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Le Cambodge s'impose comme modèle émergent des partenariats public-privé en Asie du Sud-Est

La Banque mondiale salue des progrès spectaculaires dans l'encadrement juridique et institutionnel des PPP, un signal fort pour les investisseurs privés à l'heure où Phnom Penh vise le statut de pays à revenu élevé d'ici 2050.

Le Cambodge s'impose comme modèle émergent des partenariats public-privé en Asie du Sud-Est

Dans les couloirs du ministère de l'Économie et des Finances de Phnom Penh, une nouvelle circule avec une certaine fierté : la Banque mondiale vient de distinguer le Cambodge parmi les pays en développement ayant mis en place un cadre « complet et bien développé » pour les partenariats public-privé (PPP).

Une reconnaissance qui, au-delà du satisfecit institutionnel, traduit une transformation en profondeur de l'environnement des affaires d'un pays longtemps associé à l'instabilité réglementaire.

Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes

Le rapport Benchmarking Infrastructure Development, publié par le groupe Infrastructure Finance, PPPs & Guarantees (IPG) de la Banque mondiale, évalue la qualité des cadres réglementaires de plus d'une centaine de pays selon les meilleures pratiques internationales en matière de préparation, de passation des marchés et de gestion des grands projets d'infrastructure en PPP.

Pour le Cambodge, les données sont éloquentes. Le score relatif à la préparation des projets est passé de 26 points sur la période 2019–2022 à 39 points en 2025. Celui de la passation des marchés a enregistré l'une des progressions les plus marquantes du rapport : de 8 à 51 points. La gestion de projet s'est améliorée, passant de 76 à 79 points, tandis que le volet des projets à l'initiative du secteur privé (dits « unsolicited projects ») a progressé de 17 à 33 points, traduisant un intérêt croissant des opérateurs internationaux pour un marché longtemps sous-exploité.

Ces résultats témoignent d'une évolution structurelle que peu d'observateurs auraient anticipée il y a encore cinq ans.

Une architecture institutionnelle rénovée

Cette performance repose sur un socle juridique et institutionnel considérablement renforcé depuis 2021. La loi sur les partenariats public-privé, adoptée cette année-là à l'issue d'un processus de consultation multipartite, a posé les bases d'un régime moderne de coopération entre l'État et les investisseurs privés, axé sur l'efficacité, la transparence et la redevabilité.

Le dispositif s'appuie sur la Direction générale des partenariats public-privé (GDPPP), placée sous la tutelle du ministère de l'Économie et des Finances, qui assure le secrétariat du Comité interministériel pour les PPP (IMC) — l'organe central chargé de la sélection et de l'approbation des projets. En parallèle, le gouvernement royal a constitué un Fonds pour le développement des projets (Project Development Fund), destiné à financer les études de faisabilité et à accélérer la maturation des dossiers au sein des ministères techniques.

Cette architecture institutionnelle répond à une critique ancienne : l'absence d'un guichet unique capable de donner aux investisseurs étrangers la lisibilité dont ils ont besoin pour engager des capitaux à long terme dans des projets souvent complexes.

Un contexte macroéconomique porteur, mais sous tension

La consécration de la Banque mondiale intervient dans un contexte économique particulier. Après deux décennies de croissance exceptionelle — le PIB cambodgien a progressé en moyenne de 8,2 % par an entre 2000 et 2019, faisant du pays la cinquième économie à la croissance la plus rapide au monde — le choc du Covid-19 avait provoqué, en 2020, la première récession depuis 25 ans (-3,6 %). La reprise s'est depuis confirmée, avec une croissance estimée à 6 % en 2024.

Mais les défis demeurent considérables. Le déficit d'infrastructure reste l'un des principaux freins au développement : routes, énergie, eau potable, connectivité numérique — autant de secteurs où les besoins dépassent largement les capacités de financement public. Les estimations font état d'un programme d'investissement de quelque 50 milliards de dollars pour 330 projets d'infrastructure sur les prochaines années, dans les domaines routier et logistique notamment. Le port de Sihanoukville, principal débouché maritime du pays, a atteint un record de 1,3 million d'EVP en 2025, avec un taux d'occupation des quais frôlant la saturation.

C'est précisément dans ce contexte que les PPP prennent tout leur sens stratégique.

La Stratégie Pentagonale comme horizon

La reconnaissance internationale de la Banque mondiale s'inscrit dans une trajectoire plus large, celle de la Stratégie Pentagonale, feuille de route socio-économique lancée par le Premier ministre Hun Manet en août 2023 pour les vingt-cinq prochaines années. L'objectif affiché : hisser le Cambodge au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur d'ici 2030, puis à revenu élevé d'ici 2050. La Phase I (2024–2028) cible une croissance annuelle supérieure à 7 % et un taux de pauvreté inférieur à 10 %.

Les PPP y occupent une place centrale, notamment dans les cinq piliers prioritaires identifiés par le gouvernement : capital humain, diversification économique, développement du secteur privé, résilience climatique et économie numérique. La Banque mondiale, dans son Country Partnership Framework 2025–2029, a d'ailleurs aligné son programme de soutien sur ces mêmes priorités, avec une attention particulière portée à l'éducation de base, à la compétitivité et à la protection des ménages vulnérables.

Des experts internationaux confiants, avec des réserves

Les experts de la Banque mondiale se disent confiants dans la capacité du Cambodge à poursuivre sur cette lancée, soulignant que le renforcement de la coopération public-privé pourrait accélérer le développement dans des secteurs critiques : transport, énergie, alimentation en eau et autres infrastructures stratégiques.

Mais certains analystes invitent à la prudence. Le saut qualitatif mesuré par le Benchmarking Infrastructure Development porte essentiellement sur la qualité du cadre réglementaire, non sur le volume effectif des transactions conclues. La mise en œuvre opérationnelle — délais d'instruction, arbitrage des litiges, capacité administrative des ministères techniques — reste un défi dans un pays où l'État de droit demeure en construction.

La Banque asiatique de développement (ADB), dans son Country Partnership Strategy pour la période 2024–2028, note d'ailleurs que « le manque de diversification économique conduite par le secteur privé » reste l'une des principales vulnérabilités structurelles du Cambodge. Et de souligner que l'exposition aux chocs climatiques pourrait amputer le PIB de près de 10 % d'ici 2050 si des mesures d'adaptation ne sont pas prises à temps.

Un signal pour les investisseurs

Reste que la reconnaissance de la Banque mondiale constitue un signal fort pour la communauté internationale des investisseurs. En améliorant ses scores dans des domaines aussi concrets que la passation des marchés — de 8 à 51 points, soit un quasi-doublement du score maximal possible — le Cambodge envoie un message clair : les règles du jeu existent, elles sont lisibles, et leur application progresse.

Le pays s'inscrit dans un mouvement régional plus large. L'ASEAN dans son ensemble s'efforce d'attirer des capitaux privés pour combler un déficit d'infrastructure estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars à l'horizon 2030. Dans cette compétition, les pays capables de démontrer un cadre PPP solide et transparent disposent d'un avantage comparatif décisif.

Pour Phnom Penh, l'enjeu est désormais de transformer l'essai : convertir la qualité du cadre institutionnel en projets effectivement financés, construits et livrés. L'histoire économique de la région regorge d'exemples de réformes bien conçues qui n'ont jamais trouvé preneurs faute d'exécution. Le Cambodge, lui, semble avoir compris qu'entre les textes de loi et les chantiers ouverts, le chemin reste encore long.

Sources : Banque mondiale, Benchmarking Infrastructure Development (2025) ; World Bank Country Partnership Framework Cambodia FY2025–2029 (octobre 2024) ; ADB Country Partnership Strategy Cambodia 2024–2028 ; Gouvernement royal du Cambodge, Stratégie Pentagonale Phase I (2023) ; Délégués commerciaux du Canada, Le marché des infrastructures au Cambodge (2023).

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