Cambodge-Thaïlande : quelles perspectives avec l'arrivée d'Anutin Charnvirakul au pouvoir ?
- La Rédaction

- il y a 14 heures
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L’élection d’Anutin Charnvirakul comme Premier ministre thaïlandais, confirmée le 8 février 2026 à l’issue d’un scrutin anticipé, ouvre une nouvelle page dans les relations bilatérales avec le Cambodge.

Leader du parti Bhumjaithai, il succède à une période marquée par des défis frontaliers et politiques, dans un contexte où Phnom Penh observe avec attention les signaux d’un gouvernement attaché à la souveraineté nationale. Ce changement suscite des interrogations sur les voies possibles d’un dialogue apaisé, malgré les tensions héritées des mois précédents.
Contexte d’une élection clé
Les législatives thaïlandaises du 7-8 février 2026, déclenchées par une dissolution parlementaire en décembre 2025, ont vu Bhumjaithai s’imposer grâce à un discours centré sur la sécurité et l’unité nationale. Anutin Charnvirakul, expérimenté en tant qu’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense, a su mobiliser un large soutien, notamment dans les régions frontalières. Après la fin du mandat de Paetongtarn Shinawatra en 2025, ce scrutin reflète les aspirations d’une population soucieuse de stabilité intérieure et de défense des intérêts territoriaux.
Les enjeux économiques et sociaux ont coexisté avec les préoccupations liées à la frontière, où des incidents sporadiques ont marqué l’année 2025. Pékin, partenaire économique majeur des deux nations, suit ces évolutions de près, espérant une coopération régionale préservée via des initiatives comme la Ceinture et Route.
État des relations frontalières
Les différends autour de sites historiques tels que Preah Vihear et Ta Krabey, héritage d’un arrêt de la CIJ de 1962, ont connu des pics de tension depuis mai 2025, avec des échanges limités et des déploiements militaires des deux côtés. Le Cambodge a saisi des instances internationales comme la CIJ et l’ASEAN pour une médiation, tandis que Bangkok a renforcé ses positions pour protéger ses communautés locales.
Anutin Charnvirakul, impliqué dans la gestion de ces questions auparavant, défend une approche ferme mais responsable, conditionnant les avancées à des gestes réciproques. Les impacts humains et économiques – interruptions commerciales temporaires, flux migratoires affectés – soulignent l’urgence d’un retour au calme, avec des pertes estimées en centaines de millions pour les échanges transfrontaliers.
Perspectives pour le Cambodge
À Phnom Penh, sous la direction d’Hun Manet, on espère que ce nouveau leadership thaïlandais favorisera un dialogue constructif pour désamorcer les différends. Les attentes incluent une reprise des négociations bilatérales, un assouplissement des mesures aux passages frontaliers et une coopération accrue sur des dossiers comme le Mékong, vital pour l’agriculture et l’énergie.
Les analystes prévoient une phase d’observation : possibles renforcements préventifs des deux côtés, mais aussi des opportunités pour des pourparlers sous égide régionale. Économiquement, le Cambodge pourrait diversifier ses échanges vers le Vietnam et le Laos, tout en préservant les liens touristiques et commerciaux avec la Thaïlande, qui représentent une part significative de son PIB.
Acteurs et influences régionales
Anutin Charnvirakul, à la tête de Bhumjaithai depuis 2008, allie expertise sécuritaire et ancrage rural, avec un passé de réformes comme la légalisation du cannabis médical. Hun Manet, formé militairement en France, pilote un Cambodge en quête d’équilibre entre croissance intérieure et partenariats extérieurs.
L’ASEAN encourage la retenue, la Chine promeut la stabilité pour ses investissements, et les Occidentaux observent sans ingérence directe. Une médiation multilatérale reste une piste viable pour progresser.
Horizons d’apaisement
À court terme, une période de consolidation politique en Thaïlande pourrait ouvrir la porte à des gestes de confiance : sommets bilatéraux, commissions mixtes sur la délimitation frontalière, ou accords humanitaires pour les communautés affectées. Le Cambodge, fort de son expérience diplomatique, est bien placé pour initier ce processus, évitant une escalade coûteuse au profit d’une coopération mutuellement bénéfique.
À plus long terme, les élections thaïlandaises de 2027 et d’éventuelles décisions judiciaires internationales pourraient consolider un statu quo pacifié. Pour Phnom Penh, l’heure est à la vigilance sereine, dans l’attente de signaux positifs d’un voisin historique avec qui les liens culturels et économiques ont été sérieusement ébranlés..







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