Cambodge : Quand la jeunesse francophone se prépare à recevoir le monde
- La Rédaction

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Dans les couloirs de l'Institut des Langues Étrangères de l'Université Royale de Phnom Penh, une effervescence particulière s'est installée depuis plusieurs semaines. Étudiants en français, enseignants chevronnés et responsables administratifs préparent, chacun à leur échelle, l'un des rendez-vous diplomatiques les plus importants que le Royaume ait jamais accueillis : le XXe Sommet de la Francophonie.

L'événement, qui réunira les chefs d'État et de gouvernement de l'espace francophone, se tiendra les 15 et 16 novembre 2026. Fait notable, le lieu de la rencontre a connu un changement de dernière minute : initialement prévu à Siem Reap pour son aura patrimoniale liée aux temples d'Angkor, le sommet se déroulera finalement à Phnom Penh, un déplacement annoncé par le ministère des Affaires étrangères pour garantir des conditions d'accueil optimales. Les missions d'évaluation préalables avaient en effet mis en lumière plusieurs obstacles à Siem Reap : la dispersion des infrastructures pour accueillir entre 5 000 et 7 000 délégués, l'éloignement des liaisons internationales et les contraintes liées à la saison des pluies en novembre.
Pour le Cambodge, ce choix de la capitale ne change rien à la portée symbolique de l'événement. Ce sera seulement la deuxième fois que ce sommet se déroulera en Asie, après celui d'Hanoï en 1997, qui avait réuni plus de 90 délégations internationales. Une manière, pour le Royaume, de refermer une boucle historique : membre observateur de l'Organisation internationale de la Francophonie depuis le sommet de Chaillot à Paris en novembre 1991, le Cambodge en est devenu membre à part entière deux ans plus tard, lors du sommet de Grand-Baie, à l'Île Maurice, en octobre 1993.

Une mobilisation étudiante à la hauteur de l'enjeu
C'est dans ce contexte que le Département d'Études Francophones de l'Institut des Langues Étrangères s'organise. Selon son directeur adjoint, M. Sok Limsrorn, une trentaine d'étudiants, encadrés par leurs enseignants, seront mobilisés pour assurer des missions de coordination, de communication et d'interprétation auprès des délégations internationales.
« Le Sommet de la Francophonie est un rassemblement international majeur impliquant de nombreux pays partenaires, et notre département est fier d'y apporter sa contribution », a-t-il confié à l'Agence Kampuchea Presse.
Cette implication ne sort pas de nulle part : le département collabore depuis plusieurs mois avec les institutions concernées, notamment à travers des sessions de formation à l'interprétation orale organisées par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Les étudiants de deuxième, troisième et quatrième années ayant un bon niveau de français ont déjà commencé à se familiariser avec des missions de terrain en coordination et en communication. Une partie d'entre eux devrait également intégrer les rangs des agents de liaison ou du personnel d'accueil pendant le sommet. « Nos étudiants pourront accompagner efficacement les délégués dans leurs échanges informels, tandis que nos enseignants les plus expérimentés assureront, eux, l'interprétation simultanée professionnelle », précise M. Sok Limsrorn.

Montrer un visage du Cambodge
Au-delà de la dimension protocolaire, le responsable universitaire y voit une occasion unique de présenter le pays sous un jour favorable à la communauté internationale. Il décrit les Cambodgiens comme un peuple attaché à la langue française et à la culture francophone, mais aussi reconnu pour son ouverture, sa convivialité et son attachement profond à la paix.
« C'est une occasion de montrer à la communauté francophone et au monde que les Cambodgiens sont des gens chaleureux, accueillants et épris de paix », affirme-t-il. « Nous voulons que ce sommet se déroule sans accroc, afin que nos invités internationaux gardent une image positive du Cambodge et de ses habitants. »
Cette ambition n'est pas seulement diplomatique : pour beaucoup d'étudiants, l'événement représente une étape charnière dans leur parcours, à la croisée de l'engagement citoyen et de l'opportunité professionnelle.
Le tremplin d'une génération
Chum Sokpanha, étudiant de première année au sein du département, voit dans ce sommet bien plus qu'une simple conférence internationale. Pour lui, l'accueil de l'événement par le Cambodge contribuera à consolider les liens d'amitié avec les pays membres et à ouvrir des perspectives d'emploi pour la jeunesse cambodgienne maîtrisant le français.
« L'organisation du sommet va encourager les étudiants à perfectionner leurs connaissances et leurs compétences de communication en français », estime-t-il. « Cela permettra de mieux faire connaître le Cambodge à l'international et d'aider le monde à mieux comprendre notre développement et la richesse de notre culture. »
S'il a choisi d'étudier le français, c'est en partie parce que peu de jeunes Cambodgiens se tournent vers cette langue aujourd'hui — et parce qu'il nourrit une ambition bien précise. « Je veux contribuer à la promotion du français au Cambodge et, à terme, travailler dans la diplomatie », confie-t-il.
Sa camarade de promotion, Por Kimheng, partage un enthousiasme similaire, teinté de fierté nationale. Pour elle, ce sommet est l'occasion de présenter au monde la civilisation et le patrimoine culturel du Cambodge. « Avec la participation de nombreux pays, c'est un moment de fierté pour le Cambodge et pour tous les Cambodgiens », souligne-t-elle.
Elle voit également dans cet événement un accélérateur pour l'enseignement du français dans le Royaume, et donc pour les perspectives de carrière des jeunes qui choisissent cette voie.
« Pour moi, le français est une langue unique, porteuse de perspectives professionnelles prometteuses », explique-t-elle. « Plus tard, j'espère devenir enseignante de français, comme mes professeurs aujourd'hui. »

Une organisation à l'échelle d'un mini-G7 francophone
Si l'enthousiasme étudiant donne le ton, l'ampleur logistique du sommet donne la mesure de l'enjeu pour le Royaume. L'événement est parfois comparé à un mini-G7 francophone, mobilisant un dispositif de sécurité conséquent : environ 5 000 agents cambodgiens, issus de la police, de la gendarmerie et de l'armée, seront secondés par près de 500 experts français et canadiens, avec à l'appui des drones de surveillance, des dispositifs anti-drones et un centre de commandement dédié.
Sur le plan budgétaire, l'organisation de ce type de sommet se chiffre généralement entre 50 et 100 millions d'euros, dont une part substantielle est consacrée à la sécurité — un investissement à la mesure de l'image que le Cambodge entend projeter sur la scène internationale.
La Francophonie, une famille de 90 États et 396 millions de locuteurs
Fondée le 20 mars 1970, l'Organisation internationale de la Francophonie fédère aujourd'hui un ensemble hétérogène de nations unies par la langue française et par un socle de valeurs communes. Elle compte actuellement 90 États et gouvernements membres, répartis entre 53 membres à part entière, 5 membres associés et 32 observateurs. À l'échelle mondiale, l'organisation revendique environ 396 millions de locuteurs de français à travers les cinq continents.
Pour le Cambodge — où, selon les données de l'OIF, quelque 463 000 personnes parlent encore le français, héritage d'une période où cette langue fut longtemps celle de l'enseignement supérieur — accueillir ce sommet est aussi une manière de raviver un lien historique parfois resté discret. À quelques mois de l'échéance, c'est tout un pan de la jeunesse universitaire qui se prépare, dans les salles de cours comme dans les coulisses diplomatiques, à incarner ce trait d'union entre deux mondes.







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