple malentendu médiatique. Les autorités cambodgiennes rejettent catégoriquement le récit relayé par Khaosod English et appellent la partie thaïlandaise à cesser toute action hostile et à revenir à l’esprit de la déclaration conjointe, fondée sur la confiance, la bonne foi, la justice et le respect mutuel.
En somme, cette photo n’est pas la vitrine d’un casino sulfureux, mais le miroir d’un emballement médiatique où certains semblent avoir confondu reportage, scénario de série B et instrument de pression politique.







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