Cambodge & Gastronomie : Le vin de longane de Pailin tente de se faire un nom

Les longanes ne sont pas aussi glamour que certains fruits. Ils n'ont pas la popularité des mangues ou ne suscitent pas l'enthousiasme d'un fruit saisonnier comme le durian. Mais, ils peuvent donner naissance à un vin original et typiquement cambodgien.

Le vin de longane de Pailin produit par Vouch Thuch. Photographie fournie
Le vin de longane de Pailin produit par Vouch Thuch. Photographie fournie

Contrairement aux bananes ou aux oranges, qui sont connues et appréciées dans le monde entier, le longane reste un fruit résolument régional, car les principaux producteurs et consommateurs sont essentiellement des pays d’Asie du Sud-Est, ainsi que la Chine, qui constitue le plus grand marché mondial pour ce fruit.

Premier producteur de vin de longane

La polyvalence est l’un des atouts du longane. Il est utilisé de diverses manières dans les cuisines asiatiques. Un jeune homme de la province de Pailin vient d’en développer une autre utilisation : il consacre tous ses efforts à la production de vin à partir du jus extrait du longane.

Vouch Thuch, 39 ans, est le premier producteur de vin de longane du Cambodge. Il achète chaque année à Pailin des tonnes de fruits qui, autrement, seraient gaspillées, et s’efforce de créer une nouvelle marque de vin cambodgienne.

Il décrit le goût du vin de longan de Pailin comme légèrement amer, puis un peu aigre et enfin très doux, et à chaque dégustation, ce cycle amer aigre-doux se reproduit.

« Le longane de Pailin n’est pas comme les autres longanes ordinaires. Il a une forte teneur en sucre et nous devons réduire sa douceur naturelle au minimum pour l’utiliser pour le vin », explique M. Thuch.

Thuch explique à nos partenaires du Post qu’il y a jusqu’à 30 % de gaspillage dû aux longanes tombés chaque saison qui sont généralement jetés par les propriétaires de plantations. Et, il a vu une opportunité commerciale.

Selon le ministre de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, Veng Sakhon, les longanes cambodgiens sont cultivés principalement à Pailin, Battambang et dans certaines parties de la province de Preah Vihear et, à la fin de 2020, la récolte du royaume était d'environ 200 000 tonnes.
Selon le ministre de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, Veng Sakhon, les longanes cambodgiens sont cultivés principalement à Pailin, Battambang et dans certaines parties de la province de Preah Vihear et, à la fin de 2020, la récolte du royaume était d'environ 200 000 tonnes.

Le type de longane qu'il recherchait était celui qui tombe de l'arbre avec une peau abîmée, une mauvaise coloration et une taille plus petite. Dans chaque plantation, on trouve ce type de longanes en abondance lorsqu'ils tombent avant la récolte et ils sont considérés comme de trop mauvaise qualité pour être vendus de manière conventionnelle.

Avec ces fruits abîmés l'entrepreneur tente de trouver un moyen de transformer cette spécialité de Pailin en un nouveau produit qui pourrait être vendu dans le pays, voire exporté à l'étranger.

« J'ai vu beaucoup de longanes tombés au sol qui étaient rejetés par les commerçants. J'ai donc voulu les transformer en un produit de valeur. Même si ces derniers ne sont pas aussi bons que ceux qui ont pu mûrir avant d'être cueillis, je savais qu'il pourrait y avoir une bonne utilisation pour eux », dit-il.

Thuch a récemment accueilli un invité spécial venu lui rendre visite à Pailin : L'ambassadeur américain au Cambodge, W Patrick Murphy, s'est arrêté à Pailin Longan Wine Handicraft le 15 juillet et a visité l'entreprise.

« J'ai goûté pour la première fois au vin de longane aujourd'hui dans l'entreprise familiale Pailin Longan Wine Handicraft. Félicitations au jeune entrepreneur, M. Vouch Thuch, pour avoir lancé cette petite entreprise », a tweeté M. Murphy après la visite.
« J'ai goûté pour la première fois au vin de longane aujourd'hui dans l'entreprise familiale Pailin Longan Wine Handicraft. Félicitations au jeune entrepreneur, M. Vouch Thuch, pour avoir lancé cette petite entreprise », a tweeté M. Murphy après la visite.

Selon M. Thuch, M. Murphy s’est montré enthousiaste à cette idée, car il est bien connu que ces dernières années, le Cambodge a dû faire face à un manque de demande pour ses produits agricoles, notamment pendant la pandémie.

Difficultés

Cependant, créer quelque chose de nouveau n’est pas sans difficulté. M. Thuch vit et travaille actuellement sur des terres agricoles louées et n’est en aucun cas devenu riche à ce stade de son projet.

De 2004 à 2008, Thuch a loué une parcelle de terre agricole pour cultiver des produits tels que le maïs et le tapioca afin de nourrir sa famille, puis entre 2008 et 2013, il a commencé à étudier les techniques de production de vin à partir de longanes.

Sa première tentative de production de vin de longane de Pailin remonte à 2008
Sa première tentative de production de vin de longane de Pailin remonte à 2008

Sa première tentative de production de vin de longane de Pailin remonte à 2008, mais il n’a pas pu obtenir un résultat suffisamment satisfaisant pour poursuivre le projet.

« En 2013, j’ai rencontré un Écossais qui m’a donné quelques idées. Il m’a appris les techniques de production de vin de raisin. Je n’étais pas intéressé par ce vin en tant que tel, mais je m’intéressais au vin de longane. Je pensais que si je produisais du vin de raisin, il me faudrait dépenser beaucoup d’argent pour acheter des terres agricoles. Mais pour le longane, nous en avons déjà en abondance, car environ 65 % des habitants de Pailin cultivent ce fruit », explique M. Thuch.

Il a commencé à utiliser une recette de vin de raisin et s’est attelé à l’ajuster pour le longane en plusieurs étapes d’expérimentation. Entre 2013 et 2015, il a pu produire avec succès du vin de longane Pailin, mais en raison d’un capital insuffisant pour produire en masse le produit et le mettre sur le marché, il a dû mettre de nouveau ses rêves en attente jusqu’en 2018.

Après avoir officiellement lancé l’entreprise en 2018, Thuch et son épouse ont décidé de vendre un terrain pour investir dans Pailin Longan Wine Handicrafts — une décision qui a été largement accueillie par les moqueries des autres villageois.

« J’ai vendu un hectare de la terre agricole de ma famille et j’ai d’abord produit seulement 2 000 bouteilles parce que je vivais dans des conditions très modestes. J’achetais les bouteilles à 5 dollars l’unité, ce qui m’a coûté environ 10 000 dollars au total. Une fois que j’ai eu 2 000 bouteilles de vin sur les bras, les villageois ont dit que j’étais fou de vendre mes terres agricoles et de dépenser des dizaines de milliers de dollars pour faire du vin et certaines personnes ont même essayé de convaincre ma femme de divorcer », raconte-t-il.

La foire provinciale de Koh Kong en 2018 est l'endroit où le vin de longan de Pailin a fait ses débuts pour la première fois
La foire provinciale de Koh Kong en 2018 est l'endroit où le vin de longan de Pailin a fait ses débuts pour la première fois

La foire provinciale de Koh Kong en 2018 est l’endroit où le vin de longan de Pailin a fait ses débuts pour la première fois et a reçu un bel accueil des visiteurs de la foire. Les 2 000 bouteilles de vin de longane ont été vendues en quelques jours seulement, et le département de l’agriculture a suggéré que son produit soit légalement enregistré.

« À l’époque, je manquais de capitaux, j’ai donc décidé de vendre ma voiture pour environ 8 000 dollars afin d’augmenter ma capacité de production », explique M. Thuch.

Dans la deuxième phase de production, il a produit 4 000 bouteilles de vin, qui ont toutes été vendues en l’espace d’un mois via Facebook et en les apportant à des expositions de produits cambodgiens, à Koh Pich, au monument Win-Win et à Siem Reap.

Réaction

Cheat Sokheang, un enseignant qui vit à Borey Kour Srov 3, confie qu’il aime bien le vin de longane de Pailin. Il en a acheté pour sa propre consommation, mais aussi pour le vendre à ses voisins dans le borey et l’offrir en cadeau aux membres de sa famille.

« Comme je n’ai pas beaucoup d’argent pour acheter en grandes quantités, j’ai acheté quelques bouteilles pour ma propre consommation, et il m’en restait un peu pour vendre aux voisins. Pour moi, le goût est vraiment excellent, mais la teneur en alcool est juste un peu trop faible », dit-il.

La production du vin de longane de Pailin sous la marque PALOWIN se fait principalement à la main, mais l’entreprise change progressivement certains équipements pour la production de masse.

Le vin de longane de Pailin a été testé plusieurs fois par le ministère de l’Industrie et un logo a été enregistré en 2018. En 2020, Thuch a demandé des droits de propriété intellectuelle sur le nom du produit.

Les 15 000 prochaines bouteilles de vin de longane seront vendues en deux étapes. D'abord, 5 000 bouteilles seront mises en vente en octobre prochain, puis les 10 000 bouteilles restantes seront commercialisées en mars et avril de l'année prochaine.

« Mon projet est de produire 5 000 bouteilles par mois à partir de 2023. C'est une sorte d'entreprise familiale pour l'instant, donc je n'ai pas beaucoup de personnel, mais lorsque je commencerai à produire davantage, j'aurai besoin de 20 à 30 employés rien que pour éplucher les longanes », confie l'entrepreneur.

Selon lui, une tonne de longanes peut produire 500 bouteilles de vin, et si ce sont de bons fruits, il est possible de produire jusqu'à 1 000 bouteilles.

Conseils

Ros Bora est le propriétaire d'un dépôt de vin en gros et au détail à Siem Reap, près de Pub Street. Selon lui, le vin de longane est une idée intéressante, mais il a quelques conseils pour peaufiner la recette :

« Pour les Cambodgiens, les goûts sucré, acide et amer sont acceptables, mais moins pour les consommateurs européens. Si possible, il devrait diminuer le goût sucré. »

Thuch sait quel est son rêve, mais il n'est pas encore sûr qu'il se réalisera un jour. ;

« Je ne sais pas si c'est possible ou non, mais mon projet pour 2027 est d'amener mes produits sur le marché international, d'une manière ou d'une autre », confie-t-il.

Lorsque le prochain lot de vin de longane de Pailin arrivera sur le marché en octobre, le prix de la bouteille passera de 12 à 15 dollars, soit 60 000 riels.

Page Facebook

Hong Raksmey avec notre partenaire The Phnom Penh Post


Merci pour votre envoi !

  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • Gazouillement
  • LinkedIn Social Icône