Gardiens de l'Éternité : Park Hyatt Siem Reap et le World Monuments Fund s'unissent pour la préservation d'Angkor
- La Rédaction

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C'est un partenariat aussi discret que déterminant. Le Park Hyatt Siem Reap vient d'annoncer sa collaboration avec le World Monuments Fund (WMF), institution de référence mondiale en matière de préservation du patrimoine.

Objectif affiché : soutenir sur le long terme la formation de conservateurs locaux au cœur du parc archéologique d'Angkor, et offrir aux visiteurs une rencontre inédite avec l'âme de ce lieu.
Un héritage blessé, patiemment reconstruit
Pour comprendre l'enjeu, il faut d'abord mesurer ce qu'Angkor représente — et ce qu'il a failli perdre. Étendu sur plus de 400 kilomètres carrés, le complexe abrite plus d'un millénaire d'histoire architecturale, artistique et religieuse khmère. Ses temples et ses systèmes hydrauliques témoignent de liens profonds avec les traditions hindoues et bouddhistes, et incarnent aujourd'hui le symbole de l'identité nationale cambodgienne.
La guerre civile et le régime des Khmers rouges ont brutalement interrompu cette transmission : spécialistes déplacés ou tués, savoirs techniques perdus sur des décennies. Lorsque la coopération internationale reprend dans les années 1990 — Angkor est inscrit sur la liste du patrimoine mondial en danger de l'UNESCO en 1992 —, c'est un chantier de reconstruction autant humain que pierre par pierre qui commence. En 2004, après plus d'une décennie d'efforts soutenus, le site est retiré de cette liste. Une victoire collective, mais jamais définitive.

Quarante ans d'engagement
C'est dans ce contexte que le WMF s'implante, dès 1989, à la demande du roi Norodom Sihanouk. Depuis, l'organisation n'a jamais quitté les chantiers d'Angkor. Près de 19,5 millions de dollars investis dans la conservation au Cambodge — dont 76 % dépensés directement sur place, et 13,9 millions orientés vers la seule région de Siem Reap. Quelque 95 % des dépenses de projet sont restées dans l'économie locale, générant un impact estimé entre 20 et 25 millions de dollars.
Depuis la fondation du Centre d'études khmères en 1999, plus de 8 millions de dollars ont été consacrés à la formation, faisant émerger l'une des équipes de conservation les plus expérimentées du pays. Plus de cent techniciens cambodgiens formés et employés chaque année, pour une durée moyenne de quinze ans, transmettant leur savoir à de nouveaux apprentis. Un modèle de formation qui a largement rendu inutile le recours à des consultants extérieurs et ancré durablement la connaissance là où elle compte : localement.

Former les gardiens de demain
Au cœur du nouveau partenariat avec le Park Hyatt Siem Reap, une conviction que partage le WMF depuis ses origines : la préservation d'Angkor doit rester entre les mains de ceux qui en sont les héritiers naturels. C'est tout le sens du programme de formation des chefs d'équipe patrimoniaux, développé par l'Institut Suzanne Deal Booth pour la préservation du patrimoine — nouvellement fondé en 2026, et qui réunit désormais formation, recherche et innovation sous un seul cadre collaboratif.
Sur six mois, vingt-cinq chefs d'équipe issus des communautés riveraines de Siem Reap seront formés aux techniques spécialisées nécessaires à l'entretien des temples historiques.
Ce programme s'inscrit dans une dynamique internationale : l'Institut pilote aussi des initiatives similaires à Belchite en Espagne, au monastère d'Alcobaça au Portugal, au Japon avec le programme de conservation de la feuille d'or de Kanazawa, et aux États-Unis avec le programme Bridge to Crafts Careers. Des partenariats académiques avec Columbia University GSAPP et l'ICCROM viennent renforcer ce dispositif global.
« Siem Reap abrite l'un des trésors culturels les plus extraordinaires du monde, et nous sommes honorés de soutenir le travail remarquable que le World Monuments Fund mène à Angkor depuis des décennies », déclare Himanshu Kapoor, directeur général du Park Hyatt Siem Reap.
Angkor sous pression
Derrière la beauté immuable des tours d'Angkor se joue une course contre la montre silencieuse. Plus de deux millions de visiteurs chaque année, une fréquentation qui accélère l'usure structurelle des temples les plus fragiles, érode les surfaces sculptées et crée des pressions sur des fondations conçues pour une tout autre échelle humaine. Le tourisme, moteur économique incontournable — un emploi sur dix dans le monde, environ 10 % du PIB mondial —, se retourne parfois contre les lieux mêmes qui l'alimentent.
Face à ce paradoxe, le WMF a développé une approche dite de « tourisme équilibré » : gérer les flux, améliorer l'interprétation des sites, renforcer les bénéfices pour les communautés locales. À Phnom Bakheng notamment, temple perché du IXe siècle et l'un des points de vue les plus sollicités du parc, des stratégies de gestion de la visite ont été déployées pour réduire la pression structurelle. C'est précisément à ce site actif que les clients du Park Hyatt pourront désormais participer à des visites exclusives guidées par les équipes de spécialistes du WMF — une fenêtre ouverte sur l'envers du décor : gestes ancestraux, matériaux d'époque, complexité des interventions.

Le luxe engagé
Ce partenariat — établi en décembre 2025 — s'inscrit dans une vision plus large portée par la marque Park Hyatt : celle d'un luxe ancré dans son territoire, attentif aux communautés qui l'entourent. Il illustre aussi un modèle que le secteur hôtelier commence à explorer avec plus de sérieux : celui d'une contribution concrète à la protection des sites qui fondent l'attrait des destinations.
« Ce partenariat démontre comment le secteur privé peut jouer un rôle décisif dans la protection du patrimoine à travers la région », souligne Bénédicte de Montlaur, présidente et directrice générale du WMF, « et garantir qu'Angkor reste résilient et accessible pour les générations à venir. »
De Shanghai à Buenos Aires, chaque établissement Park Hyatt se veut le reflet vivant de sa destination. À Siem Reap, face aux silhouettes des tours d'Angkor, cet engagement prend une résonance particulière — et une mesure concrète, comptée en artisans formés, en savoirs transmis, en pierres durablement préservées.







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