Cambodge & Portrait : Eden Gnean, aucun secret pour les appellations, cépages,origines et millésimes

Eden Gnean est une jeune Cambodgienne qui a choisi une voie originale dans un domaine qui reste encore assez dominé par la gent masculine : l’art du vin.

Eden Gnean est une Cambodgienne qui a choisi une voie originale dans un domaine qui reste encore assez dominé par la gent masculine : l’art du vin.
Eden Gnean est une Cambodgienne qui a choisi une voie originale dans un domaine qui reste encore assez dominé par la gent masculine : l’art du vin.

Ayant d’abord choisi d’embrasser un parcours classique pour ses études, Eden fera une rencontre qui lui donnera l’envie irrésistible de devenir sommelière. Après avoir travaillé au Sofitel de Phnom Penh puis chez Khéma, la passionnée de vins officie aujourd’hui au CUTS de l’hôtel Rosewood de Phnom Penh où elle assure également les fonctions de manager du restaurant et gère la plus grande collection de vins du Cambodge pour le « Wine Vault », qui compte plus de 3 000 bouteilles de vin et 279 variétés.

Entretien :

CM : Tout d’abord, parlez-nous un peu de vous, de votre famille, de votre enfance

Je m’appelle Eden Gnean, et je suis née à une douzaine de kilomètres de Phnom Penh, dans la province de Kandal. J’y retourne une fois par semaine quand je peux, car mes proches sont restés là-bas. Ma famille n’est pas très grande, seulement six personnes : mes parents, mes trois sœurs et moi. Mon père travaille comme ouvrier du bâtiment et ma mère est femme au foyer.

CM : Quel parcours scolaire et universitaire ?

J’ai commencé ma scolarité dans une école proche de chez moi. Ensuite, je suis allée à Phnom Penh pour poursuivre un cursus en Tourisme et management hôtelier à l’Université Paññāsāstra. Ce n’était pas mon tout premier choix, j’avais même débuté une formation en technologies de l’information.

Mais un stage dans un hôtel a modifié mon point de vue et m’a donné envie de m’orienter plutôt dans ce secteur. Les études m’auront donc pris environ sept ans, entre mon choix initial et ma réorientation, auxquels il faut rajouter une année passée à améliorer ma pratique de l’anglais.

Je suis sortie de l’université i y a deux ans.

CM : Qu’avez-vous fait après avoir obtenu votre diplôme ?

J’ai continué de travailler au même endroit, au Rosewood, qui m’avait déjà recrutée comme sommelière alors que je poursuivais encore mes études. Durant cette période, j’ai également remporté une compétition qui m’a permis de partir à Singapour pour parfaire mon expérience.

CM : Quelle était cette compétition ?

Il s’agissait du concours du meilleur sommelier du Cambodge, que j’ai gagné en 2013. Très peu de femmes y participaient, car c’est encore un métier essentiellement pratiqué par les hommes. Mais l’une de mes amies phnompenhoise, Sok Kanthei de Khéma, est sommelière elle aussi, et je crois qu’il y en a une troisième à Siem Reap.

CM : Qu’est-ce qui vous a motivée dans la sommellerie, et comment êtes-vous arrivée dans ce métier ?

Ma première vraie rencontre avec le vin fut avec un Riesling blanc alsacien, un cru que j’avais particulièrement aimé. Le vin n’est pas la boisson la plus populaire au Cambodge, nous sommes ici dans une culture plutôt tournée vers la bière. C’est pourquoi les métiers du vin y sont encore relativement peu pratiqués.

« Pour ma part, cela a été une véritable révélation, et j’ai donc commencé à me documenter sur le vin et à apprendre par moi-même »

Et puis, lorsque j’ai débuté au Rosewood Hotel, les échanges avec des fournisseurs en vins et spiritueux m’ont donné l’occasion d’apprendre de nombreux aspects de ce domaine.

Sans parler du voyage à Singapour, qui a été extrêmement formateur. Le vin est un sujet non seulement intéressant, mais aussi complexe et varié : il y a tellement d’appellations, de cépages, d’origines, de saveurs et de millésimes différents…

CM : Quel a été votre parcours avant d’intégrer l’équipe du Rosewood Hotel ?

J’y travaille depuis 2016, mais mon premier employeur a été le Sofitel Phnom Penh, où je suis restée trois ans et demi, avant de rejoindre le groupe Thalias, pour devenir assistante de direction chez Khéma Pasteur. Puis j’ai rencontré le nouveau directeur F&B du Rosewood, qui venait d’arriver et recherchait toutes sortes de conseils sur le secteur du vin au Cambodge. Il m’a ensuite proposé de m’embaucher en tant que sommelière, ce que j’ai, bien évidemment, tout de suite accepté.

CM : Expliquez en quoi consiste votre métier. Quelle serait la journée type d’une sommelière ?

J’arrive aux alentours de 10 heures du matin et commence par une lecture des courriels. Les échanges avec les fournisseurs sont très importants afin de maintenir un stock constant et de ne pas se laisser surprendre.

Eden Gnean, aucun secret pour les appellations, cépages,origines et millésimes

La formation tient aussi une place prépondérante : elle peut être personnelle, lorsque des fournisseurs me proposent par exemple une dégustation qui me permet d’enrichir mes connaissances. Il m’arrive aussi de dispenser des formations à notre équipe. La journée se poursuit avec des réunions, puis avec le choix des vins qui seront mis en avant lors des promotions ou en fonction des menus élaborés par le Chef du restaurant CUTS.

Lorsque la soirée approche, nous effectuons généralement un petit briefing avec l’équipe, puis les premiers clients arrivent. Je me dois alors d’être disponible pour les renseigner et les conseiller en fonction des plats qu’ils choisissent.

CM : Pouvez-vous nous donner quelques exemples ? Quels sont les vins que vous conseillez habituellement ?

Il s’agira de conseiller les gens au mieux, en choisissant parmi les 279 références disponibles dans notre cave.

CM : Et vous les connaissez toutes ?

Oui, c’est mon métier ! Et c’est une chance, qui me permet de déguster parfois des crus aussi prestigieux que la Romanée Conti. Pour en revenir à votre question, il faut savoir qu’en moyenne, trois vins différents sont consommés au cours d’un repas.

Par exemple, si les clients choisissent des fruits de mer, un accompagnement au champagne pourrait se montrer idéal. Mais les vins les plus populaires ici sont les rouges, et c’est là que le métier se corse : il ne s’agit pas uniquement de conseiller le meilleur vin pour accompagner un plat, il faut aussi et avant tout tenir compte des désirs et des attentes des clients, ce qui rend les choses parfois assez complexes.

CM : Si nous choisissons une bouteille de vin, pourriez-vous nous décrire son histoire, ses saveurs et ses particularités ?

Bien sûr ! Prenons par exemple une bouteille du vin qui sera mis à l’honneur dans le menu de ce soir. Il s’agit du château Croix de Labrie, un Saint-Émilion grand cru, qui fait partie de mes vins favoris et qui me rappelle mon séjour en France, en 2019.

« J’ai eu l’honneur de rencontrer les propriétaires, de discuter avec eux, de visiter leur cave et d’en apprendre beaucoup sur la vinification de leur produit »

Ils appliquent les principes de la culture biodynamique, de manière à laisser le plus de place possible à la nature. C’est un vin que les Cambodgiens apprécient tout particulièrement.

CM : Et lorsque vous prenez vos repas à la maison, les accompagnez-vous aussi avec du vin ?

Pas souvent !

CM : Quels sont vos loisirs ?

J’aime beaucoup passer du temps avec mes amis, voyager et aussi tester les restaurants qui viennent d’ouvrir. Découvrir de nouveaux lieux et déguster des vins sont des choses très importantes à mes yeux.