top of page
Ancre 1

Cambodge & Francophonie : « Notre rêve, c'est que les communautés locales puissent fonctionner seules »

Entretien avec Nguyen Thi Khufu, spécialiste de programme à l’Organisation Internationale de la Francophonie - À l'occasion de l'inauguration du centre Destination Éco-Talents à Artisans Angkor mardi dernier.

 Nguyen Thi Khufu, spécialiste de programme à l’Organisation Internationale de la Francophonie
 Nguyen Thi Khufu, spécialiste de programme à l’Organisation Internationale de la Francophonie

Vietnamienne de nationalité, enseignante de français reconvertie en spécialiste du développement durable, Nguyen Thi Khufu a rejoint l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en septembre 2025 pour piloter le volet opérationnel du projet Destination Éco-Talents (DET). Elle nous a accordé cet entretien en marge de l'inauguration du second centre DET de Siem Reap, accueilli dans les espaces emblématiques d'Artisans Angkor.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Nguyen Thi Khufu, je suis vietnamienne et j'occupe actuellement le poste de spécialiste de programme à l'OIF, au sein du projet de promotion du tourisme durable Destination Éco-Talents.

Comment s'est déroulé l'appel à projets de cette année ? Combien de candidatures avez-vous reçues, et quel est le calendrier prévu ?

Je n'étais pas encore en poste l'année dernière, ayant rejoint l'OIF en septembre 2025, mais cette année j'ai eu la chance de participer au processus depuis son lancement. Nous avons reçu plus de cent vingt candidatures en provenance de quatre pays : le Cambodge, le Viêt Nam, le Cabo Verde et les Comores. Les Comores ont été, à eux seuls, les plus représentés. Le jury d'évaluation a travaillé sur l'ensemble de ces dossiers, et nous devrions, d'ici une ou deux semaines, retenir trois projets par pays — soit une douzaine de lauréats au total.

Quels types d'initiatives vous séduisent particulièrement ? Qu'est-ce qui détermine, selon vous, la réussite d'un projet ?

Ces appels à projets visent à faire émerger de véritables destinations éco-talentueuses — des lieux de tourisme communautaire, culturel ou écologique. Notre boussole, c'est avant tout la population locale : nous souhaitons qu'elle soit formée, qu'elle accède à un emploi digne, et qu'elle puisse, à terme, augmenter ses revenus grâce à l'afflux de visiteurs.

Les projets sont très variés selon les pays. Au Cambodge et au Viêt Nam, les candidatures mettent souvent en valeur des sites d'une grande beauté naturelle, avec une dimension culturelle très marquée — ce qui correspond précisément à l'esprit du programme.

On y retrouve systématiquement un volet de formation aux métiers du tourisme : gestion d'homestays, restauration, entrepreneuriat familial… L'idée est que chaque bénéficiaire soit en mesure de tenir sa propre activité.

inauguration du centre Destination Éco-Talents à Artisans Angkor
Inauguration du centre Destination Éco-Talents à Artisans Angkor

S'y ajoute un volet de développement de produits touristiques, pensés pour préserver les savoir-faire traditionnels. Car ces projets prennent souvent racine loin des centres urbains — en montagne ou en zone rurale — là où le patrimoine immatériel est encore vivant, mais fragile.

Enfin, un troisième axe porte sur la promotion et la communication du site. C'est là que nous introduisons la dimension francophone : pas nécessairement le français académique, mais des formules d'accueil simples — bonjour, au revoir, comment ça va — pour faciliter le premier contact avec les touristes francophones. Nous encourageons également les porteurs de projets à intégrer le français sur leurs pages web et leurs réseaux sociaux, afin de donner une visibilité réelle à la Francophonie sur le terrain.

Ce n'est pas votre premier séjour au Cambodge. Quelles ont été vos impressions sur le développement touristique de ce pays ?

J'ai découvert le Cambodge pour la première fois en 2007, à l'occasion d'un colloque sur l'enseignement du français — j'étais alors moi-même professeure de français. Nous avions visité les temples d'Angkor ; il y régnait encore une certaine quiétude, bien loin de l'affluence d'aujourd'hui.

Depuis, je suis revenue plusieurs fois, à Phnom Penh comme à Siem Reap. Ce qui me frappe, c'est la manière dont le Cambodge a su marier modernité et tradition — un équilibre rare et précieux.

Artisans Angkor en est pour moi le symbole le plus accompli : l'artisanat khmer y est mis en valeur avec une exigence contemporaine, sans trahir son âme. J'ai retrouvé cette même harmonie dans les restaurants et sur les sites. Quant aux temples eux-mêmes, leur état de conservation est remarquable, fruit d'une coopération internationale exemplaire associant l'UNESCO, la France, la Chine, l'Inde et bien d'autres partenaires.

Un dernier mot sur la durée et la pérennité du projet ?

Comme notre directrice le rappelait ce matin, les projets de l'OIF jouent un rôle de catalyseur. Ils ne sont pas conçus pour durer indéfiniment, mais pour amorcer une dynamique. C'est pourquoi nous demandons à chaque porteur de projet de réfléchir, dès le départ, à la pérennité de son initiative. Une fois la destination bien établie, une fois le tourisme installé, les communautés locales doivent être en mesure de faire fonctionner l'ensemble des mécanismes par elles-mêmes. C'est là notre ambition profonde — et, si l'on veut, notre rêve.

 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
  • Télégramme
  • Youtube
  • Instagram
  • Facebook Social Icône
  • X
  • LinkedIn Social Icône
bottom of page