Cambodge 2026 : L’économie sous tension, mais pleine de promesses
- La Rédaction

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La Chambre de commerce britannique au Cambodge (BritCham Cambodia) a créé l’événement hier en partenariat avec la Banque mondiale, offrant à ses membres une plongée exclusive dans le « Cambodia Economic Update 2026 ».

Dans un auditorium chargé d’attente à Phnom Penh, experts et entrepreneurs ont décrypté un tableau économique contrasté : des chocs mondiaux qui secouent le Royaume, mais des opportunités concrètes pour rebondir plus fort. Dans une région Asie du Sud-Est où la concurrence fait rage, le Cambodge refuse de baisser les bras et mise sur des réformes audacieuses.
Vents contraires : Immobilier en berne, frontières sous pression et guerre commerciale
Pas de demi-mesure dans le diagnostic de la Banque mondiale (décembre 2025). Le marché immobilier, fer de lance de la croissance domestique ces dernières années, montre des signes d’essoufflement.
Les promoteurs immobiliers, habitués aux tours de condos à Sihanoukville et Phnom Penh, font face à un inventaire pléthorique et à une demande intérieure frileuse. Résultat : le crédit bancaire stagne, freinant les ménages et les PME. Ajoutez à cela des perturbations frontalières persistantes – conflits avec la Thaïlande, contrôles douaniers renforcés – qui amputent le tourisme et les flux de main-d’œuvre transfrontaliers. Le secteur hôtelier, encore convalescent post-Covid, perd des plumes.
Mais le coup de massue vient des États-Unis : des tarifs douaniers alourdis sur les textiles et l’habillement, qui représentent 80% des exportations cambodgiennes. La Banque mondiale prévoit une croissance du PIB réel à 4,8% en 2025, avant un léger fléchissement à 4,3% en 2026. Un score respectable face à des voisins comme le Vietnam (projeté à 5,8%), mais qui exige vigilance.
Crise migratoire : Le retour des exilés pèse sur les campagnes
Le tableau s’assombrit sur le front social. Des centaines de milliers de migrants rentrent de Thaïlande, fuyant les razzias anti-immigration et la récession chez le voisin. Ces travailleurs, souvent Khmer Krom, revenaient les poches pleines de remises – 2,5 milliards de dollars par an, soit 10% du PIB. Aujourd’hui, ces flux s’assèchent, tandis que les prix agricoles chutent (riz, manioc, caoutchouc).
Dans les campagnes, où 65% de la population active végète dans l’informel ou l’agriculture de subsistance, la pauvreté guette. La Banque mondiale alerte : sans filets sociaux renforcés – allocations ciblées, microcrédit rural – le taux de pauvreté, stabilisé à 17% ces dernières années, pourrait rebondir dangereusement.
Finances saines et IDE en pleine explosion
Heureusement, le Cambodge n’est pas à découvert. L’inflation reste muselée sous 3%, grâce à une politique monétaire orthodoxe de la Banque nationale du Cambodge et à des prix mondiaux du pétrole contenu. La dette publique, à 36% du PIB, fait pâlir d’envie bien des émergents.
Et les investissements directs étrangers (IDE) ? +25% en 2025, dopés par les relocalisations chinoises dans l’électronique, les panneaux solaires et la logistique. Des géants comme Foxconn et des fonds qataris misent sur la Zone Economique Spéciale de Sihanoukville. Ces influx soutiennent le riel, attirent et instillent un optimisme à long terme, malgré les turbulences.
Secteur informel : Le géant invisible à réveiller d’urgence
80% des entreprises cambodgiennes – épiceries de rue, ateliers de moto, services numériques naissants – opèrent dans l’ombre, échappant aux impôts et aux stats officielles. Pourtant, elles emploient la majorité des urbains.
Le rapport Banque mondiale voit là un réservoir de croissance : formaliser via des formations digitales (codage, e-commerce), financement inclusif (fintech comme Wing ou ABA Pay), règles allégées (guichet unique pour immatriculation) et tech adoption (QR codes, apps de livraison). Impact projeté : +15% de productivité dans le commerce de détail et les services, plus de rentrées fiscales. Un win-win pour l’État et les petits patrons.
Réformes prioritaires : Diversifier avant le grand saut de 2029
Le compte à rebours est lancé. En 2029, le Cambodge quittera le club des PMA (pays les moins avancés), perdant aides douanières et préférences commerciales. Pour éviter le piège du revenu intermédiaire, Phnom Penh doit passer la vitesse supérieure : protection sociale adaptive (bourses conditionnelles, assurance-chômage), soutien aux PME (subventions vertes, incubateurs), logistique high-tech (port de Sihanoukville modernisé, corridors ferroviaires), et investissement massif dans la formation (vocational training en IA, agro-tech).
Ces leviers, inspirés des succès vietnamiens, promettent une économie plus diversifiée, productive et blindée contre les chocs. Le Royaume, passé de la guerre civile au tigre asiatique en trois décennies, a les reins solides pour relever le défi. Reste à transformer l’essai.







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