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Cambodge & Minorités : À Kdol Leu, les S'tieng réapprennent à dire qui ils sont

Tboung Khmum. Dans la maison communautaire de Kdol Leu, sous le toit de tôle qui claque un peu sous la chaleur de l'après-midi, une trentaine de villageois s'installent sur des bancs de bois. Il y a des grands-mères au visage tanné, des hommes en sarong, quelques adolescents qui viennent surtout par curiosité.

Minorités : À Kdol Leu, les S'tieng réapprennent à dire qui ils sont
@DC Cam

Au fond de la salle, des panneaux racontent une autre histoire, plus sombre : celle des décennies 1960-1990, des bombardements, du régime khmer rouge, des familles déplacées puis revenues s'installer ici, sur cette terre rouge du district de Memot. C'est le Centre de documentation de Koh Thma, antenne locale du Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), qui sert aujourd'hui de cadre à une réunion d'un genre différent : il n'est plus seulement question de mémoire, mais d'identité.

Un nom, une question

Le ministère du Développement rural a organisé cette rencontre pour présenter, sur le terrain, la politique nationale de développement des minorités autochtones et la procédure de reconnaissance des communautés. Du côté du ministère, des fonctionnaires sont venus depuis Phnom Penh ; à leurs côtés siègent des représentants de la direction provinciale du Développement rural de Tboung Khmum, de l'administration du district de Memot, des autorités de la commune de Tonlung et du village de Kdol Leu lui-même.

La séance s'ouvre par un mot de bienvenue du premier vice-chef de la commune de Tonlung, visiblement touché de voir réunis, sur les mêmes bancs, les anciens et les plus jeunes du village. Il le dit avec simplicité : la plupart des habitants de Kdol Leu sont des S'tieng, ce peuple autochtone dont les grands-parents, parfois les parents, parlent encore la langue et perpétuent des traditions bien identifiables. Mais la réunion du jour ne s'adresse pas qu'à eux par hasard — elle vise précisément les S'tieng de ce village, à la croisée de la commune de Tonlung et du district de Memot.

Vient alors la question qui donne tout son sens à l'après-midi, posée par une représentante du ministère : pourquoi les appelle-t-on « S'tieng » ? Pourquoi ce nom-là, et pas un autre ? Selon la définition rappelée ce jour-là, un groupe autochtone est une population qui vit sur le territoire du Royaume du Cambodge et qui présente une unité ethnique, sociale, culturelle et économique propre, pratiquant un mode de vie traditionnel et cultivant la terre selon des règles coutumières mêlant usages collectifs et appropriation individuelle.

À Kdol Leu, les S'tieng réapprennent à dire qui ils sont

La peur de se dire différent

Mais derrière la définition administrative se cache une réalité plus rugueuse, que la fonctionnaire du ministère n'a pas éludée : beaucoup de membres des communautés autochtones n'osent pas se déclarer comme tels, par crainte d'être stigmatisés. Elle a cité l'exemple d'un homme kuy de la province de Kampong Thom, simplement vêtu de rouge selon les usages de sa communauté, et moqué pour cette seule raison — un épisode qui, selon elle, illustre une discrimination ethnique bien réelle, persistante, qui pousse nombre de S'tieng à taire leurs origines plutôt qu'à les revendiquer.

C'est précisément ce réflexe de discrétion que le ministère cherche à inverser. L'objectif affiché est clair : encourager les habitants d'origine autochtone de Kdol Leu à s'identifier eux-mêmes comme S'tieng, afin de préserver leur langue, leurs coutumes, leurs traditions — et, à terme, d'ouvrir la voie à un développement pensé pour eux et avec eux, plutôt qu'imposé de l'extérieur.

Cinq étapes vers la reconnaissance

Une responsable du bureau ministériel a détaillé, point par point, le chemin administratif qui mène à la reconnaissance officielle d'une communauté autochtone. Tout commence par une phase de sensibilisation auprès des autorités nationales, provinciales, des services techniques concernés, ainsi que des districts, communes, villages et communautés eux-mêmes.

Vient ensuite le moment où la communauté autochtone doit manifester, de sa propre initiative, sa volonté d'engager le processus de reconnaissance. Une troisième étape consiste à diffuser l'information auprès de la communauté ciblée, avant que celle-ci ne procède, à la quatrième étape, à l'élection de ses représentants au sein d'un comité et à une déclaration d'auto-identification en tant que groupe autochtone. Le processus s'achève par le dépôt officiel du dossier, son évaluation, puis la reconnaissance de l'identité communautaire par le ministère du Développement rural.

Un parcours qui peut sembler bureaucratique sur le papier, mais qui, dans une salle où les anciens écoutent en silence, prend une autre dimension : celle d'un peuple à qui l'on demande, enfin, de dire lui-même qui il est.

« Que les anciens reviennent chez eux en bonne santé »

La rencontre s'est refermée sur des mots de remerciement adressés à la direction provinciale du Développement rural, aux autorités du district de Memot et à tous les habitants venus écouter avec attention. Des vœux de santé ont été formulés à l'intention des grands-mères, des grands-pères, des oncles, des tantes et des plus jeunes, ainsi qu'à l'équipe de terrain, avec le souhait que chacun rentre chez soi en sécurité. Et déjà, l'espoir d'une suite : une prochaine réunion, plus large encore, qui permettrait d'avancer un peu plus vers la reconnaissance officielle des S'tieng du village de Kdol Leu, dans la commune de Tonlung, district de Memot, province de Tboung Khmum.

Pour le Centre de documentation de Koh Thma, qui fête depuis 2024 la rénovation de sa maison communautaire et de son sanctuaire dans le même village, cette réunion s'inscrit dans une mission plus large : faire de ce lieu, né pour documenter les pages les plus douloureuses de l'histoire cambodgienne, un espace où les communautés autochtones discutent aussi de leur avenir — droits fonciers, développement, transmission culturelle — et où la mémoire, loin d'être figée, continue d'écrire le présent.

Article rédigé à partir des comptes-rendus et archives photographiques du Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), antenne de Koh Thma, province de Tboung Khmum.

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