Cambodge : Carburant sous tension, 400 stations encore fermées
- La Rédaction

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La crise du carburant au Cambodge marque une accalmie fragile : sur plus de 2 000 stations et dépôts initialement paralysés, seuls plus de 400 restaient fermés au 13 mars 2026, en attente de nouvelles livraisons retardées par la flambée mondiale des prix.

Cham Nimul, ministre du Commerce, pilote une réponse coordonnée face à cette pénurie importée, amplifiée par les tensions au Moyen-Orient. Cette situation, survenue après des inspections massives, met en lumière la vulnérabilité structurelle d’un royaume sans raffineries domestiques.
Inspections massives et réouvertures accélérées
Un groupe de travail interministériel – regroupant les départements provinciaux des Mines et de l’Énergie, du Commerce, et la Direction générale de la Protection des consommateurs (CCF) – a inspecté sur site la plupart des 6 300 stations recensées au pays. Ces vérifications sans préavis ont permis à la majorité de rouvrir après constat de conformité, saluant la coopération exemplaire des opérateurs. Le ministère exhorte ces derniers à signaler immédiatement tout blocage d’approvisionnement pour une résolution rapide via facilités logistiques et importations d’urgence coordonnées avec le secteur privé.
Cham Nimul a joué un rôle central lors d’un séminaire récent, avertissant que toute rétention spéculative de stocks – visant à profiter des hausses de prix – entraînerait amendes sévères ou révocation immédiate de licences.
Parallèlement, les agriculteurs, logisticiens et citoyens sont invités à rationner strictement leur consommation pour les besoins essentiels, et à alerter sans délai les autorités locales – comme les agents communaux de l’agriculture – ou les ministères concernés en cas de pénurie critique. Cette approche proactive vise à assurer une distribution prioritaire aux secteurs vitaux.
Une dépendance structurelle aux importations pétrolières
Sans raffineries opérationnelles ni exploitation domestique de ses réserves offshore potentielles, le Cambodge importe annuellement 3 millions de tonnes de carburants via le port de Sihanoukville, son principal hub logistique. Cette dépendance totale expose l’économie aux soubresauts géopolitiques mondiaux, comme les perturbations récentes autour du détroit d’Ormuz.
Les prix ont ainsi explosé : +35% pour l’essence ordinaire, atteignant 5 200 riels le litre (1,29 USD), et +66% pour le diesel à 6 400 riels le litre (1,59 USD). Ces hausses interviennent après des dépenses records de 606 millions de dollars en importations de combustibles minéraux sur les deux premiers mois de 2026 seul, soulignant l’ampleur du choc.
Impacts économiques : ménages et secteurs sous forte pression
Les ménages modestes, qui représentent la majorité de la population, absorbent le plus lourdement le choc. Environ 70% des familles consacrent plus de 20% de leur budget mensuel aux transports et à l’énergie ; la flambée se traduit par des hausses de 20% sur les moto-taxis à Phnom Penh et les frais de livraisons alimentaires, érodant un pouvoir d’achat déjà fragile.
Les 5 millions de travailleurs informels – taxis, vendeurs ambulants, petits commerçants – risquent une inflation énergétique projetée à 5-7% d’ici fin mars, menaçant de plonger 1 million de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté sans renforcement rapide des filets de sécurité sociaux.
Dans l’agriculture, pilier de l’économie rurale touchant 4 millions d’agriculteurs familiaux, les surcoûts de fret et de pompage atteignent 10-15%, menaçant directement les rendements de riz et de caoutchouc, deux piliers des exportations nationales, avec un risque majeur de chute des volumes expédiés.
Le secteur de la logistique et des transports, qui emploie 1,2 million de conducteurs et livreurs, subit un resserrement des marges de 20%, provoquant des ruptures potentielles dans les chaînes d’approvisionnement et des pénuries alimentaires locales en zones urbaines.
Le tourisme, représentant 20% du PIB et 2,5 millions d’emplois directs ou indirects, fait face à une hausse de 15% des coûts carburant et une chute libre des réservations, compromettant la saison 2026 avec des pertes estimées à 500 millions de dollars.
Enfin, l’industrie textile, qui génère 80% des exportations grâce à 800 000 ouvriers dans les usines, souffre d’une inflation importée sur les intrants énergétiques, risquant une perte de compétitivité face à la concurrence asiatique, notamment vietnamienne.
Vers une stabilisation précaire et des réformes urgentes ?
Le gouvernement, sous l’impulsion de Cham Nimul, promet des subventions ciblées pour les bus publics et taxis collectifs, ainsi qu’une coordination accrue des importations d’urgence. Cependant, cette accalmie reste précaire tant que la vulnérabilité aux chocs géopolitiques – perturbations à Ormuz ou fluctuations des marchés pétroliers – persiste.
À long terme, cette crise appelle une diversification urgente : développement de biocarburants locaux, incitations à l’exploitation des ressources offshore, et investissements dans les transports électriques ou ferroviaires. Sans ces réformes structurelles, le Cambodge risque de nouvelles paralysies, freinant sa croissance post-pandémique et exposant ses 17 millions d’habitants à une précarité récurrente. Les autorités assurent transparence et vigilance, mais le chemin vers la résilience énergétique s’annonce semé d’embûches.







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