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Ancre 1

Cambodge : la ruée vers l'électrique s'accélère, portée par la flambée des prix du pétrole

Les immatriculations de véhicules électriques ont bondi de 151 % au premier semestre 2026, un emballement qui doit beaucoup à la guerre au Moyen-Orient et à une politique publique volontariste. Constructeurs chinois, japonais, coréens et américains se pressent désormais pour installer leurs chaînes de montage dans le Royaume.

Une Kia électrique en charge dans une rue de Phnom Penh. Les bornes de recharge se multiplient dans la capitale à mesure que le parc de véhicules électriques s'étoffe
Une Kia électrique en charge dans une rue de Phnom Penh. Les bornes de recharge se multiplient dans la capitale à mesure que le parc de véhicules électriques s'étoffe

Le chiffre de la semaine a de quoi surprendre pour un petit marché automobile d'Asie du Sud-Est : selon un rapport du ministère des Travaux publics et des Transports (MPWT), 6 174 véhicules électriques ont été immatriculés au Cambodge entre janvier et juin 2026, contre 2 459 sur la même période en 2025, soit une progression de 151 %. Le parc total de véhicules électriques officiellement enregistrés dans le Royaume atteint désormais 15 239 unités, un total cumulé depuis 2021.

Un basculement accéléré par la géopolitique

Derrière cette accélération, un facteur conjoncturel domine très largement : la hausse du prix des carburants consécutive au conflit au Moyen-Orient. Selon le porte-parole du MPWT, Phan Rim, cité par l'agence Xinhua, la hausse marquée des immatriculations s'est amorcée en mars 2026, dans le sillage de ce choc géopolitique sur les prix mondiaux des carburants. Sur le seul trimestre mars-juin, environ 4 876 véhicules électriques ont été immatriculés, un rythme sans précédent pour le marché cambodgien.

Le témoignage de Chou Sivly, une commerçante de 30 ans passée à l'électrique, illustre ce basculement économique : ses frais de carburant mensuels atteignaient auparavant entre 150 et 200 dollars avec un véhicule thermique, avant qu'elle ne fasse le choix d'un modèle chinois Dongfeng Forthing S7. Pour les autorités, l'argument est limpide : les véhicules électriques réduisent les coûts de carburant et suppriment les émissions à l'échappement, selon les mots du porte-parole ministériel.

Une stratégie industrielle assumée par Phnom Penh

Ce dynamisme conjoncturel s'inscrit toutefois dans une trajectoire structurelle voulue par le gouvernement cambodgien. Le Royaume a lancé sa Politique nationale de développement du secteur des véhicules électriques 2024-2030, destinée à encourager l'investissement, étendre les infrastructures de recharge et maintenir le rythme du développement économique cambodgien en phase avec les tendances mondiales.

Pour donner de la substance à cette ambition, les autorités ont multiplié les mesures incitatives. Depuis le 1er avril 2026, Phnom Penh a supprimé les taxes à l'importation sur les véhicules électriques et les équipements associés, une décision assumée face à la pression des prix des carburants. Cette suppression s'ajoute à d'autres leviers déjà activés : réduction des droits spéciaux sur les véhicules électriques, révision du code de la route pour permettre leur immatriculation, et déploiement d'infrastructures de recharge à l'échelle nationale.

L'enjeu dépasse la seule décarbonation : selon le ministère, la promotion des véhicules électriques contribuera à réduire la consommation de carburant et, compte tenu de la dépendance du Cambodge aux importations pétrolières, à renforcer la sécurité énergétique du Royaume. Les ambitions chiffrées sont notables : le pays vise une part de 40 % de véhicules électriques dans le parc automobile et une majorité de motos et bus urbains électriques d'ici 2050, dans le cadre de sa stratégie de neutralité carbone à long terme.

Les grands noms de l'automobile mondiale posent leurs jalons

Signe que la trajectoire cambodgienne convainc au-delà des frontières, plusieurs constructeurs internationaux ont choisi d'implanter des unités d'assemblage dans le pays. Le cas le plus emblématique est celui de BYD, numéro un chinois du secteur : le groupe a lancé la construction d'une usine d'assemblage de type CKD (Completely Knocked Down) sur un site de 12 hectares dans la zone économique spéciale de Sihanoukville, pour un investissement d'environ 32 millions de dollars dans sa première phase, avec une mise en production visée pour début novembre, sur une capacité initiale de 10 000 véhicules par an.

Mais BYD n'est pas un cas isolé. D'après le Phnom Penh Post, le Cambodge compte désormais six usines de montage automobile en activité, notamment celles de Ford, SsangYong, Hyundai, Kia, GTV et Toyota, un chiffre porté selon le Khmer Times à dix sites d'assemblage opérationnels au total, sous l'impulsion de la feuille de route gouvernementale pour le développement des secteurs automobile et électronique. Parmi les acteurs les plus actifs, Ford, via le groupe RMA, exploite une importante usine d'assemblage dans la province de Pursat, tandis que d'autres constructeurs, dont GAC et Toyota, comptent déjà parmi les marques les plus prisées des consommateurs cambodgiens, aux côtés de BYD.

Cette montée en gamme industrielle profite aussi à l'emploi local : le développement du secteur automobile est décrit comme un moteur de la croissance de l'emploi manufacturier, avec des gains d'emploi localisé pouvant atteindre 13 %.

Un marché encore embryonnaire, mais une dynamique qui ne faiblit pas

Il convient de relativiser l'ampleur du phénomène : le parc de véhicules électriques ne représente encore qu'une fraction infime du parc automobile cambodgien. Sur les 8,3 millions de véhicules immatriculés auprès du ministère des Travaux publics et des Transports en février 2026, seuls 14 534 étaient électriques. Mais la tendance, elle, est sans équivoque : les chiffres mensuels n'ont cessé de grimper depuis le début de l'année, passant de 488 unités en janvier à 1 078 en février, avant l'emballement du printemps lié à la crise pétrolière.

Pour Thong Mengdavid, directeur adjoint du China-ASEAN Studies Center de la Cambodia University of Technology and Science, cette dynamique dépasse la seule sphère environnementale : l'adoption massive de véhicules électriques bénéficie immédiatement aux micro-environnements urbains en réduisant fortement la pollution atmosphérique localisée et en améliorant la qualité de l'air dans les zones denses, tout en envoyant, selon lui, un signal de demande puissant aux investisseurs à mesure que les consommateurs cambodgiens basculent vers la mobilité électrique à grande échelle.

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