Cambodge & Tourisme : Angkor décroche, Phnom Penh résiste, Sihanoukville progresse
Sur les sept premiers mois de 2026, le royaume a reçu à peine deux millions de visiteurs étrangers, près de la moitié de moins qu'un an plus tôt. La fermeture de la frontière thaïlandaise explique l'essentiel de la chute, mais pas tout. Derrière la moyenne nationale, les trois grands pôles touristiques suivent des trajectoires opposées.

Arrivées internationales au Cambodge : la chute se joue aux frontières terrestres
Le chiffre est brutal. Le ministère du Tourisme a recensé 1,99 million d'arrivées internationales entre janvier et juillet 2026, en baisse de 46 % sur un an. Au premier semestre, le recul atteignait 47,9 %, à 1,75 million contre 3,36 millions.
La mécanique est d'abord géographique. Au premier trimestre, les entrées par voie terrestre ont chuté de 69 %, contre 15,9 % pour les arrivées aériennes. L'avion représente désormais 65,4 % des entrées. Le marché thaïlandais a quasiment disparu : de janvier à mai, il est passé de 856 169 à 32 757 visiteurs, soit -96,2 %. Tous les points de passage terrestres sont fermés depuis fin juin 2025. Côté thaïlandais, aucune ouverture n'est en vue. En mai 2026, le Premier ministre Anutin Charnvirakul a réaffirmé que les postes resteraient fermés tant que le Cambodge n'accepterait pas les conditions posées par Bangkok.
Hors Thaïlande, un recul d'un quart
Retirer la Thaïlande de l'équation ne suffit pas à effacer la crise. Sur les chiffres officiels du premier trimestre, les arrivées hors Thaïlande passent d'environ 1,34 million à 988 000, soit un recul de 26 %. Une analyse publiée en juillet par Market Insider aboutit à une baisse d'environ 28 % sur cinq mois, hors marché thaïlandais.
Les autres marchés régionaux s'effondrent aussi. Au premier trimestre, le Laos recule de 90,6 %, la Corée du Sud de 66,1 %, la Russie de 57,3 % et le Vietnam de 22,7 %. Le cas coréen a une cause précise. En octobre 2025, Séoul a interdit à ses ressortissants plusieurs zones du Cambodge après la mort d'un étudiant coréen enlevé et torturé par un réseau criminel. Le mont Bokor, Bavet et Poipet figurent dans la liste.
Le ministre Huot Hak résume les causes officielles. Il cite la mauvaise publicité liée aux réseaux d'escroquerie en ligne, les tensions frontalières avec la Thaïlande et la flambée des carburants provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Les marchés lointains résistent mieux. La France recule de 16,9 % au premier trimestre, à 43 425 visiteurs, les États-Unis de 12,9 % et le Royaume-Uni de 11,9 %. Détail révélateur : sur 242 387 arrivées chinoises au premier trimestre, 135 209 relèvent des voyages d'affaires, contre 106 207 pour les séjours de loisirs.
Recettes et hôtellerie : 2025 avait déjà sonné l'alerte
Le retournement a commencé l'an dernier. En 2025, le pays a reçu 5,57 millions de visiteurs étrangers, en baisse de 16,9 %. Le taux d'occupation hôtelier est tombé à 59,1 %, contre 77,8 % en 2024. La durée moyenne de séjour a reculé de 7,1 à 6,2 jours. Les recettes, elles, ont tenu. Elles ont atteint 3,878 milliards de dollars, et le tourisme pèse 9,8 % du PIB selon le ministère.
Les institutions financières ont intégré le choc. La Banque mondiale a abaissé en avril sa prévision de croissance 2026 à 3,9 %, contre 4,8 % l'an dernier. Pour la Banque asiatique de développement, la fermeture de la frontière freinera la croissance cette année avant une reprise en 2027 portée par les services touristiques.
Transport aérien : autant d'avions, moins de passagers
Les compagnies maintiennent leurs lignes, mais les cabines se vident. Sur sept mois, les trois aéroports internationaux ont traité 37 248 vols (-1 %) et 3,71 millions de passagers (-9 %). Le fret progresse de 21 %. L'aéroport Techo, au sud de Phnom Penh, a concentré 70,3 % des mouvements d'avions au premier semestre, Siem Reap 24 % et Sihanoukville 5,3 %.
Visa gratuit pour les Chinois : le levier de l'été
Le gouvernement a choisi de jouer la carte chinoise. La Chine avait fourni plus de 1,2 million de visiteurs en 2025, en hausse de 41,5 %. Depuis le 15 juin et jusqu'au 15 octobre, les ressortissants chinois entrent sans visa pour 14 jours, avec entrées multiples et un simple formulaire e-Arrival. L'effet reste à mesurer, mais le secteur en réclame davantage. Le groupe de travail sur le tourisme a demandé la prolongation du dispositif jusqu'à la fin de l'année et son extension à d'autres marchés. Huot Hak s'est engagé à soumettre ces demandes au Premier ministre Hun Manet.
Les scénarios du ministère face à l'arithmétique
Le ministère a publié trois scénarios pour 2026 : 4,6 à 4,8 millions d'arrivées si la crise perdure, 5,3 à 5,5 millions si la situation s'améliore sans règlement frontalier, 6,1 à 6,3 millions en cas de sortie de crise complète. Le calcul est vite fait. Avec 1,99 million à fin juillet, même le scénario bas suppose plus de 520 000 arrivées par mois d'août à décembre. Le mois de juillet, déduit des cumuls publiés, tourne autour de 240 000. À titre de comparaison, le quatrième trimestre 2025 avait totalisé 1,19 million d'arrivées.
Un effet de base jouera en revanche en faveur du second semestre. Les comparaisons se font désormais avec des mois déjà affectés par le conflit : juillet 2025 affichait déjà un recul de 39,6 % sur un an.
Tourisme à Phnom Penh : la capitale amortit le choc
Phnom Penh s'en sort le mieux des trois pôles. Au premier trimestre, la capitale a reçu 570 152 visiteurs étrangers, en baisse de 6,9 % seulement. La même série fait apparaître une hausse de 672 % des visiteurs cambodgiens, un chiffre hors norme à manier avec précaution. La capitale profite de son statut de porte d'entrée aérienne. Mais les arrivées internationales à l'aéroport Techo ont tout de même baissé de 21,1 % sur le trimestre.
La ville a désormais sa feuille de route. Le plan de développement touristique 2026-2030 de Phnom Penh a été lancé le 17 août par Huot Hak et le gouverneur Khuong Sreng, sous le mot d'ordre « Clean, Smart and Green ». Le ministre met en avant la promenade piétonne de Chaktomuk, l'un des produits les plus récents de la capitale. Il a aussi insisté sur la sécurité et l'ordre public, jugés décisifs pour attirer les visiteurs.
Tourisme à Siem Reap : Angkor perd près d'un visiteur étranger sur trois
Siem Reap concentre les pertes. De janvier à août, 474 993 visiteurs étrangers ont acheté un billet pour le parc archéologique d'Angkor, soit 29,07 % de moins qu'un an plus tôt. Les recettes atteignent 22,54 millions de dollars, en recul de 27,43 %. Pour mémoire, l'année 2025 entière avait totalisé 955 131 billets et 44,71 millions de dollars.
La province tout entière décroche. Sur les quatre premiers mois, Siem Reap a accueilli 1 638 257 visiteurs, en baisse de 37,54 %. Les touristes cambodgiens reculent de 38,72 %, les étrangers de 32,18 %, à 322 004. L'aéroport illustre le paradoxe. Au premier trimestre, les vols ont augmenté d'environ 5 % mais les passagers ont baissé d'environ 7 %, à 480 092. Un programme d'incitation, valable jusqu'au 31 mars 2027, offre jusqu'à 100 % de remise sur les redevances d'atterrissage, de stationnement et de balisage la première année pour toute nouvelle ligne.
Le diagnostic local est sévère. Le directeur provincial du tourisme, Thim Sereyvuth, reconnaît que de nombreux hôtels fermés pendant la pandémie n'ont jamais rouvert. Fin mai, plus de 200 professionnels se sont réunis pour chercher des pistes, notamment des circuits combinant plusieurs provinces. Thourn Sinan, président de la section cambodgienne de PATA, estime que le pays doit réparer une image abîmée par les centres d'escroquerie en ligne, même s'il salue la répression engagée par le gouvernement.
Un signal plus encourageant est apparu en août. Ce mois-là, 46 770 visiteurs étrangers ont acheté un billet, soit -8 % sur un an, pour 2,22 millions de dollars de recettes (-8,5 %). L'écart se resserre nettement par rapport aux -30 % du premier semestre.
Tourisme à Sihanoukville : la seule grande province en croissance
La côte fait exception. En 2025, Preah Sihanouk a reçu 415 459 visiteurs étrangers, contre 318 491 en 2024, soit +30 %. Au premier trimestre 2026, les arrivées étrangères ont encore progressé de 17,8 %, à 148 796. Les visites domestiques, elles, ont reculé de 14,6 %, à 1,2 million. L'aéroport local change d'échelle, depuis une base modeste. Ses arrivées internationales ont doublé au premier trimestre (+104 %), à 26 361.
L'autoroute, le port et les croisières soutiennent cette dynamique. L'autoroute Phnom Penh-Sihanoukville a ramené le trajet depuis la capitale à moins de deux heures. Le Costa Serena a fait sa première escale le 4 février avec près de 3 000 passagers. Le 14 septembre, Huot Hak et le gouverneur Mang Sineth ont lancé le plan touristique provincial 2026-2030, qui vise une destination haut de gamme pour les loisirs comme pour les affaires.
L'héritage des années casino pèse encore. Chea Kimsea, d'Advantage Property Services, évoque environ 400 immeubles à l'arrêt dans le centre-ville. Depuis juillet 2025, quelque 250 sites de fraude et plus de 90 casinos ont été fermés selon les autorités, dont beaucoup à Sihanoukville. Leur fermeture a fait baisser la demande immobilière. Koh Rong porte l'essentiel des ambitions. Un aéroport international de 300 millions de dollars y est en construction depuis janvier 2024, confié à Royal Group.
D'ici la fin de l'année : trois échéances
Le 15 octobre marque la fin prévue de l'exemption de visa chinoise, sauf prolongation. La haute saison démarre au même moment à Angkor. À Sihanoukville, les croisières reprennent en octobre avec une escale, puis deux en novembre et cinq en décembre, selon le calendrier publié l'an dernier. Côté thaïlandais, aucune date de réouverture des frontières n'a été annoncée.








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