Cambodge & Cinéma : Sarita Reth, l'actrice khmère qui traverse les frontières
- La Rédaction
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Comment une comédienne phnompenhoise s'est retrouvée, en khmer et en mandarin, au générique d'un court métrage sélectionné dans l'un des festivals les plus respectés du cinéma indépendant chinois.

Elle est montée sur scène à Xining sans quitter Phnom Penh des yeux : Sarita Reth, actrice cambodgienne bien connue du public depuis son sacre de Miss Univers Cambodge en 2020, voit son premier rôle hors du royaume sélectionné au FIRST International Film Festival, l'un des rendez-vous les plus suivis du jeune cinéma indépendant en Chine.
Une héroïne khmère à Guangzhou
Le film s'appelle Daughter of the Apsara (« Fille de l'Apsara »). Ce court métrage de 18 minutes, coproduit entre la Chine et le Cambodge, a été écrit et réalisé par la cinéaste chinoise Hua Hui, et tourné à Guangzhou, dans la province du Guangdong. Sarita Reth y interprète, en khmer et en mandarin, une jeune Cambodgienne installée à l'étranger, dont l'identité se construit entre deux langues, deux mémoires et deux pays.
Le récit suit le parcours intime d'une femme khmère confrontée à un mariage transfrontalier, en quête d'un ancrage dans une terre qui n'est pas la sienne.
Pour l'actrice, désormais partagée entre Phnom Penh et Shanghai, il s'agissait d'une première : jamais encore elle n'avait tourné en dehors du Cambodge. Sur les réseaux sociaux, elle a confié avoir vécu cette expérience avec une intensité particulière, décrivant un rôle « très proche de son cœur ».
FIRST, la vitrine chinoise des cinéastes de demain
Fondé en 2006 à Pékin sous le nom de Student DV Film Festival, le FIRST International Film Festival s'est installé en 2011 à Xining, capitale de la province reculée du Qinghai, aux confins du Tibet. Ce repositionnement géographique, loin d'affaiblir l'événement, en a fait un lieu à part : surnommé le « Sundance chinois », le festival cultive une identité low-budget et volontariste, où des centaines d'étudiants bénévoles épaulent chaque édition. Depuis 2010, sa programmation s'est ouverte à des œuvres venues de plus de cinquante pays, et son jury a déjà réuni des figures majeures du cinéma chinois telles que Wong Kar-wai, Jiang Wen ou encore Tang Wei.
Deux décennies après sa création, FIRST s'est imposé comme l'une des scènes les plus respectées pour repérer les jeunes réalisateurs chinois avant qu'ils n'accèdent à une reconnaissance internationale — une réputation qui rend d'autant plus significative la présence d'une actrice cambodgienne à son générique.
Une comédienne au parcours atypique
Née à Phnom Penh en 1994 et formée au lycée français René-Descartes puis à l'Institut Vanda, Sarita Reth s'est d'abord fait connaître comme présentatrice de la série télévisée Love9, produite par BBC Media Action pour sensibiliser la jeunesse khmère aux questions de santé sexuelle et reproductive.
Repérée dans les concours de beauté, elle est couronnée Miss Univers Cambodge en 2020 avant de représenter le pays au concours international la même année. Parallèlement, elle construit une filmographie discrète mais internationale, avec des rôles dans plusieurs courts et longs métrages, dont le film d'horreur cambodgien Mind Cage.
Dans ses messages publiés en khmer et en anglais après l'annonce de la sélection, l'actrice a tenu à remercier la réalisatrice Hua Hui pour sa confiance, ainsi que Sansithny Ruth, qui lui avait fait découvrir le projet. Elle y voit une preuve que le récit peut « relier les cultures par-delà les frontières ».
Une voix qui compte, jusqu'à Kep
Cette reconnaissance internationale s'ajoute à un engagement que Sarita Reth mène également en coulisses. Quelques semaines plus tôt, elle était à Kep, dans le cadre de l'atelier professionnel organisé par CIFF 360 à Knai Bang Chatt, où plus d'une trentaine de professionnels du cinéma cambodgien — réalisateurs, producteurs, scénaristes, représentants du ministère — s'étaient réunis pour dresser un état des lieux sans complaisance de la filière.
Elle y intervenait à double titre : comme actrice, mais aussi comme productrice, une casquette qu'elle a récemment endossée avec deux courts métrages déjà sélectionnés au Cambodia International Film Festival ainsi que dans deux festivals accrédités par les Oscars, Short Shorts au Japon et Huesca 54 en Espagne.
Interrogée sur le potentiel de la province côtière comme future terre de cinéma, elle s'était montrée enthousiaste, estimant que Kep avait tous les atouts pour devenir un jour le « petit Cannes » du Cambodge.
Un signal pour le cinéma cambodgien
Au-delà de la trajectoire personnelle de Sarita Reth, cette sélection s'inscrit dans un mouvement plus large : celui d'une visibilité croissante des artistes cambodgiens sur les scènes cinématographiques d'Asie et d'ailleurs, des documentaires primés de Rithy Panh aux collaborations régionales qui se multiplient avec la Thaïlande, le Vietnam ou, comme ici, la Chine. Coproductions, tournages à l'étranger, comédiens bilingues : le cinéma khmer indépendant construit, projet après projet, ses propres ponts transfrontaliers.
Le FIRST International Film Festival se tient chaque année à Xining, généralement en juillet ; le programme complet de l'édition 2026, qui doit accueillir Daughter of the Apsara, sera précisé par les organisateurs dans les prochaines semaines.



